‹ De Montaigne à VauvenarguesChapitre 45 sur 93 · I. Cousio, Soc. fr,,3^1t. j · texte numérisé non relu

I. Cousio, Soc. fr,,3^1t. j

idéal de galanterie espagnole. Elle avait « un grand éloignement pour la galanterie, quoiqu'elle aimât les esprits galants, et qu'elle eut une délicatesse admirable à en faire le discernement. Un jour, un cavalier, en lui racontant une histoire, nomma l'amour. Â l'instant il lui vint aux joues un vermillon si vif que le chevalier s'arrêta tout court ; elle reprit le discours en lui disant : « Hé bien ! l'autre, qu'a-t-il fait!^ » ne voulant point nommer l'amour... ; de sorte que depuis on ne parla plus que de l'autre. » Cette demoiselle de Yandy me fait penser à M"^ de Beaulieu, fille d'honneur de Marguerite de Valois, qui visait à l'angélique, et « mourut, assure l'Estoile en 1607, d'avoir mangé des morceaux de gands » pour se faire pâlir.

Encore une fois, que vaut celte délicatesse, réelle chez les uns, adoptée par les autres comme une bienséance ? •< Il y a longtemps, dira la duchesse de Schomberg, — à qui M"* de Sablé avait demandé son opinion sur les A/axm?e5 de La Rochefoucauld, — il y a longtemps que j'ai pensé et que j'ai dit que tout le monde était en masquarade. » ^lais elle répugnait au système dénigrant de La Rochefoucauld : « Enfin que tout soit arle di parer honesia ^ et non pas l'estre, cela est pourtant bien étrange. » N'allons pas plus loin qu'elle ; ce qui nous importe pour l'instant, c'est que par de fins détours, le moi, bien loin de se retrancher, trouvait son compte dans la haute galanterie ; aimer était une condition pour être parfait selon le monde. Se dévouer à une cause en fut une autre, et nous

I. Cousin, qui cite ce passage dans Madame de Sablé, f. ai6, fait remarquer que le mot est clans le Paslor Fido da Guarini, acte IFI, se. i.

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allons voir que le moi trouvait aussi de quoi se glo- 1 lifier dans l'action, avec tout ce qu'elle comporte de ; périls et de sacrifices nécessaires. .;

La duchesse de Schomberg. celle qui fut d'abord \ M"' de Haulefoit. se trouve là pour nous en instruire. ': y. Cousin, bien qu'il se fût moins épris d'elle que de -i M'"- de Longueville, en a parlé de manière à décou- i rager d'y revenir. Vous vous souvenez de la passion ! platonique inspirée à Louis XIII par cette fille exquise, i blonde, éblouissante, .< pure comme la lumière )) ; elle avait pris sur son esprit un iel empire qu'elle se trouva, jj auprès de lui, comme la rivale de Richelieu ; et vous | savez que de luttes il en résulta pour elle, que de tra- j verses, que de hauts et bas de fortune, le tout sans altérer jamais sa trancpiillité d'àme, La Rochefoucauld l'aima sans oser le lui dire ; mais ^ « étant à l'armée et à la veille d'une bataille, il alla trouver le marquis de Hautefort avec lequel il servait, lui fit confidence de sa passion, et lui donna une lettre pour sa sœur, en lui faisant promettre que, s'il périssait dans le combat, il la lui remettrait et lui dirait de sa part ce qu'il ne lui avait jamais dit, — et que s'il n'était pas tué, il lui rendrait sa lettre à lui-même et lui garderait fidèlement son secret. C'était là comme on faisait la cour à M"" de Hautefort ». Gassion, « cœur de fer et de feu », que Richelieu appelait la Guerre, « se renferme devant elle dans une admiration timide et respectueuse'- ». « Le triomphe de sa chaste beauté fut d'avoir un moment transformé l'impétueux

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