CHEZ PAUL DESCHANEL
ministères d'antan, sont des hommes sans sincérité et sans jugement.
Car il est de notoriété publique qu'en dehors de sa laborieuse vie politique, Paul Deschanel est un écrivain remarquable et fécond.
Les quinze volumes qui composent son respectable bagage littéraire, prouvent incontestablement l'importance de son œuvre sociale et humanitaire, qui lui valut, certainement, le fauteuil qu'il occupe à l'Académie.
D'autre part, on a voulu le blaguer pour son origine brabançonne; mon Dieu, cet amusement est facile, cependant il est indéniable que, s'il est belge par sa naissance, il est français par toutes les fibres du cœur. Mais à quoi bon parler de cela puisque la Belgique est plus qu'une colonie française : elle est la banlieue de la France !
Passant sous silence ces considérations mesquines, j'ai hâte de parler de ma visite académique.
Lorsque j'arrive quai d'Orsay dans le bel immeuble qu'habite le maître, je prends place dans l'ascenseur et me voilà en un clin d'œil à l'étage et dans l'appartement de l'ancien président de la Chambre.
L'attente ne fut pas longue; aussitôt on m'introduit dans son cabinet de travail, et il me reçoit fort gentiment. J'ai devant moi un homme d'une cinquantaine d'années, barbe et cheveux poivre et sel, un homme d'une grande distinction, à la physionomie agréable et au regard sympathique. Il
est dans la pleine fièvre d'un labeur intellectuel. Partout, sur des chaises, sur son bureau, des livres amoncelés, des papiers éparpillés.
Je confesse mes regrets de venir ainsi troubler ses méditations et le prie de vouloir bien me pardonner cette importune visite, imposée par les usages académiques.
A l'instant il me tranquillise, et, avec une amabilité charmante, me dit :
— J'ai lu vos œuvres et comme je vous l'ai déjà dit dans une lettre, je me plais à reconnaître en vos vers une louable puissance de souffle et d'inspiration. Quant à votre candidature, je le dis franchement, vous auriez tort d'escompter d'avance un succès au fauteuil de Goppée,car les candidats sont très nombreux, et tous plus méritants les uns que les autres ; ce qui, soyez-en persuadé, nécessitera plusieurs tours de scrutin.
« N'oubliez pas aussi, que la plupart de vos concurrents ont de solides amitiés parmi mes illustres confrères, et vous savez combien cela influe dans la balance académique.
« En ce qui vous concerne^ c'est un cas un peu exceptionnel; mais, quel que soit le sort qui puisse être réservé à votre candidature démocratique, : soyez convaincu que les hommes éminents qui composent TxVcadémie peuvent être considérés comme les fidèles défenseurs et les véritables amis du peuple.
« Et qui peut être plus près dupeuplc, que cette glorieuse phalange d'écrivains, d'orateurs et de