‹ De Montaigne à VauvenarguesChapitre 55 sur 93 · I, ENNEMI DU MOI : PASCAL · texte numérisé non relu

I, ENNEMI DU MOI : PASCAL

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de connaître les sentiments et les pensées des personnes avec lesquelles on s'entretient par des signes presque imperceptibles] : car il instruite être devin. » C'est, en tout, la délicalesse du goût, qui est « absolument nécessaire pour connaître la juste valeur des choses ». Le bon goût, sans se donner la peine de raisonner, — entendez le bon goût en morale comme en art, — « se fonde toujours sur des raisons très solides ». D'intuition, il découvre ce qui convient au bonheiu" : « Il ne faut pas chercher plus avant. » Et « ce discernement snbtil vient d'un esprit de grande éteudue, qui pénètre en tout. » Universalité de l'homme du monde, intuition du cœur, qui devance la lenteur de l'esprit, recherche aristocratique d'un bonheur retiré, qui met au plus haut degré les joies de l'esprit, enfin charme infini de la société entre âmes qui se comprennent à demi mot : tout cela, grâce à Méré surtout, Pascal l'a découvert. Et il se peut que, par ses entretiens avec cet homme très distingué, il ait mieux ou plus vite discerné qu'il ne l'eut fait, que la connaissance par le sentiment, par l'esprit de finesse, convient seule, par sa lucide agilité et son ampleur aisée, à bien des objets sur lesquels l'esprit de géométrie glisserait, sans pouvoir les pénétrer*.

Il ne manquait donc rien à Pascal pour être un esprit superbe, souverainement tranquille. Il a tout compris. Il n'a pas de passions violentes, — rien cpiile

1. M. Ch.-H. Boudhors, article cilc, s'appuie sur des raisons très fortes et très fines pour rendre h Pascal « son autonome génie ». J'admettrais fort bien qu'il eut été, même «ans Méré, « mondain par devoir secret de clinjlien y.

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tourmente ; ceux qui le représentent comme un haineux, un méchant travaillé par l'esprit d'inquisition et de dénonciation, saisissent hien en lui un besoin de prosélytisme où il manque une certaine dose de charité ; il était opiniâtre, combatif, mais pas assez pour que son repos en fût inquiété; et il recevait, du monde où il allait, de la compagnie du jeuneducdeRoannez, de Méré surtout, des exemples de clémence intellectuelle. Une sorte de beauté nouvelle lui était révélée et le charmait. Cependant toutes ces grandeurs, toutes ces délices ne seront rien pour lui, — elles lui apparaîtront comme autant d'illusions, par lesquelles le moi se dissimule sa misère.

Non pas tout de suite. Lors de sa première conversion, en 16:^6, il a continué, sans scrupule, de s'adonner aux sciences ; il a revu (en 16A7) ^^^ anciens amis, des Epicuriens comme Dalibray ou Le Paillcur, dont la vie est fort peu édifiante ; il a vu sa sœur Jacqueline entrer au couvent, et il en a ressenti de la tristesse et du mécontentement, rien de plus ; — même après la mort de son père (i65i), il est tout à des affaires d'intérêt ; pendant dix-huit mois (dont six passés, il est vrai, à Clermont (auprès de sa sœur M"" Périer), il a été repris par le monde : la science toujours, puis le jeu, la comédie, la société des femmes. Mais d'après Jacqueline Pascal, il éprouvait, depuis la fin de i653 ^ « un grand mépris du monde

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