‹ De mon village à ParisChapitre 39 sur 57 · CHEZ RENÉ BAZIN · texte numérisé non relu

CHEZ RENÉ BAZIN

l'invite fort gracieusement à passer dans son abinet de travail.

Après m'avoir confortablement installé auprès 'un bon feu, il commente longuement mon iniiative :

— J'aime ceux qui mettent dans Teffort leur j lus grande espérance, me dit-il, ceux qui tra-

aillent sans cesse et se sentent assez vaillants pour ^oir l'ambition de faire de grandes choses. J'ai 1, moi-même, une existence toute faite de labeur ; iiis, parmi les manifestations de la vie, le tralil est encore la plus efficace et la plus agréable, omme l'a dit si éloquemment de Laprade : « Ne 'us travailler, c'est mourir, » Et il ajoute :

— Je ne demande à Dieu qu'une seule chose, est de m'enlever de ce monde en pleine actité, avant d'avoir connu les langueurs de la traite et les bâillements mortels de Tennui. Après une pause de quelques secondes, durant quelle le maître semble rassembler ses idées, il prend ;

— Bien des personnes emploient mal leur forne, mais ce qui est pire, c'est que beaucoup écrivains emploient mal leur talent, en compont de mauvais livres. Tout homme de lettres, çnes de ce nom, doit se rendre compte que la ble sur laquelle il travaille, et d'où il s'adresse X intelligences, est plutôt un autel qu*un

ptoir; Técrivain est un juge dans un tribu- .1, un apôtre dans une chaire. Malheureusement ceux qui consacrent tous

leurs efforts à se rendre de plus en plus dignes de cette haute magistrature, ou de cet auguste sacerdoce, se font fort rares, et c'est là, je crois, ce qui constitue notre véritable décadence morale. Puis après un temps d'arrêt, il continue :

— En ce qui vous concerne, je m'empresse d'ajouter que la lecture de vos livres vous a conquis toute ma sympathie. Gomme mon regretté collègue, Goppée, je suis l'ami des humbles et marcherai toujours avec ceux qui aiment le peuple; mais, j'exècre les intrigants qui se rap- , prochent de lui dans un but intéressé, — c'est-i à-dire ceux qui le flattent pour en obtenir un mandat politique ou la consécration d'une renommée. Ainsi, ceux qui se servent de lui pour arriver à la fortune ou aux honneurs, ne sont pas ses amis; ses véritables amis, ce sont les hommes i qui travaillent et luttent pour lui, en agissant toujours dans un esprit humanitaire, en consacrant, en somme, leurs efforts à son bien-être et leur intelligence à son éducation. Parmi ceux-là je pourrais citer M. d'Haussonville et M. de Mun.

Revenant à mes œuvres, René Bazin poursuit :

— Mais que préparez-vous maintenant? Vous devez avoir quelque chose sur le métier. Les poète» ' ont sans cesse des projets dans la tête I

— Maître, je compte donner vers la fin de Tannée un modeste volume de souvenirs, ayant pour titre De mon village à Paris» Point n*est besoin de vous prévenir que j'y raconterai tout au long Tentretien que vous me faites l'honneur

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