‹ De Montaigne à VauvenarguesChapitre 46 sur 93 · I . Cousin, 3o · texte numérisé non relu

I . Cousin, 3o

a. Ibl.L. f.S.

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Charles IV, duc de Lorraine, l'amant de M'"^ de Chcvreuse..., eu un héros de YAslrée. » Ayant t'ait prisonniers deux gentilshommes français, il apprit que l'un d'eux avait \ti souvent à la cour M"" de Hautefort. Il leur rendit la liberté, sans autre rançon, leur dit-il, (( que l'honneur de savoir que vous avez baisé de ma part la robe de M"° de Hautcfort. » Ce qui fut ponctuellement exécute. » Elle était, sous le nom d'Hcrmionc. « une véritable et parfaite précieuse ». Elle était très pieuse.

Elle avait l'instinct do se dévouer aux opprimés ; et voilà qu'il nous faut, non par volonté de dénigrement et pour le plaisir de chercher une tare aux plus belles vertus, mais pour comprendre comment les jansénistes ont brisé le sortilège des vertus purement humaines, il nous faut discerner en cet instinct la complaisance pour soi, l'exaltation du moi, qui ne peut s'offrir sans se glorilier. Et nous sentirons en même temps le levain d'indiscipline qui fermentait dans l'aristocratie d'alors, lui inspirant une préférence pour toute doctrine qui exalte l'estime de soi-même au-dessus de tout. Lorsque Anne d'Autriche, pleurante et sanglotante, l'eut laissée partir pour Le Mans, où l'exilait Richelieu, elle lui laissa emmener, innocemment, pour compagne, M"^ de Chémerault, qui l'avait secrètement perdue, et qui demeurait auprès d'elle pourl'épier ; et elle remit à cette fdie perlide 4-oooécus, sans autre marque d'estime. Marie de Hautefort, à qui la reine avait donné ses pendants d'oreille « en la priant de les garder pour l'amour d'elle », fut blessée de ce qu'ayant tant fait pour elle-même, la reine fût si froide envers M"'' de Chémerault. Et elle

aSa DE MONTAIGNE A VAtVENARGUES

lui écrivit une lettre très vive *, « pleine d'affection, (mais) de hauteur et de dépit », une « lettre à la Corneille », « outrée et sublime » à la mode d'Emilie. Elle ne pardonnait pas à sa royale amie de rester « au-dessous de l'idéal de générosité et de noblesse qu'elle s'était formé ».

Plus tard, en avril i644> cette générosité intolérante, qui fatiguait depuis longtemps la reine, perdit M'^^de Hautefort. Anne d'Autriche saisit l'occasion d'une recommandation importune, qu'elle lui faisait un soir en la déchaussant, en faveur d'un ^^eux gentilhomme servant, pour la prier de sortir d'auprès d'elle. — Cousin ne craint pas d'insister sur les défauts de ses qualités: «... Au Keu d'attendre le danger, elle se plaisait à le braver. Elle était d'une sincérité et d'une droiture admirable, mais elle n'en faisait pas toujours l'usage le plus respectueux... Sa vivacité... pouvait dégénérer en une sorte de généreux emportement, lorsqu'elle croyait la justice ou l'honneur enjeu... C'était à la fois une glorieuse et une précieuse, visant toujours au délicat et au grand, et tournant un peu à l'outré et au romanesque. » Elle se déclara contre Mazarin, parce qu'il lui parut une âme médiocre. Nullement ambitieuse pour son compte, Mazarin ne put lui reprocher que la liberté de son langage ; ce fut assez pour qu'elle perdît le cœur de la reine. Dès lors elle devint « l'idole des importants et du parti des saints ». Sa séduction continua de s'exercer sur toute la cour ; elle était bienfaisante; le petit roi l'adorait.

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