‹ De Montmartre à SévilleChapitre 18 sur 34 · LE CAFE DU COURS · texte numérisé non relu

LE CAFE DU COURS

A Tune des extrémités de la ville, auprès de la gare du chemin de fer, il y a un Cours brûlé par le soleil, semé de poussière, planté d'arbres enfants. Sur ce Cours, un petit café s'annonce par une tente, un café modefte & solitaire.

A Textérieur, deux tables vertes sont placées. L'intérieur eft une sorte de corridor, tapissé d'un papier rouge, velouté, avec des divans de chaque côté. Au fond , un comptoir ; &, derrière ce comptoir, un vieux rideau en damas, qui laisse soupçonner une cuisine.

Le café du Cours eft souvent désert, surtout à l'heure de la chaleur, à midi. Un garçon dort, la tête couchée sur une table. Le Siècle de la . veille traîne, à moitié déchiré. Simplement vêtue d'une robe noire, une Jeune fille se montré quelquefois sur le seuil; ses regards interrogent le Sahara de la promenade.

Elle eft élancée & brune; elle a vingt ans. La douceur eft l'expression dominante de sa physionomie. Ses cheveux, abondants & fort beaux,

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sont très-soignés; en cela seulement se trahit sa coquetterie. Elle tient, avec sa mère, le café du Cours. Il y a trois ans que cette dernière, reftée veuve à Leftoure, eft venue à Toulouse, & y a acheté ce petit fonds, qui les fait vivre à peine.

Malgré la chaleur, le hasard leur adresse parfois des consommateurs au niilieu du jour; Tantôt, ce sont deux ouvriers qui demandent un jeu de piquet, & qui s'inftallent dans un coin. Tantôt, c'eft un voyageur, — de la famille de Sterne, — qui a soif, & qui cause volontiers.

La jeune fille eft empressée & avenante.

— Monsieur n'eft pas de Toulouse, apparemment ? dit-elle, après avoir apporté la bière sur un plateau.

— Non, mademoiselle, à mon regret.

— Eh bien ! il faut y passer quelques jours.

— Si vous Texigez... hasarde le voyageur en souriant.

Elle continue sans affectation :

— Vous verrez nos églises qui sont magnifiques, à tout ce que le monde assure... & l'ancien palais de juftice qui vient d'être réparé.

Vers quatre heures, les habitués commencent un peu à arriver. On prend l'absinthe, le yermouth. La jeune fille a un sourire calme pour chacun. Elle hâte le garçon. — De temps en temps, balançant à la main un petit arrosoir en

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fer-blanc en forme de cornet, elle trace avec Teau de gentils dessins sur le parquet.

Parmi ces habitués, il y a presque toujours un amoureux. C'eft ordinairement un jeune homme silencieux, qui ne fraye avec personne, & qui s'asseoit à une place isolée. Il fait durer sa consommation le plus possible; il recommence la lecture du journal, il demande du papier & de Tencre. Farouche, comme tous les amoureux sincères, il lance des regards irrités aux gens plus hardis que lui qui parlent à la jeune fille.

On ne voit jamais la mère, on la devine tout au plus dans Tarrière-boutique. Elle a compris qu'une vieille femme ne doit pas figurer dans un café.

Le soir ajoute encore à la physionomie mélancolique du café du Cours. Un quinquet unique rayonne dans une atmosphère de fumée de tabac. Des ombres jouent aux dominos.

La jeune fille continue à s'empresser de table en table.

Telle eft sa vie. Ainsi s'écoulent ses belles années, son printemps^ comme disent les poètes. Et sa douceur ne se dément jamais, & son humeur refte toujours égale.

Il arrive quelquefois qu'un individu, buvant

OU jouant, se retourne & lui adresse quelques paroles de lourde galanterie.

Elle se retire dans Tarrière-boutique & ne reparaît plus.

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