‹ De Montaigne à VauvenarguesChapitre 85 sur 93 · V. toute celle lettre · texte numérisé non relu

V. toute celle lettre

LAME SliLON VAUVENAHGUES 09I

courage de vivre. D'abord, il a eu le sentiment des maux généraux de son époque ^ . Puis il a été accablé d'infortunes personnelles : non par des catastrophes, mais sa vie n'a été, de très bonne heure, qu'un tissu de chagrins et de déceptions. Il a éprouvé que le mérite sans fortune, « le mérite qui est nu o, succombe. Mais il s'est bien gardé de s'en aigrir ; il n'a point accusé de ses déboires « je ne sais quelle fatalité personnelle», il ne s'est point cru « le complice de son maliieur ». Bien loin « d'user de cette rigueur envers lui-même », il s'est réfugié dans une consolation intellectuelle : il est dans l'ordre que le talent sans appui ne soit point reconnu devant la coalition des privilèges. 11 a mis « toute sa confiance dans son courage et dans les ressources de son esprit », et il a cherché à se faire « une destinée qui ne dépendit pas de la bonté trop inconstante et trop peu commune des hommes ». Vous voyez qu'il ne surfait pas l'espèce.

Et il est probable qu'il pensait à lui-même, en parlant de cet ambitieux trompé qui avait toujours « tendu trop haut, qui avait forcé son avenir ». — (( La hauteur même de son âme, son esprit et son mérite ont nui à son avancement et à ses desseins. » Il avait eu tort de penser « qu'on peut tout par ses forces et ses lumières ^ » .

Enfin il a conçu des tristesses plus graves que celles d'un échec personnel ; je ne parle pas de sa santé, qui était très mauvaise, et paralysait constamment sa

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