I. Reynier
3, La pastorale dramatirjne..., p. lîg.
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comme celte Prison d'anioar dont je parlais tout à l'heure. Mais il était comme amorti par un symbolisme, où plutôt par un système allégorique venu du moyen âge en droite ligne. Le prisonnier d'amour est assis sur un siège entouré de flammes ^. « Il brûle sans se consumer, et deux femmes dolentes, dont les yeux sont remplis de larmes, tiennent sur sa tête une couronne de fer armée de pointes qui la transpercent. » Leriano explique le sens de cet appareil. « Au lieu de combattre les premiers mouvements de mon cœur par la raison, je les ai confirmés par ma volonté, et c'est ainsi que j'ai été vaincu par Amour, lequel m'a fait conduire en cette sienne maison. La pierre sur laquelle la prison est fondée est ma fidélité ; les quatre piliers de marbre sont mon entendement, ma raison, ma mémoire et ma volonté. Des trois images que tu as vues sur le haut de la tour, peinte chacune de sa couleur, l'une est tristesse, l'autre angoisse et la troisième travail : les chaînes qu'elles ont sont leurs forces, parlesquelles elles tiennent mon cœur attaché... Les doux dames qui font peser sur mon front la couronne du martyre sont l'une Peine et l'autre Passion... » On peut se livrer indéfiniment à de tels jeux de concepts : le contact est perdu avec les réalités de l'âme. Et de même, ce n'est plus de l'âme qu'on se préoccupe, dans cette quantité de romans où se prolonge la littérature chevaleresque, quand on étudie, avec une inlassable patience, à travers les labyrinthes du formalisme le plus subtil -, la conquête d'un cœur par les
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procédés et selon les règles de iamour courtois. La galanterie codifiée est la mort de tout sentiment spontané ; elle a pu procéder, à son origine, d'un certain raffinement sentimental, du désir de réaliser une certaine perfection ; mais à mesure qu'elle s'éloigne de ses origines et qu'elle devient un art, un système de convention, une espèce de dogmatisme amoureux, elle s'appauvrit et perd toute signification vivante.
Ennemies du sens intérieur encore, toutes les influences imaginaires par lesquelles on prétendait expliquer les sentiments : sortilèges, sorcellerie, magie, astrologie, toutes les formes du merveilleux.
Ennemies du sens intérieur, les mœurs faciles, cette sensualité gauloise, qui se retrouve jusque dans la traduction des Amadis par Herberay des Essarts. Assurément le Beau ténébreux y fait preuve d'une admirable constance, et s'y montre le plus parfait des amants. La passion amoureuse nous est là représentée comme le principe le plus noble de nos actions, comme la source de toutes les vertus '. Mais que d'épisodes scabreux, et combien les honnestes dames mettent peu de façon à manifester aux malheureux paladins « l'amour et bienveillance » qu'elles ont pour eux, et qu'ils mettent au-dessus de toutes les ambitions du monde 1
Enfin, ennemi du sens intérieur encore, ce simplisme intellectuel, cette habitude d'épiloguer sur de menus faitsà l'infini, qui vient, non d'un sentiment pénétrant de la réalité, et de tout ce qu'un fait peut révéler à un esprit méditatif, mais plutôt d'une incapacité de spé-