‹ De Montaigne à VauvenarguesChapitre 27 sur 93 · I. Uevnier, 3'ii et suiv. Conclusion. i j · texte numérisé non relu

I. Uevnier, 3'ii et suiv. Conclusion. i j

a. Cf. M.irsan, 120 et suiv., la complication .leatimentnle. In niathonia- > i tique des senlinienls malgré le Platonisme, et à cause de lui.

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— L'autre doctrine (et sur celle-ci je dois passer plus \ite), c'est le stoïcisme.

Le témoignage de vie intérieure le plus profond que le Stoïcisme nous ait légué, ce sont les Pensées de Marc-Aurèle. On a pu, sans beaucoup d'exagération, les comparer aux Pensées de Pascal. C'était un stoïcisme humanisé, plein du sentiment de la faiblesse humaine, du néant de la vie, héroïque et pourtant détendu, nuancé d'humilité. Aussi, lorsque les Dacier, en 1691, publièrent leur traduction, ils n'avaient peutêtre pas tort de dire que si Pascal avait connu ce livre, il eût parlé avec plus de clémence de Yorgueil stoïcien ; — et ils pouvaient dire : u ^otre unique dessein a été de faire de ce livre un livre de piété, d

Mais il me paraît bien que les Pensées de Marc- Aurcle ont été peu connues du public. En 1626, il en paraissait encore une traduction latine, ce qui paraît indiquer qu'on réservait ce livre aux seuls habiles. En i65i, l'auteur anonyme(c'est un Suédois, qui dédie le livre à la reine Christine) d'une traduction française se flatte d'être le premier à offrir à des lecteurs français les Pensées morales de Marc Anlonin, Empereur, de soy cl à soy mesmr. Je n'ose pas assurer qu'il se trompe, n'ayant pu voir encore les Inslitulions de la vie humaine dressées par Marc Antonin, philosophe, empereur romain, auxquelles Pardoux du Prat joignait en 1670 les Bcmonstrances d'Agapelus à Justinien^ et VElégie de Solon, prince athénien, sur la cause des

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ruines des villes. Il se peut qu'il n'y ait là qu'une paraphrase, un arrangement libre du texte deMarc-Aurèle.

En tous cas, on peut assurer que le texte stoïcien populaire, ce fut le Manuel d'Epictète. plusieurs fois traduit en français au xvf siècle, notamment par G. du Yair, et, en 1609. par un Feuillant, dom Jean de Saint-François, ou dom Goulu, qui, pour la première fois, y joignit les Dissertations. C'est dans cette traduction, semble-t-il bien (M. Strowski l'a montré), que presque tout le siècle cultivé litEpictèle et apprend le stoïcisme : saint François de Sales la s:oûtait, et Pascal en fit des extraits. C'est donc un livre vénérable. Il est dédié à la reine Marguerite.

Mais restons auprès de du \air, qui appartient à l'époque où nous sommes rendus, et qui a composé lui-même des traités stoïciens, dont la difTusion fut considérable. Son stoïcisme est d'une qualité intéressante, parce qu'il l'a vécu.

Ce n'est pas seulement un homme éloquent que G. du \air, c'est une belle àme. Et je crois bien que SCS traités stoïciens ont été, pour beaucoup de gens, quelque chose eux aussi comme un livre de piété, un manuel de vie intérieure.

La Bibliothèque de ^lontpellier possède le recueil stoïcien de du Yair, édition de 1607, chez Abcl L'An- (jelier, an /*■■ pilier de la Grand Salle da Palais. Ce livre ne plaît pas seulement aux yeux du bibliophile par la grâce exquise du dessin qni encadre le titre, oiseaux, fleurs enlacées, fruits, miniatures comme on en faisait pour les livres d'heures. L'exemplaire que j'ai sous les yeux nous transmet im peu de la vie do ceux qui l'ont lu, semble-t-il. les pre-

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miers, eL qui longuement l'onl manié. Une plume peu gauche, mais soigneuse, a dessiné au milieu de la page deux cœurs traversés d'une seule flèche, et environnés de flammes. Sous l'emblème, on lit cette devise un peu énigmatique : sXrdens Immortels au regard d'amyes. Ce livre fut-il le lien de deux fîmes ? Fut-il donné par l'un à l'autre, lu en commun ? — N'atteste-t-il pas une dévotion stoïcienne, une spiritualité stoïcienne ?

Que trouvaient donc des âmes ardentes en ce recueil de Guillaume du Yair ?

Elles y trouvaient que l'homme est absolument maître de son âme ; que tout ce qui est dans l'intelligence peut immédiatement passer dans la volonté ; que « c'est une loi divine et inviolable... que si nous voulons avoir du bien, il faut que nous le donnions nous-mêmes. La nature en a mis le magasin en notre esprit, portons-y la main de notre volonté, et nous en prendrons telle part que nous voudrons ».

Elles y trouvaient une méthode contre l'émeute des sens, la mutinerie des passions, la rébellion de la fantaisie, — comment, par une juste considération des choses, l'entendement peut anéantir les passions qui ne reposent que sur de faux jugements, — et, par exemple, tourner la haine, qui étreint nos âmes, les étouflfe, — en la pitié, la pitié sereine qui les élargit.

Elles y trouvaient le précepte de l'examen de conscience, — et celui du silence, du silence des lèvres et du silence intérieur, car « le silence est le père du discours et la fontaine de la raison » .

Du Vair leur enseignait à fuir tout faste d'austérité, et surtout à fuir la tristesse, qui est une passion. Du

Yair est l'ennemi du pessimisme, qui est tout simplement un vice de Vàme {Constance, I, p. 17) : (( On ne saurait croire combien cette rouille et moisissure... est contraire à la nature, et combien elle ruine et difforme son ouvrage, abastardissant sa puissance, endormant et assoupissant sa vertu... ; et afin qu'elle ne nous trompe, [nous devons] la bien découvrir, et diligemment reconnaître : puis, avant quelle prenne pied sur nous, la combattre à la frontière... Elle fait mine d'être pie et religieuse, faisons-lui paraître qu'elle est pleine de tromperie et d'impiété. »

Il est donc, ce chrétien, l'ennemi delà componction, de la tristesse qui saisit l'âme devant son péché ? — Oui, pour autant que la tristesse décourage l'àme. La grande tâche de l'âme, c'est de réaliser sa perfection (II, 81) ; car bien que « Dieu se soit réservé la création de l'âme humaine, comme d'un grand chef-d'œuvre... si est-ce qu'en cela il a aussi appelé l'homme comme à son aide, lui en ayant réservé l'institution, la discipline et polissure, pour se pouvoir comme vanter d'avoir contribué quelque chose à sa propre perfection ».

Ainsi, et sans plus s'embarrasser des difficultés métaphysiques (conciliation de runiverscllc et nécessaire harmonie avec la liberté humaine), l'homme est libre, selon ce stoïcisme comme selon le Platonisme. Il ne relève que de lui. Il doit viArc dans la joie, même au milieu des plus grandes calamités.

Acceptons l'infortune comme un châtiment providentiel, qui lave toute souillure si on sait l'accueillir : celui qui a courageusement supporté le malheur « se sent rempli d'un indicible contentement, et lui semble

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que la splendeur d une vraie et saine gloire reluit à l'entour de lui, ef lui donne r^iielqne prééminence entre les hommes ».

Orgueil? Oui. mais salutaire orgueil. Le stoïcien ne vit pas dans le tremblement. Et voyez comme ce stoïcisme s'assimile le christianisme : pour le chrétien, il y a un conflit dramatique, cruel, déchirant, entre les deux natures qui sont en Ihomme.

Le stoïcien juge clairement que l'homme est un mélange d'éléments terrestres et célestes : — et il en conclut (IIL i83) que Ihomme doit « montrer par un continuel effort sa nature, le lieu de son origine, son inclination et la fm de son désir, qui tend certainement toujours à la divinité, et à posséder dès celle vie présente les béatitudes » divines. Il contemple « avec ses yeux de chat-huant » à travers les épaisses ténèbres du monde, la lumière divine ; c est là sa destinée en ce monde, c'est l'exercice naturel de son entendement : « Le vray moyen de connaistre la nature de

notre âme c'est de la retirer toute à soy : à fin que

réfléchie en soy-mesme elle se cognoisse par soymesme. »

^ oilà la philosophie lumineuse et sereine que le stoïcien du Vair a enseignée. Et il ne croit pas le moins du monde qu'entre cette doctrine de la noblesse et de la toute-puissance humaine el la doctrine du péché, il y ait une insoluble contradiction. Il passe sans heurt du stoïcisme au christianisme. La \eilii de l'espérance est pour lui une vertu naturelle ; il remercie seulement le Christ d'avoir exalté et réconforté l'espérance. (( Heureuse et admirable parole (du Christ) qui nous suggère en un moment tout ce que les veilles

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de tant danuécs ont peu acquérir de plus beau aux esprits des plus sravans philosophes. »

C'est par du Vair que s'est opérée, en beaucoup d'âmes, la fusion du christianisme et du stoïcisme ;

— la fusion du platonisme et du mysticisme chrétien n'avait été que le fait rare de quelques esprits subtils, autour de la première Marguerite ; — tandis que beaucoup de volontés puisèrent leur énergie aux préceptes stoïciens, sans s'aviser qu'il pût y avoir contradiction entre la noblesse de l'homme, tels qu'ils l'enseignent, et la grandeur toujours précaire et menacée qu'enseigne la parole chrétienne.

Les résultats de cet accord furent considérables,

— il dura longtemps, puis il se défit : et c'est là presque toute l'histoire morale du xvii" siècle.

Avant de suivre l'histoire des idées platoniciennes et stoïciennes, nous nous arrêterons devant le livre où se concentre, et d'où s'est répandue la plus haute spiritualité chrétienne vers 1610 : Y Introduction à la vie dévote de saint François de Sales. Livre d'autant plus passionnant que F. de Sales n'est reste indifférent à aucun des courants des idées de son temps, que c'est un esprit très ouvert, charmant, une âme très pure et très douce, un merveilleux psychologue et un homme d'esprit.

SAINT FRA>iÇOIS DK SALES.

La diffusion de l'œuvre de saint François de Sales fut immédiate et universelle ^.

L'Introduction à la vie dévole, parue à la fin de 1608 ou au commencement de 1609. à Lyon, chez Pierre Rigaud, fut rééditée, avec des additions considérables, en septembre 1609, puis 16 10 ; François de Sales écrivait lui-même en 1620 qu'elle avait été réimprimée plus de quarante fois (en onze ans' en langue française. Dès t6io, elle fut traduite en italien, — en anglais en i6i3 (et la troisième édition parut dès i6i4), — en espagnol en 1618, et dès lors aussi en flamand. En Allemagne, il est question d'une traduction dès 1627 ; et le marquis de LuUin, ambassadeur extraordinaire du duc de Savoie, dit, en i65i, « qu'à la cour impériale, tous les princes, seigneurs et dames avaient V Introduction continuellement, en lansrue allemande. » Dès i656, elleavaitété imprimée en dix-sept langues. Et Bourdaloue, frappé de la popularité universelle de ce livre, que les hérétiques aiment autant que les orthodoxes, s'écrie : « Une des marques les plus évidentes de l'excellenoe de ce livre, c'est que dans le christia-

I. V. les Préfaces de Dom Mackey, dans l'édition d'Annec). Imprimerie Niérat, iSg."! et années suivantes.

la/j UE MO.MAIGNE A VaU VE.NARGLES

nisme il soit devenu si commun ^. — En i6g6, une ordonnance de Louis XIV défendit « sous des peines sévères à tous imprimeurs et éditeurs de moderniser le style de V Introduction et des autres écrits du saint évêque de Genève, de peur d'en altérer l'admirable doctrine ». Voilà une ordonnance qu'on devrait bien remettre en vigueur.

II en est de même des Lettres spirituelles. Editées en novembre 1620, puis en 1628 et en 1629, elles eurent au xvii" siècle une quarantaine de réimpressions ; et de plus, à partir de 1687, elles sont insérées dans toutes les éditions des Œuvres complètes.

Le Traite de l'amour de Dieu, dont l'achevé d'imprimer est du 3i juillet 1616, fut réédité en 1617, 1618 et 1620. En i63o. sur la dix-huitième édition française, un prêtre ançrlais. Miles Carr donnait à ses compatriotes une traduction, imprimée à Douai. La plus ancienne traduction italienne qu'ait retrouvée dom Mackey est de 1642. Il va de soi que ce traité de haute spiritualité fut moins lu que le manuel élémentaire de dévotion. En lui cependant nous irons chercher la doctrine de saint François de Sales sous sa forme accomplie.

Le succès de V Introduction à la rie dévole s'explique d'abord par certaines qualités toutes profanes, le charme du style, la grâce et la suavité des images, la

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