‹ De mon village à ParisChapitre 54 sur 57 · L^ÉLECTION ACADÉMIQUE · texte numérisé non relu

L^ÉLECTION ACADÉMIQUE

notes nécessaires pour cela, et vous gagnerez certainement avec nous beaucoup d^argent. Ditesnous si vous voulez venir en Amérique tout de suite... Vous serez content de nous...

Sur ces paroles, je répondis aux deux étrangers que j^avais de la famille, que mon commerce me suffisait pour vivre et qu'enfin aimant ma patrie et n'ayant pas d'ambition, je ne désirais qu'une chose : vivre tranquille auprès des miens. Ces mots suffirent à les éclairer sur mes idées.

Quand mes deux hôtes se retirèrent, ils n'avaient pas Tair satisfait de leur démarche, et Tun d'eux, me dit en reprenant place sur l'automobile qui les attendait :

— Vous regretterez plus tard, l'affaire que nous vous proposons, ce jour...

LU

L'Epilogue d'un beau (feste. — Le médaillon de Barrés.

— Une visite du maître. — Autour dune petite fête.

— Toasts et congratulations.

Quelques mois après l'accomplissement de cet acte de démocratie académique, dont la presse de tous les pays se plut à souligner Toriginalité, heureux, touché de la sympathie que m^avait spontanément montrée Maurice Barrés, en me donnant son suffrage, je cherchais longtemps par quel moyen et de quelle façon je pouvais lui témoigner dignement ma reconnaissance.

Car le geste réfléchi et sincère de Barrés avait une signification considérable — pour qui connaît l'esprit infiniment délicat et profondément subtil de Fauteur des Déracinés — et constituait pour moi un encouragement précieux, en même temps qu'une incontestable consécration littéraire.

Enfin, une heureuse idée me vint. Et à quelque temps de là, à l'occasion de l'anniversaire du beau geste du grand doctrinaire, et en retour de sa gratitude, je me préparais à offrir à Barrés un souvenir tangible et durable.

A cet effet, je donnais mission au maître sta-

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tuaire Léo Roussel, lauréat de Tlnstitut, de graver dans le bronze la noble tête romautique de mon éminent protecteur.

Gomme je m'y attendais, le pur artiste qu'est Léo Roussel s'acquitta admirablement de sa tâche. 11 mit dans l'exécution du beau médaillon de Barrés, son illustre compatriote, toutes les ressources de son talent, toute la flamme de son âme lorraiue. Il exécuta d'autant plus merveilleusement cette œuvre d'art qu'il la voulait digne du génie de l'homme auquel elle était destinée, et digne enfin de sceller la reconnaissance d'un humble poète pour un immortel penseur et un grand Français.

La remise de cette belle plaquette en bronze eut lieu le mercredi 29 juin 1910, à onze heures *^ du soir. Ce soir-là, sortant d'un banquet que ses électeurs lui avaient offert chez Véfour, au Palais-Royal, M. Maurice Barrés entraîné par les conseillers municipaux du premier arrondisse- Dient, — qui eux, déjà, connaissaient secrètement non projet, — se laissait conduire au hasard de la Dpomenade, et arrivait enfin dans mon modeste établissement sans se douter de la petite fête qui n dlait être improvisée en son honneur.

Un peu surpris, tout d'abord, de trouver là une louzaine de journalistes et un terrible photogra- )he, qui avait déjà braqué son appareil dans la ialle, Maurice Barrés, n'hésita pas à suivre quand nême tous ses amis et de bonne grâce, il prit )lace autour d'une immense table recouverte d'une

nappe blanche. Au centre de cette table sur un socle enguirlandé de roses reposait, voilé de blanc, le portrait de l'illustre écrivain.

A l'instant, je m'approchais respectueusement de Barrés, et retirant le voile qui cachait Fimage de ses traits, je lai dis avec une émotion mal dissimulée :

— Mon cher maître^ comme témoignage de reconnaissance du beau geste que vous avez eu pour moi lorsque j'ai posé ma candidature ouvrière à TAcadémie française, veuillez accepter ce médaillon en bronze. Vous avez tant fait pour moi, en vous intéressant particulièrement à ma personne et à mes modestes écrits littéraires ! Vous êtes vraiment un grand cœur, et le souvenir que je vous offre aujourd'hui est bien peu de chose, en retour de la condescendance et du dévouement dont vous avez fait preuve, à l'égard de l'humble plébéien que je suis. Jamais je n'oublierai Fac-I cueil sympathique, qui, par vous me fut réservé, lorsque, sans vous connaître, j'osai venir vous voir à propos de l'élection académique.

Plus tard, vous vous souvenez, mon cher maître, au moment où je vous faisais parvenir ma lettre de candidature, vous m'avez dit : « Votre acte démocratique est fort louable ; je m'y intéresse beaucoup et je vous encourage à persévérer dans cette idée prolétarienne, qui me paraît très rationnelle. Du reste, comme je vous sais méritant, j'agirai, je ferai quelque chose pour vous.»

Gela se passait quarante jours avant l'élection.

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Et pendant quarante jours, vous avez porté dans votre tête ce nom : Michel Pons.

Et M. Maurice Barrés prenant à témoin la nombreuse assistance confirma cette déclaration en souriant :

— C'est vrai ! c'est vrai ! dit-il.

— Aussi, repris-je, au jour du scrutin académique vous avez mis dans l'urne un bulletin portant mon nom. Eacore une fois je vous en remercie du fond du cœur.

— Ce sacré Michel Pons ! Mais il viole tous les secrets, s'écrie joyeusement Barrés. Enfin, continua-t-il, je suis tout de même profondément touché de cet hommage et je me fais un devoir de lui adresser mes sincères remerciements pour ce précieux gage de reconnaissance. »

Et le Champagne, qui est toujours le pétillant convive de toutes les cérémonies amicales, arriva et coula dans toutes les coupes. M. Levée, conseiller municipal du quartier du Palais-Royal, but à ma santé, et, dans un petit discours savamment improvisé, il dit toute la joie qu'il éprouvait d'avoir parmi ses électeurs du premier arrondissement un poète digne à tous égards de sa sympathie et de son admiration.

Après lui, M. Maurice Barrés leva son verre à la santé de son compatriote le sculpteur Léo Roussel, qui avait si fidèlement reproduit ses traits dans le médaillon en bronze qu'il avait eu mission d'exécuter. Puis en quelques paroles élo-

quentes il exprima toute sa gratitude au poète et à l'artiste qui dans une même communion de bons sentiments et de générosité lui avaient procuré cette belle et douce surprise.

— La poésie et l'art, dit-il, ont été en tous temps les précieux auxiliaires de toutes les fêtes, c'est pourquoi ce soir je m^estime heureux et fier de me trouver au milieu de ces hommes simples et grands que le culte de la reconnaissance anime et qui, tout en obéissant à leur cœur vraiment bon, gardent toujours pieusement Famour traditionnel de la beauté éternelle. »

Ces belles paroles furent la clôture de cette cérémonie amicale, et lorsque Barrés et tous ses fidèles, formant son escorte, se furent retirés, les quelques iatimes, qui, à toutes les heures de ma vie pénible et fiévreuse surent me réconforter de î leurs encouragements et de leur affection, restèrent à mes côtés, longtemps encore, en évoquant avec moi les doux souvenirs du passé.

Il y avait là, André Jayet, le vieux compagnon de toutes les batailles littéraires ; Ludovic Gouvernet, Alfred Daguet, Léon Allemand, Jean Gaze- ^ nave, Léon Gagnier, Louis Rigaux, et autres bons J amis dont la fidélité a été un puissant réconfort , j dans mes instants d'hésitation et de doute.

Très tard, dans la nuit silencieuse, nous échan- j geâmes longuement nos sincères impressions sur j la petite fête qui venait d'avoir lieu, puis chacun i y fut de sa composition poétique. -fl

Pendant de longues et douces heures, le souffl \

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divin de la sainte muse mit de l^émotion et de la griserie dans nos âmes, et lorsque Faurore qui est la messagère du courage et de l'espoir, vint nous offrir son rose sourire, bien à regret nous nous séparâmes.

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