I. llejuier, op. cil., p. 55 el sniv. ; p. Co et d
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mière est « pour ce qu'elles rendent les simples capables d'acquérir la vertu de prudence, et non seullement font sçvans les ignorons, mais les mesmes sçavans plus siibtilz. » Pour ne pas leur être en horreur etfascherie, les hommes se rendent tempérez au parler, au. manger et au boire. A ceux qui les aiment elles inspirent force courage, elles leur montrent la gloire là où s'offre le péril. Par suite, ils ont les assaulx et les choses adverses pour plaisir, ils estiment plus la louange de l'amye que le pris de long vivre, etc. ». — Même développement et situation analogue dans r Amant desconforté ', d'Anth. Prévost (i53o) : « Repoussé par sa dame, l'Amant est consolé par un ami qui lui dit du mal des femmes ; ces propos le fâchent tellement qu'il se pâme ; revenu à lui, il prend la défense des femmes et fait leur apologie. » Nous avons là une variation sur l'éternel thème, si cher à ce temps-là, « de la bonté et de la mauvaistié des femmes » . Est-ce à dire que Leriano ne fût qu'un pédant ? L'auteur parle de lui comme d'un de ces esprits de haute volée qui savent intellectualiser leurs sentiments et, par là, les rendent plus intenses. Quand Leriano a fini, ses amis s'émerveillent que, si près de la mort, il ait si bien parlé : mais sa mère arrive, et elle s'écrie : « O bienheureux les gens de basse condition, gens rudes d'esprit, qui ne peuvent sentir les choses sinon en testât qu'ils les entendent, et malheureux ceulx qui avec un subtil jugement les trans' cendenl ! » Cette plainte m'intéresse plus que les vingt raisons de Leriano : l'auteur n'a donc pas cru
; I. ReYnier, p. 61, n. i.
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faire seulement de la rhétoriqee ; il a cru que la sensibilité pouvait se pénétrer des plus hautes conceptions de l'esprit, et que parla les puissances de souffrir pouvaient être multipliées. Pourquoi donc n'a-t-il fait qu'une dissertation, et que n'a-t-il su rendre vivante pour nous une âme que la passion des hautes idées rend incapable de jouir d'un bonheur normal P Cette manie dissertante, qui remplace la curiosité psychologique par le goût didactique du plaidoyer, par l'escrime dialectique, par l'esprit de dispute, se manifeste encore de bien étrange façon dans un roman, également traduit de l'espagnol, en i53opour la première fois, et qui fut constamment réimprimé sous divers titres, jusqu'aux premières années duxvu* siècle: le Jugement d'amour, auquel est racomptée l'histoire de Ysabel fille du roy d'Escoce. Bien qu'Isabelle soit une fille très bien gardée (d'autant plus que le roi son père s'est avisé qu'à cause d'elle plusieurs gentilshommes meurent de langueur), le jeune Aurélio a pénétré dans son appartement secret et s'est fait aimer d'elle. Ils sont surpris et emprisonnés. Or, une loi veut que, en cas « d'une semblable erreur et faute..., celuy des deux qui avoit donné à l'autre plus grande cause de commettre telle méchanceté, la mort pour peine il recevoit ». Aucun des deux amants, bien entendu, malgré la torture, ne consent à rejeter sur l'autre la responsabilité de la faute. Grand embarras ! Le roi rassemble ses plus sages docteurs, qui hii donnent le conseil suivant : c Prenez tel nombre d'hommes et de femmes, qu'il vous semblera, et faites sur ce disputer par très grande diligence, lequel c'est qui plus, donne occasion de faillir ou l'homme à la femme, ou;
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la femme à l'homme. Et en trouvant que les femmes plus de ce soycnt coupables, meure Isabelle. Et si les hommes sont congneuz estre principale occasion, Aurelio leçoyve la deiie peine. » C'est ce qui sera fait. Hortensia plaide contre les hommes, énumère toutes les séductions que les hommes mettent en œuvre « dans leurs éternelles entreprises contre l'honneur féminin » : galans propos, lettres, musique, tournois et fctes. — Vfranio reproche aux femmes leurcofjuetterie, leur égojsme, leurs manèges calculés. Et finalement c'est lui qui l'emporte. — Assurément, le Juqement iVamouv est moins un roman qu'un épisode de la querelle littéraire des deuv sexes. Mais il s'y manifeste un tour d'esprit courant. La recherche des responsabilités morales pouvait stimuler la curiosité psychologique, le désir d'aller au fond ; elle pouvait amener à philosopher. Les formes de rhétorique qu'elle prend dans le roman sentimental la condamnent à rester superficielle et surtout oratoire.
A la mémo tendance ergoteuse et scolastique ressorjlissentles Questions d'amour. C'était un genre littéraire fort ancien chez nous que ces débats, ces procès auxquels donnaient lieu, devant des cours d'amour, des problèmes souvent oiseux, quelquefois profonds. Le goût en avait été renouvelé par les XIII questions d'amour du Filocolo de Boccace, traduites d'abord isolément en i53i, puis avec le Filocolo en 16:^2, réédité en i555 et 1675. Elles sont bien inégales ces questions ; la première est celle-ci : « Une dame a deux amants ; elle donne à l'un son chapeau de fleurs ; ^1lf prend le chapeau de fleurs de l'autre et le met
sur sa tête : lequel préfère-t-elle ?» — Mais lai septième « Si T homme peut être amoureux par hon~\ neur », amène la reine du jeu à définir les trois sortesj d'amour : amour honnête, amour délectable, amour! profitable ; et la huitième est bien jolie (elle repa-j raîtraen divers traités platoniciens) : « Quel est lei plus grand plaisir, de veoir la présence ou penser en^ l'absence, en cas d'amour. » On n'a pas fait l'his-j toire de ces Questions d'amour, qui sont les ancêtres! des thèses de la société précieuse et des conversations; galantes de M"* de Scudéry *, Mais M. G. Reynier^ nous apprend, — ce qui peut nous donner une idée dej la passion avec laquelle on les lisait, — que, de i525| à 1687, on réimprime au moins treize fois, six fois: seuls, sept fois avec le commentaire latin de Benoisti de Court, lourd badinage d'un juriste très érudit, les? vieux Arrests d'amour de Martial d'Auvergne. Ce procureur au Parlement de Paris avait donné sous ce litre, vers la fin du xv^ siècle, un traité de casuis-l tique amoureuse, où il y a de la mièvrerie, maisf aussi (( de la grâce et du badinage élégant ». Le crimes du coupable était à peu près toujours le même ;ji u avoir pris par force un baiser dont on ne se défendailf; pas trop ». Benoist de Court - déflora ce badinage er instituant une procédure régulière, en invoquan' pêle-mêle Piaule, Horace, Tibulle, Ovide, les poète: anciens à côté des textes du droit civil et canonique Comme ces curiosités nous éloignent de notr sujet I et comme nous en restons loin, avec les Para