CHEZ HENRI BARBOUX
donner quelque majesté à tout ce qui Tentoure, comme il s'efforce d^atteindre toujours plus d'élévation dans ses pensées.
Enfin, l'entretien accordé à M. de Pomairols se termine et Tancien bâtonnier m'invite à passer dans son cabinet de travail, pièce très riche et très simple, car ainsi que l'a dit Victor Hugo :
« V opulence, la profusion, Virradiation flamboyante peuvent être de la simplicité: le soleil est simple. »
Le maître me reçoit comme un ami ; il me parle comme un père. Après m^avoir désigné un fauteuil, il m'adresse ses félicitations, au sujet de ma candidature ouvrière à l'Académie, et m'entretient des loiset règlements quirégissent l'illustre assemblée :
— Mon habitude, dit-il, est de donner des conseils d'avocat et d'enseigner des préceptes de jurisprudence, mais cela ne m'empêche pas de vous fournir des indications sur les usages auxquels doivent se conformer les candidats à l'Académie.
Et il me parle de Texposition des titres des postulants et de la nécessité presque absolue d'avoir un ou deux parrains, qui soutiennent votre candidature de leur influence et l'appuient de leur autorité.
Me remerciant de l'envoi que je lui avais fait d'un de mes livres, il reprend :
— Je reviens de voyage, et n'ai pas encore pris connaissance de tous les volumes de poésies qui sont là avec tout mon courrier. Le vôtre, je vais
286 DE 3I0N VILLAGE A PARLS
le réserver pour le jour où j'aurais quelque loisir, afin de le parcourir à mon aise, car j'aime beaucoup les poètes ; ils apportent dans leurs pensées une précision, une variété d'images, une harmonie que l'on ne rencontre pas évidemment dans la prose. Et certes, je ne doute pas que vos œuvres comme toutes celles des passionnés amants de la muse, n'exhalent un parfum délicieux et suave.
« Vous êtes, je crois, de ce joyeux pays du Languedoc, qui semble avoir été formé avec le sol ^ \/ de la Grèce et le ciel de l'Italie, pays de tant de poètes français, qui portent en eux l'harmonie du rossignol, la grâce éblouissante des fleurs et le rayonnement éclatant du soleil.
« Près de chez vous, se trouve la fameuse fontaine de Vaucluse, immortalisée par les Canzoni de Pétrarque. Mais on ne peut parler de la poésie du Midi, on ne peut citer Vaucluse et Pétrarque sans penser à Maillane, ce petit village d'un grand homme.
V^ « Ah l Mistral! plusieurs académiciens ont déjà songé à l'élire, mais pensez donc, ce serait un schisme littéraire. Imaginez-vous à l'Académie française un discours de réception en provençal? Voyez-vous d'ici la tête que feraient nos invités de la tribune diplomatique ? Non, quelque admiy V rable qu'elle soit, la langue provençale ne peut '^ "être considérée que comme un patois littéraire ^ un dialect natal, susceptible de produire des œuvres remarquables pour ceux qui connaissent particulièrement cette région, mais elle ne peut