‹ De Montréal à Jérusalem [microforme]Chapitre 103 sur 119 · NAHUM CONTRE NINIVE · texte numérisé non relu

NAHUM CONTRE NINIVE

Malheur à toi, reine des villes, Pleine de mensonge et de sang, De complots, de luttes civiles, De crime sans fin renaissant !

Malheur à toi! Le flot qui monte

Va l'engloutir, Leve-toi haut.

Plus forts que les bruits de ta honte, Tous ces bruits sont ceux de l'assaut,

Ecoute ! fouets claquants, grincemients de la roue, Chars bondissants, chevaux hennissants, voix qu'enroue La fureur du carnage ou l’épouvantement!

Et dans tes murs, et dans ta rue, et sous tes dômes, Partout vois! feux du glaive et monceaux de corps d'hommes Sur monceaux, de la mort livide enfantement !

O Ninive, ô prostituée,

Rompue aux vils embrassements.

Qui, dans le crime habituée, Traines l'or de tes vêtements,

Au prix de quels honteux commerces Soumettant vingt peuples divers

De tes séductions perverses Eblouissais-tu l'univers !

Me voici, me voici, dit le Dieu des armées; J’arracherai sur toi tes robes parfumées ; Toutes les nations verront ton corps vanté.

Les royaumes riront de ton ignominie ,

Les fouets réveilleront ta sanglante agonie , Elta mort instruira le monde épouvanté.

Des blocs dispersés de ta porte Tout homme se détourn: .a Et se dira : Ninive est morte.

Qui pleurera, qui te plaindra ?

Es-tu plus forte, es-tu plus grande Que No-Ammon, reine des eaux, À qui la mer portait l’offrande

De sa force et de ses vaisseaux ?

Pour défendre ses murs, Egypte. Ethiopie.

Et peuplades de Phut, et tribus de Libye Resserraient leurs soldats venus de toutes parts ; Cependant tu la vis, captive autrefois reine, Pleurer ses habitants, ses princes qu’on entraine. Ses enfants écrasés sous le bloc des remparts.

Ettu boiras aux mêmes coupes Dans ie mépris de l'étranger ;

Tes grands, tes princes et tes troupes Sont des femmes dans le danger.

Tes forteresses sont pareilles Aux fruits trop mürs qu’un souffle abat

Le Seigneur à frappé leurs treilles, Tes portes s'ouvrent sans combat,

Puise l’eau pour le siège et piétine l’argile.

Le feu consumera ta muraille fragile ;

Comme l'herbe des champs le fer te fauchera, Qu'en nombre tes soldats passent les sauterelles. Tes fils disparaîtront dans ces longues querelk.., Comme les animaux que l'onde dévora.

Tes chefs que la tempête effraie

Sont comme cet essaim qui choit,

Et campe frileux sous la haie

Quand frissonne un jour sombre et froid,

Voit-on le soleil reparaître :

L'essaim se rouvre dans les airs, Et l’œil ne saurait reconnaître Son passage aux rameaux déserts.

Ton troupeau, roi d’Assur, partout se cache et tremble : Tes pasteurs sur les monts sont endormis ensemble ; Tes splendeurs d'autrefois n'ont pas de lendemains; Les royaumes ont vu ta blessure profonde,

Ta malice sur eux débordait comme l'onde :

Au bruit de ta ruine ils ont battu des mains.

8 avril 1842.

Page 1