‹ De Montaigne à VauvenarguesChapitre 81 sur 93 · I. Rivière, 5i i · texte numérisé non relu

I. Rivière, 5i i

DE MOMAIGM; a VALVENAnClES

La question qui s'élevait entre Bossuet et Fénelon, c'est à peu près celle qui s'est élevée de nos jours entre les rationalistes et M. Bergson, ou les Bergsoniens. Bossuet veut que la vie morale soit dominée par des concepts organisateurs ; la vie intérieure est pour lui une série, une collection d'actes multiples et discontinus. Fénelon veut surprendre le courant, la continuité de la vie intérieure, sa qualité intime, sa nuance. Le discontinu, c'est l'humain : ce sont les tiraillements de notre amour-propre, les sollicitations divergentes de nos passions ; nous associons péniblement des idées que notre raison a forgées ; nous dressons les unes contre les autres les tendances de notre volonté, dans l'espoir qu'elles s'entre-détruisent. Cela, c'est la part du mal en nous, — d'autant plus pullulant qu'en nous en occupant davantage nous excitons son activité. Le continu, c'est le divin : c'est l'immense bonté, l'immense puissance dans laquelle il faut nous dissoudre. Le divin et la vie. c'est la même chose.

Nulle part ceci n'est plus sensible que dans une lettre écrite par Fénelon à une âme déjà très avancée dans la vie spirituelle, et qui s'inquiétait de ne plus ressentir l'attrait divin. 11 s'agit de la tranquilliser, de l'assurer que, tout au fond d'elle, la vie cachée de l'amour subsiste sans qu'elle l'aperçoive : « J'avoue, dit-il d'abord, qu'il faut suivre ce que Dieu met au cœur. » Mais quand il semble n'y plus rien mellre, que faire ? Faut-il provoquer Dieu par des moyens de

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