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que par ses adroits éloges et ses reproches flatteurs, il ait travaillé à faire de quelques femmes, dont il aimait l'esprit, « de délicats chefs-d'œuvre », ses chefsd'œuvre.^ Mais quand il parle de haut à Pascal, je trouve, comme !M. Lanson, qu'il témoigne d'un peu trop de confiance en ses lumières, et en l'intuition de la pure honnêteté.
Il faut passer par là-dessus, — et ses lettres deviennent un régal. N'y cherchons pour le moment que sa personne. Rien de profond chez lui, — ou plutôt la volonté de n'être pas profond ; vieux garçon lui aussi; sa vie s'écoule sans grande joie ni grand souci : « Je n'ai point, disait-il à Miton, de chagrin fâcheux ; aussi n'ai-je pas de plaisirs qui soient hien piquants, et je suis à peu près comme ces temps bas, qui sont à la vérité sans orage et sans pluie, mais où l'on ne voit point le soleil. >> Ce qui attache à lui, c'est un goût de l'intimité, qu'il menait jusqu'à la vertu ; il n'aimait que ce qui reste caché ; il n'avait que peu d'estime pour les actions éclatantes ; il y soupçonnait de la vanité, quand bien même elles fussent nées d'un principe de vertu : mais celles « qu'on n'apprend que par une espèce de révélation, quelle estime line et haute ne donne-telle point ? » Ce n'était pas chez lui humilité toute pure ; le mystère dans les belles actions peut procéder d'une idolâtrie délicate pour soi-même ; — du moins, Méré avait horreur du vulgaire.
Il avait aussi le goût du parfait. Se rendre honnête homme était pour lui « une étude infinie où l'on fait incessamment des progrès ». Il ne visait à rien moins qu'au génie : « S'il y a quelque avantage ou quelque
l'art de vivre. GE>S d'esprit et ]ii':VELRS 3o(j
talent qui soit une marque indubitable d'un esprit immense et sublime, c'est à mon sens la parfaite honnêteté. Je ne vois rien au delà. » Il occupe sa vie « à se remplir le cœur et l'esprit de tout ce qu'il y a de plus aimable dans le grand monde et de plus beau dans la nature, tant dans la sensible que dans C iniellectuelle, et c'est dans l'intellectuelle que se rencontre loul ce qui se dit de plus haut prix. » Il lisait Platon avec délices : « Moi qui sais presque par cœur tout le divin Platon ettousles plus beaux endroits d'Homère. » Et l'honnêteté était pour lui une Idée platonicienne : «on ne peut la connaître sans l'aimer éperdument ». Son platonisme n'était d'ailleurs que l'un des ingrédients de son épicurisme pratique ; les propos épicuriens, au sens le plus vague ou le plus strict, abondent sous sa plume : « Le monde est si peu de chose que c'est être bien fou que d'être si sage. » Il n'aime point les inflexibles ; « les gens simples, — d'une simplicité savante, — qui se laissent conduire à leur instinct naturel » sont moins sujets à se tromper qu'un Caton ; la constance est absurde. Et il reprend le vieux sophisme : que signifie la fidélité obstinée à certains objets, à la patrie par exemple, puisqive tout est fait d'atomes qui sont dans un mouvement perpétuel de décomposition et de combinaison P L'être que j'ai juré d'aimer toujours n'est déjà plus celui que j'aimais ; 1 air du pays où je suis né, les eaux du fleuve qui le baigne, enveloppent ou arrosent maintenantd'autrespays. CequeMéré redoute, ce sont les attachements, cause de douleur: mais voici comme il l'entend, — vous allez voir qu'on peut être platonicien, en gardant l'épicurisme auprès de soi comme
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ressource : « Pour vivre heureusement, il faut avoir l'esprit d'une grande étendue et le cœur extrêmement borné ; je veux dire... n'aimer passionnément qu'une seule chose, qui nous tienne lieu de tout » — Oui, mais si nous la perdons, que deviendrons-nous ? — « Je suis persuadé, Madame, que si nous ne pouvions nous en consoler, ce qui n'arrive que bien rarement, il vaudrait mieux mourir du regret de l'avoir perdue que d'être toujours triste et chagrin pour tant de choses qui se passent dans la vie. » Tout Méré est là. Il avait de la sensibilité, il souhaitaitmême d'éprouver un sentiment absolu, juvSqu à la douleur exclusivement; mais il ne croit guère en courir le risque. Lui non plus, il n'a point compris que la soufl'rance élargit l'âme.
Mais il goûte la mélancolie, — il la savoure au milieu de la nature, et il y associe la rêverie. Il y a du La Fontaine chez lui. Il trouvait des charmes à la tristesse ; et il avait aussi cette tendresse de cœur qui fait « qu'on s'abandonne de bon cœur à ce qui plaît, et qu'on achève de se perdre auprès d'une personne agréable ». Il reprochait à Miton, autre « songe creux », de n'avoir pas cette grâce de nature. Comme Théophile de Viau, comme La Fontaine, il aimait « la douceur naturelle et tranquille •> qu'on sent « au murmure d'une eau vive et claire », aux a cris des troupeaux dans une prairie ». Il plaignait les gens qui ne savent point distinguer les saisons, pour lesquelles le printemps et l'automne n'ont pas d'enchantement, ni » la douceur d'une belle nuit ». Il passe une bonne partie de l'année à la campagne, en Poitou : sa maison obt au fond d'un vallon, « sur le bord d'un