‹ De Montaigne à VauvenarguesChapitre 50 sur 93 · I. InCousia, Madame de Haute fort, p. i3o, n. i. A · texte numérisé non relu

I. InCousia, Madame de Haute fort, p. i3o, n. i. A

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prédestinaîion : «Eh! qu 'i m porte-t-il comme l'on fait, puisque si nous avons la grâce, nous serons sauvés, et, si nous ne l'avons pas, nous serons perdus. Et puis ils concluent de dire : Tout cela sont fariboles... Avant toutes ces questions-ci, quand Pasques arrivait, ils étaient étonnés comme des fondeurs de cloches, ne sachant où se fourrer et ayant de grands scrupules ; présentement ils sont gaillards et ne songent plus à se confesser disant : Ce qui est écrit est écrit. »

Ces choses ne frappent que les gens de sens rassis, les raisonneurs prudents. Pour ceux dont le principe est de voirie beau ae tout, qui n'admettent point que l'on puisse penser en ces graves matières avec légèreté, le jansénisme restait attrayant par son caractère aristocratique, entier. Il était une minorité : outre qu'il exerce un charme invincible sur ceux qui ont éprouvé longuement, après avoir beaucoup attendu de la nature humaine, son infirmité et sa bassesse. Le goût du cilice était revenu à M'"^ de Lon^fueville.

Nous voici donc amenés, en suivant les faits, à reconnaître que certains de ces glorieux ont cherché un refuge dans la doctrine qui était faite pour les froisser le plus rudement. Cette doctrine, nous verrons comment Pascal l'a élaborée pour décourager le moi en toutes ses résistances. Mais à défaut de la Palatine, dont je ne dirai rien ici, il y a une grande figure d'orgueilleux devant laquelle il nous faut nous arrêter ; car il symbolise le dilettantisme de l'action, le liber-

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tinage de l'esprit et un certain goût d'héroïsme qui ; font bien de lui Tun des exemplaires les plus curieux * qu'on ait jamais vus du culte de soi : c'est le cardi- ; nal de Retz. ^

Celui-là n'a vraiment cru à rien qu'à lui-même. ? C'est un immoraliste accompli. Son libertinage, j d'esprit et de mœurs, est absolu. Mais il aimait le | grand à sa façon : il pensait qu'on peut, sans avoir le i moindre souci des vertus élémentaires, cultiver en soi f les qualités supérieures, et les vertus mêmes de l'intelligence et de la volonté. Mentir, faire l'hypocrite, ce n'est rien si l'on sait faire de sa vie un chef-d'œuvre de fourberie ; les petits vices, les vices honteux sont misérables, — les vices audacieux n'altèrent pas les qualités suréminentes d'une âme en qui la grandeur est innée. Etre fort et lucide, passionné tout ensemble et maître de soi, mépriser la tourbe humaine, et, par persuasion ou par contrainte, plier son vouloir incertain et flexible à un vaste dessein, longuement médité et poursuivi avec ténacité, voilà ce qui fait un homme supérieur, — et voilà pour quoi il se donne ; à vrai dire, ce qui lui manqua, ce fut justement un grand dessein. Chez un Richelieu, l'esprit de domination se joint à une grande conception : après s'être concentré, après avoir soufiert du délaissement des dons qu'il se sentait, RicheUeu s'est donné un plan d'ambition qiii, assurément, promettait à son orgueil des satisfactions infinies ; mais aussi, à cette tâche de l'unité française, à cette œuvre grandiose qui seule était en proportion de son énergie et de son activité d'esprit, il a immolé sa vie. Il faudrait être celui qui sonde les cœurs et les reins pour assurer qu'en cette immolation la volupté

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du moi élevé à la suprême puissance fut plus forte que l'instinct de soumission à un grand objet ; l'homme de génie qui discipline l'inquiétude de ses pensées avides d'absolu et qui domine pour servir, doit être distingué de ce Retz, intrigant égoïste, à qui toute discipline a manqué, et qui prodigua l'effervescence de sa vanité dans les risques d'une action audacieuse, mais décousue. iMais en cet homme qui ne fut pas d'ordre supérieur, on saisit au vif celte grandeur équivoque, où donnèrent alors tant d'autres, « esprils absurdes et cœurs intrépides », caricature de la vraie grandeur, dont par instants elle donnait l'illusion. Son prestige est un enseignement pour les ennemis du moi ; car si différente qu'elle soit de la vraie grandeur, celle-ci, ou ce que les hommes appellent de ce nom, garde, à n'en pas douter, l'infirmité de tout ce qui est humain ; et signaler le prestige évident de la fausse grandeur, c'est nous inquiéter sur le prestige secret de la vraie grandeur.

Quelles sont donc les maximes de ce Retz, qui avait inquiété Richelieu en sa jeunesse, par les opinions qui perçaient dans son livre, admiratif, sur la conjiu-ation de Fiesque ? Ce sont les maximes non d'un homme d'Etat, mais d'un chef de parti. Vous savez qu'il se plaisait à dire qu'il faut plus de qualités pour être chef de parti que pour faire un bon empereur de l'univers. Chef de parti, c'est le titre dont il est le plus fier. Voyez-le pendant cette fameuse émeute : Broussel et Blancménil ont été arrêtés ; Paris est consterné ; tout à coup on éclate, ion s'émeut, on court, on crie. Retz, coadjuteur de Paris, sort en habits pontificaux, camail et rochet ; il

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est aussitôt « accablé d'une foule de peuple qui hurlait ' plutôt qu'il ne criait». Il s'en démêle ' en leur disant ; que la reine leur ferait justice ». Il se rend auprès de : la reine, s'aperçoit que tout le monde joue la comé- ! die, est fort mal reçu pour avoir dit que la révolte était ] dans Paris ; le bonhomme Vannes, « tout pétri de ' bile et de contretemps », s'écrie qu'il faut « périr plutôt que de souffrir cette insolence » et assure qu'il va terrasser toute la canaille. Au milieu de ces poltrons, j de ces agités ou de ces bouffons, brusquement une ' décision est prise : que Retz aille porter au peuple desj paroles de paix : « Rendez le repos à l'Etat, il n'y ai que vous qui puissiez remédier au mal. » On le pousse,! on l'entraîne, on le porte, et le voilà dans le tumultei populaire, donnant des bénédictions à droite et à! gauche. J'abrège la scène. Quand il rentre au Palais- Royal, toujours avec La ^leilleraye, qui ne mâche pas les mots et qui dit tout crûment que Paris exige la | liberté de Broussel, la reine lui dit avec un sourire de ! moquerie : « Allez vous reposer, Monsieur, vous \ avez bien travaillé. » Peut-on subir une plus forte len- i talion de travailler pour soi, dans le désespoir d'être J jamais reçu par le souverain à le bien servir.^ Tentation ï d'autant plus violente pour Retz, que, si j'en croisa son récit, Montrésor gourmande ses scrupules, lui« disant que l'illustre conspirateur, « son ami Jean Liousfi de Fiesque ».n'\ aurait point fait tant de façons. Iljj hésite ; — ses amis, c'est-à-dire son parti, se lamen-iî tent. s'écrient qu'il les perd ; et voici comment il'l saute le pas : « Comme la manière dont j'étaisid poussé, et celle dont le public était menacé (voici It't beau prétexte) eurent dissipé mon scrupule (il donn€

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