DE MME S A PARIS
pas la conséquence d'un orgueil irréfléchi et vain, mais bien la résultante d'un rêve de jeunesse, qui, trouvant sa force dans ma volonté mûrie, devait arriver logiquement et à ce moment à sa réalisation.
D'autre part, si Ton recherche les maîtresses raisons de mon soudain exode vers Paris, on reconnaîtra que, quelque hardi qu'il fût, il n'était ni téméraire, ni imprévoyant à tous points de vue.
Et, bien que Ton dise, d'après maints exemples convaincants, que Paris est un enfer horrifiant pour les jeunes écrivains, il n'en est pas moins avéré qu'en ce qui me concerne, j'agissais dans un sens pratique, et, je n'allais pas tomber aveuglément dans sa fournaise, comme l'ont fait tant d'autres affamés de renommée et de gloire.
En fait, grâce à ma permutation d'emploi au chemin de fer,j'arrivais dans la capitale avec toutes les garanties matérielles nécessaires, c'est-à-dire mon travail et mon pain assurés.
Gomme conséquence de mon changement de résidence, la Mandoline était devenue maintenant une publication parisienne, me procurant des relations sérieuses dans le monde des lettres. Grâce à elle, c'est ainsi que je fis connaissance avec les bons poètes : Baptiste Bonnet, Auguste Marin, Fernand Hauser, Ilan Ryner, Emile Lutz, Bonnefoy Debais, et tant d'autres avec lesquels nous nous rencontrions souvent dans les cénacles littéraires, qui se tenaient tous les mois au eafé Procope, au café du Gadran ou au Féli-
brige, dont les bruyantes assises animaient les salons du café Voltaire.
A cette époque le Félibrige était un brillant groupement, foncièrement éclectique, composé uniquement de poètes, d'artistes et d'hommes de lettres, presque tous méridionaux et dont plusieurs déjà jouissaient d'une notoriété littéraire. G*est là que je connus Henry Fouquier, Lintilhac, Paul Mariéton, Charles Maurras, Paul Redonnel, Jules Troubat, Paul Arène, Sextius Michel, Maurice Faure, Glovis Hugues, Pierre Laffîte, Roux-Servine, le D' Bayol, Amy, Fourrés, Lucien Duc, César Gourdoux, Raoul Gineste, etc. " Par la suite, quelques amis dévoués voulurent bien me faire nommer membre du Félibrige. Mes parrains furent Baptiste Bonnet, le gracieux prosateur provençal, et Fernand Hauser, le charmant poète de l'Oiseau Bleu, aujourd'hui rédacteur au « Journal ».
Je me rappellerai longtemps le jour, ou plutôt le soir de mon admission au titre de sociétaire. Ce qui se passa sur la fin de la séance fut tellement grotesque, que l'assemblée entière en fut pétrifiée de dégoût.
Paul Mariéton, une dépêche à la main, venait à peine d'annoncer, avec enthousiasme, la prochaine arrivée à Paris du grand poète Frédéric Misiral, que^ Paul Arène^ visiblement énervé, se dressant comme mû par un ressort, prononça les vilaines paroles suivantes :
— Qu'est-ce qu'il vient faire à Paris le fameux