IE VOILA PETIT BERGER
Ah! combien j'étais heureux d'annoncer cette nouvelle à mes parents !
L'année suivante j'étais de nouveau augmenté de cinquante francs.
Un aji après, et, cessant de garder les moutons, j'accédais à la haute et noble dignité du laboureur. Ce rêve si longtemps caressé se réalisait à ma grande joie.
Je venais d'avoir quinze ans. Enivré des vieux cantiques patois de Saboly que j'avais entendus chaque Noël avec tant d'émotion à la messe de minuit, le goût, l'amour de la poésie inquiétaient déjà mon cœur d'adolescent.
Mais, ce qui brusquement m'orienta vers mon vrai destin et favorisa l'éclosion de mes premiers rêves, ce fut la connaissance révélatrice des chefsd'œuvre de Mistral, de Jasmin, de Jean Reboul et de Bigot, que j^eus tant de peine à me procurer, en économisant sou par sou.
Et ce qui devait être, arriva un soir. C'était à la fin d'une longue veillée. Je m'étais grisé des musiques divines. La pensée des maîtres chantait en moi. Tout dormait dans la maison. La pluie battait le carreau en un rythme égal. Je me vois encore attirant vers moi une feuille de papier, et comme on donne sans le savoir son premier baiser, j'écrivais mon premier vers. J'en fis d'autres bientôt. En conduisant la charrue, je mariai dans mon cerveau des rimes sonores que, le soir, je fixais sur des cahiers écoliers.
A la longue, quand M. le marquis de Ghastelier
sut que je composais des poésies en langue d'Oc, il me demanda à les lire et après lecture, voulut bien m'encourager.
Voici du reste la traduction d'un de mes modestes essais, qui a pour titre: Souvenirs.
Follement je t'aime, mon village.
Ailleurs, que sous ton ciel je languis et je souffre;
Mieux que ma bouche, mon cœur le dit
Que loin de toi je me sens mourir.
Mon village est un nid si beau Qu'il n'y en a pas de tel au monde ; Son doux soleil, ses champs, ses maisons Je les aime de toutes mes forces.
Je me rappelle les longues veillées,
Où mon grand-père que j'adorais,
De sa voix douce, nous disait
De belles histoires, et des contes de fées.
Autour du feu, nous l'écoutions, Ce grand-père qui était un Dieu pour nous, Ses sornettes nous faisaient rire et pleurer. Et la nuit nous rêvions souvent à lui.
Mère tant jolie et tant bonne.
Je penserai à toi toute ma vie Ton image restera toujours gravée Dans mon âme qui n'aime que toi.
Deux ans après, mes parents trouvèrent que j'étais trop éloigné d'eux et me placèrent cbez M. Goudet, fermier de M. de Balincourt, membre