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LES nnNCONTRKS DE MONTAIGNE 00
n'estoient les miennes premières. Je n'ai pas plus fait mon livre, que mon livre m'a fait. » Comme il l'aime, ce livre par lequel il s'est créé « livre co nsubstantiel à son auteur, d'une occupation propre, membre de ma vie » 1 Par la conscience de soi, cet inconstant, cet adversaire de la contrainte arrive à l'ordre.
Jamais jeune homme, s'apercevant pour la première fois, au sortir des limbes de l'adolescence, du merveilleux instrument d'affranchissement intérieur qu'est l'étude de soi-même, l'exercice lucide de l'intelligence contemplative sur un monde caché que l'obscurité seule rend troublant, jamais écrivain moderne n'en a parlé avec plus d'enthousiasme ou de profondeur que Montaigne, après l'âge de sa maturité : « Je n'ai guère de mouvement qui se cache et dérobe à ma raison, et qui ne se conduise, à peu près, par le consentement de toutes mes parties, sans division, sans sédition intestine. » Toute sa vie, il a travaillé à refouler l'inconscient : c'est une âme où il a fait de plus en plus clair.
Pourtant, les péchés prompts, subits, impétueux ? — Montaigne n'en a pas scrupule. Il lui arrive d'aller à tâtons à la recherche de son être : ce qu'il peut traîner à la lumière, il en est maître, il le regarde comme sien. Sur le reste, iln'émousse pas la pointe de son regard intérieur ; il n'irrite pas l'ennemi secret.
C'est ainsi que ce grand artiste de la vie intérieure, dont l'art n'est que de délivrer la nature, arrive à se donner la paix. Toute la valeur d'une âme est dans sa variété et sa souplesse. Il faut imiter la nature, en laquelle toutes les contradictions s'harmonisent. Elle a déposé eu nous la semence de la raison universelle.
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omanisatrice * : laissons-la faire en nous. Elle nous a > fabriqués de telle manière, que, si nous nous prêtons , aux choses sans méfiance, nous nous incorporons ce ] qui est en elles excellent. En nous éprouvant sur j elles, nous nous découvrons nous-mêmes à l'infini ; j et, voyant et sentant toutes choses qui nous agréent, i c'est cependant de nous que notre âme se paît. Notre ' vie intérieure n'est pas un système clos que nous i ayons à préserver contre le dehors ; c'est ime harmo- i nie, une synthèse toujours ouverte. •
D'après une première étude, la vie intérieure selon i Montaigne se ramènerait donc à avoir de soi, de la ] qualité intime de son être, une sensation très vive, • — à accueillir, comme le bien, tout ce qui s'harmonise- I rait avec elle, — à rejeter le reste, comme le mal, j nonchalamment, à le laisser tomber. Nulle vue niys- ; tique ou métaphysique sur le moi, mais une sensa- J tion permanente de son essence, et une surveillance \ sereine, mais active, sur tout ce qui risquerait de l'ai- j térer. Cette doctrine éveille bien des objections : ne se" résout-elle pas dans l'égoïsme? Quelle place ménage-,; t-elle au problème du mal, à celui de la soulTrance, à la pitié pour la souffrance d'autrui ? En quelle me- i sure IV^^o/isme deMontaigne enrichit-il son altruisme?' Peut-être, en cherchant dans son œuvre une réponse! à ces questions, pénétrerons-nous d'un degré de plusî dans sa pensée. i