I . Reynier, f)8 et n
IDÉES PLATONICIENNES Io5
une fois en 1692 ; — et la Philosophie (V Amour de Léon Hébreu, traduit deux fois, en i55i, par le sieur du Parc, champenois, et par Pontus de Tyard.
Le dernier livre du Courtisan s'achève sur un admirable exposé de la doctrine platonicienne de l'Amour, mis dans la bouche de Bembo, le même dont Jean Martin devait traduire, par le commandement du duc d'Orléans, en i5/i5, les Azolains de Monseigneur Bembo, de la nature d'amour. Pour peu qu'on ait le goût des idées, — et on l'avait au xvi« siècle, — on subit la contagion de cet enthousiasme mystique ; rien ne donne plus le sentiment de l'ascension intellectuelle que ce bel essor dialectique, par lequel, de degré en degré, affranchissant l'âme des convoitises vulgaires, puis de l'appareil lourd de la raison discursive, Bembo l'introduisit dans la sphère de l'intuition, où, sans peine, elle perçoit la beauté divine.
Parlant d'abord delà beauté qui apparaît « es corps et principalement es visage humain », le Platonicien excuse « ceux qui se laissent vaincre par l'amour sensuel, auquel ils sont tant enclins par l'imbécillité humaine, pourveu qu'en iceluy ils démonstrent une gentillesse, courtoisie, valeur et les autres nobles qualitez». Le jeune courtisan, u se sentant pris, se doit totallement résoudre de fuir toute laideur de vulgaire amour ... ; et premièrement considérer, que le corps où cette beauté reluit n'est pas la fontaine d'où elle provient : ains que la beauté, pour estre [bien quelle soit dans son essence) une chose sans corps et, comme nous avons dit, un rayon divin, perd beaucoup de sa dignité, se trouvant conjointe avec ce sujet vile et corruptible ». Donc, il lui sera bien permis de jouir « de
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cette splendeur, grâce, de ces étincelles amoureuses. .. , de la douceur de la voix, de la mélodie des parolles, de l'harmonie de la musique, si la dame qu'il aime est musicienne... Qu'il a\me ou elle la beauté de l'esprit aussi bien que celle du corps... Qu'il fasse qu'en elle n'ayenl onques lieu sinon pures et franches pensées... : et ainsi, en semant la vertu au jardin do ce bel entendement, il recueillera aussi les fruits de très-belles mœurs et les goûtera avec un plaisir admirable ») .
Mais le « vrai jugement » serait perverti à la longue par la contemplation de la beauté corporelle. C'est ici que l'absence, cette absence maudite par les amants vulgaires, va aider l'amant spirituel à s'élever || au plus haut degré du véritiible amour : « Par la | vertu de son imagination, il se formera au-dedans de soy-mesme cette beauté beaucoup plus belle qu'ellene l'est en effet ; mais entre ces biens, l'amant entrouvera encore un autre beaucoup plus grand, s'il veut se ser- i vir de cet amour comme d'un degré, pour monter à • un autre beaucoup plus haut : ce qui luy adviendra, I s'il considère en soy-mesme que c'est un estroil lien j d être toujours empesché à contempler la bcauti' d'un f seul corps : et pour ceste cause, afin de sortir d'un ; limite si estroit, il adjoustera à sa pensée peu à peu tant d'ornements, que, changeant toutes les bcautez ensemble, il fera un accord universel et réduira la multitude d'icelles à l'unité de celle seule qui s'espand en i général sur l'humaine nature : et ainsi il ne contem- j plera plus la beauté particulière d'une femme, mais | cette beauté univorsol!e qui ilécnio et embellit tous les i
corps. »