‹ De Montaigne à VauvenarguesChapitre 18 sur 93 · I. Marsan, of>. cil · texte numérisé non relu

I. Marsan, of>. cil

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ainsi que vous avez dit l'amitié que vous me portez n'estre commune, ni vulgaire, ni semblable aux i amiliez ordinaires : aussi vous puis-je bien assurer | que la conqueste que vous avez faite de moi est bien } certes du nombre des plus rares, n'ayant aucune con- \ formité ou semblance avec celles qu'ordinairement \ ces autres amans obtiennent sur leurs amyes pourchassées... Sachez donc. Monsieur, que jevousayme, \ et tant vous ayme qu'il me semble qu'il serait malaise \ de plus. Chacun sent ses passions. D'égaler ceste mienne amitié et l'ardeur et la a:randeur d'icelle à la ' vôtre, je n'en parlerai point. \ous sentez la vôtre, je j sens la mienne. D'une chose vous asseureraye-je seu- 3 lement, qu'en saincteté, en innocence, bref en toute I louange et honneur, elle n'est pas moindre que la î vôtre. »

N'est-ce pas charmant ? N'est-ce pas le tondu roman intime ? Il faut nous souvenir qu'en plein xvi*^ siècle, ; nous avons eu quelques romans d'analyse qui, "i pour la finesse de la psychologie, la simplicité noble, 'i le réalisme de bon ton, l'intrigue sans événements et;) tout intérieure, le très petit nombre des personnages i mis en scène, sont dignes d'être comparés aux romans intimes du xvni*^ siècle, qui se réclameront tous plus ou moins de la Princesse de C lèves. La psychologie de l'amour ne pouvait se développer que dans des sujets simples, dégagés du ftilras des aventure^ chevaleresques. Nous avons eu de ces sujets simples

D'autre part, M. Gustave Reynier * a parfaitement montré que les influences italiennes et espagnoles,

r. Op. cil., i"' partie.

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celles-ci surtout, — avaient beaucoup contribué à approfondir le sentiment de l'amour ^, « la païenne Italie [surtout dans l'admirable Fiammclle de Boccace; disant la beauté de la grande passion, en faisant le but de la vie. l'élevant au-dessus des lois et des conventions humaines, l'enveloppant d'une atmosphère de volupté tragique ; la pieuse Espagne peignant de sombres couleurs l'avenir de toute tendresse humaine, faisant de l'amour un martyre, exaltant le sacrifice, entourant la femme d'un respect dévotieux et, pour qu'elle soit plus digne d'un tel acte, la parant d'une pudeur ombrageuse et raffinée ». C'est surtout par l'imitation de l'Espagne, que les jeunes filles deviennent les héroïnes de nos romans sentimentaux. Les sinf/oisses amoureuses d'Hélisenne de Crenne (i538 ; nombreuses réimpressions jusqu'en i56o). qui sont peut-être la première autobiographie romanesque d'une femme, ont subi fortement l'influence de la Fiammelte. L'élément sentimental s'affranchii complètement, dans cette œuvre, du merveilleux et de l'aventure ; — il s'affranchit de la sensualité dans Y Amant ressuscité de la mort d'amour, qui procède de ce vieux roïnixnd' A rnalte et Luceiida ^, traduit de l'espagnol en lôSg ; lamentable histoire, dont je vous contais tout à l'heure le délicieux début : l'amant a dû s'éloigner pour le service du roi, et brusquement, il apprend le mariage inexplicable de sa fiancée avec un inconnu. Il meurt de cette trahison.

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