‹ De Montaigne à VauvenarguesChapitre 75 sur 93 · I.A SPIUITLALIÏK UK Ff-VELON 36l · texte numérisé non relu

I.A SPIUITLALIÏK UK Ff-VELON 36l

comme cotte terre, qui paraît au dehors toute desséchée, et an dedans est pleine des eaux pures et vives de la grâce, et d'un germe d'irrmortalité. «

Tout cela n'a pas fait qu'il n'ait continué à souffrir de ce qu'il appelle l'agonie intérieure. Il a fait de la vie spirituelle, et d'autant plus qu'il y accomplit de progrès, une expérience vraiment tragique. Il avait pitié des âmes qu'il conduisait vers ces tortures, sachant qu'il ne pouvait les leur épargner, mais ne leur cachant pas la cruauté de ce qu'elles devaient souffrir : c En vous disant tout ceci, j'ai horreur de tout ce que l'expérience de ces choses porte avec soi. » Il leur parle de désolation et d'horreur. Ailleurs : L'épreuve crucifiante c me fait frémir et me donne des convulsions dès qu'elle se fait sentir, et tout ce que j'ai dit de ses opérations salutaires s'évanouit dans l'agonie où elle met le fond du cœur. » C'est une immolation sanglante. Quand je lis ces passages si nombreux, je ne puis plus admettre avec M. Masson * que Fénelon se soit détourné du mystère du péché : car ce qui fait cette souffrance affreuse de l'âme, qui retranche en elle l'humanité, et qui pourtant, cette opération salutaire accomplie, ne se sent pas sauvée, demeure dans le silence de Dieu, c'est bien la condition pécheresse : « Je suis tout pétri de boue », s'écrie Fénelon.

Il ne faut pas que l'âme engagée dans le retour à Dieu ignore ce qui l'attend. Sans doute, Fénelon est rassurant ; à la comtesse de Hrammont. qui revient de

î. Ouvrage cité ici. p. Sôg.

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si loin, qui s'étonne de se trouver plus corrompue qu'elle ne croyait, et de voir « sortir du fond de son cœur, comme d'une caverne profonde, une infinité de sentiments honteux, semblables à des reptiles sales et pleins de venin ' », il répond que l'accroissement de lumière qiii lui montre ses maux naît de la diminution même de ses maux. Il est trop intelligent pour ne pas suivre, dans sa conduite des âmes, les réactions propres de chacune. Et n'est-ce pas encore pour rassurer d'avance les âmes plongées dans la première ferveur de la conversion quil les prévient fpi'elles auront à subir plus tard, prochainement peutêtre, des états de « paix sèche et amère ? » Mais comme il se dépêche de le leur dire ! et comme on sent que, pour lui, la condition ordinaire de la vie intérieure, ce n'est pas la joie, c'est la souffrance ! Souffrance à laquelle il faut consentir, car celui qui se débat contre elle n'en recueille pas le fruit. Fénelon ne se lassera pas de le redire, en termes rudes : « Dieu ne laisse rien à l'âme, il la poursuit sans relâche, impitoyable jusqu'à ce qu'il lui ait ôlé le dernier souffle de vie propre. » Voyez comme il parle à une âme qui lui demandait quelque clarté sur elle-même, que le sacrifice dans l'obscurité effrayait, qui, mourant peu à peu à soi, s'épouvantait de voir que Dieu ne se manifestait pas encore. Ce n'est plus l'image de l'oiseleur divin prenant l'âme à ses filets qui s'offre à notre esprit ; c'est celle du bourreau : « Que reste-t-il à faire à celui qui est sur la roue ? Faut-il lui donner des remèdes ou des ali-

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