‹ De mon village à ParisChapitre 40 sur 57 · CHEZ RENÉ BAZIN · texte numérisé non relu

CHEZ RENÉ BAZIN

de rm'accorder aujourd'hui, et, laissez-moi vous (lire que je serai heureux de pouvoir y mettre autant d'exactitude que vous y avez apporté de charme et d'intérêt.

— Vraiment ? fit René Bazin, mais c'est très bien. Gela nous promet quelques pages intéressantes. Allons, poursuivit le maître, ne vous découragez pas. Vous savez que les grandes dames n'accordent généralement leurs faveurs qu'après de longues sollicitations. En admettant que vous n'ayez pas, cette fois, la satisfaction d'être élu i l'Académie, vous aurez toujours le plaisir de pouvoir continuer à lui faire la cour.

Et M. René Bazin m'accompagnant avec amabilité jusqu'à la porte, m'assure de sa sympathie et m'exprime ses regrets d'avoir déjà, pour c«tt« élection, engagé son suffrage.

Chez Alfred Mézières

Le fils de la Lorraine. — Le patriarche du quartier Latin. — Souvenirs du pays du soleil- — Mistral et la langue provençale. — Une anecdote du doyen des Quarante.

Né dans ce coin pittoresque de la merveilleuse Lorraine qui formait, avant l'invasion allemande, le beau département de la Moselle, Alfred Mézières, comme son digne compatriote Maurice Barrés, personnifie l'ardent patriote, Tamant et Tapôtre de la Beauté.

En 1848, son père était recteur de l'Académie de Metz, ce qui lui fait dire parfois spirituellement, qu'à Tâge de vingt ans, il était déjà à l'Académie.

Par son mariage, il s'est uni à la famille héroïque des Laroche-Jacquelein, dont il a épousé une petite-nièce.

Tout d'abord, il semble que ce vénérable et robuste vieillard, ayant la sagesse et le calme d'un génie antique, devrait chercher, pour y élire domicile, les rues solitaires du quartier de l'Europe ou de Passy. Pas du tout, il demeure en

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plein quartier Latin, au centre de ce foyer exubérant des écoles, où débordent la gaieté, la jeunesse et la vie.

De ses fenêtres, il peut ainsi contempler paternellement, le sourire aux lèvres, les monômes * tapageurs que forment parfois les étudiants, aux jours d'allégresse.

Lorsque j'arrive pour lui faire ma visite, j'attends quelques minutes; mais bientôt, on m'introduit dans un somptueux salon où rayonne, imposant et frappant de ressemblance, un superbe buste du maître, taillé dans un bloc de Carrare, œuvre merveilleuse dont Timmaculée blancheur attire mes regards.

Soudain, une porte s'ouvre et l'immortel auteur de Pétrarque vient vers moi souriant, me serre la main et me prie de passer dans son cabinet.

Rapidement, je contemple l'illustre et auguste doyen de l'Académie française.

Drapé dans une vaste robe de chambre, le visage orné d'une attrayante barbe blanche, il ressemble à l'un de ces nobles patriarches, qui sont comme les dieux de TOrient. Tout en lui respire la grâce, la bonté.

Par un geste empreint de la plus grande bienveillance, le maître me fait prendre place sur un divan et sans autres préambules il dit :

— Travaillez-vous ? Vous savez que la vie d'un homme de lettres doit être avant tout laborieuse. Levé tôt, couché tard, il doit gravir dans

un perpétuel effort tous les chemins qui conduisent aux cimes de la pensée. A cette heure, quel genre d^ouvrage préparez-vous ?

Et dès que je lui fait part de l'intention que j'ai de publier un volume de souvenirs, ayant pour sommaire l'histoire anecdotique de ma vie d'ouvrier, passionnément épris de tout ce qui se rapporte à Tart et à la littérature, il paraît vivement charmé.

Se rappelant que je suis né aux environs de Nîmes, il me parle en termes fort élogieux de ce Midi enthousiaste, vivace et généreux, qu'il admire et qu'il aime.

Puis, comme grisé par cette évocation, il s'exclame :

— Oh ! les belles contrées méridionales dont la langue souple et sonore, plus expressive que l'italien, plus musicale que l'espagnol, retentit en échos harmonieux sur les coteaux chargés de pampres et dans les prairies inondées de soleil, diaprées de fleurs et de papillons. Terre bénie des troubadours, des jeux floraux et de Clémence Isaure, ruche de poètes, dont quelques-uns furent de véritables génies comme Jasmin, Reboul, Roumanille, Aubanel et surtout Mistral, debout et vaillant encore, vénérable porte-drapeau des traditions locales et des légendes populaires.

Ah ! s'écrie-t-il, je la connais la langue de Mistral ! 11 l'a faite par dépit et pour se venger d'un professeur du Collège royal d'Avignon, qui s'était moqué de ses mots et de son accent. « 11

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