AÏN KANTARA
Avec les feux d'Orient
Je voudrais toucher l’idylle, Charme de la mer tranquille Et charme du bord riant.
C’est une bien grande Joie Quand on a marché longtemps Sous les soleils éclatants
Dont la lumière poudroie,
De rencontrer en chemin Une oasis et de l'ombre, Tantôt un caroubier sombre, Tantôt un gris tamarin.
Donc, le long des vagues bleues, Sur le sable calciné,
Nous avions bien cheminé,
Ce jour-là neuf ou dix lieues,
Lorsque nous vimes verdir
Des jardins sur une pente.
Frais jardins! l’onde y serpente Sans qu’on l’entende bondir.
Pour n’en sauver la mémoire Au moins mon vers gardera Ton nom, Aïn-Kantara, Source fraiche et douce à boire.
Mais ilest en tout charmant
Le beau lieu. Comment dirai-je?
Pour le mieux décrire irai-je
De la mer au firmament ?
Non, je veux laisser aux peintres Qui derrière moi viendront
Le Liban au vaste front Et le Ciel, cintre des cintres ;
Je veux leur laisser la mer.
Cette mer des Néréides,
D'où jaillit, les yeux limpides, Astarté du flot amer.
Au petit khän, à la source,
Au rivage, aux arbres verts, Aux rochers voisins, mon vers Craintif bornera sa course.
Cette source, elle descend D'une tour, prison de pierre.
Dans un cadre moins sévère Sous un berceau verdissant :
Et nous campons sur les marges De cet autre réservoir,
Heureux, à l’ombre, de voir
Au loin les horizons larges.
Mais ce qui mieux nous attrait C’est, plus près, la troupe noire
Des chèvres qui viennent boire Et la vache que l’on trait.
Les chèvres revont aux sauges Des rochers voisins, et bœufs
Et vaches, mufles baveux,
A leur tour viennent aux auges.
Les petits pâtres, laissant
Alors leurs boucs et leurs chèvres Brouter, grimper, bondir, mièvres, Courent au flot frémissant,
Au flot qui fait au rivage Légère écume, et l’on croit, En les voyant, qu’on revoit Le monde enfant et sauvage.
Car sous le ciel éployé,
Dans l’eau qui fuit, dans l’air libre, Comme ils sont en équilibre
Ces enfants purs de Noë !
Trop tôt nous quittons la place Pour Sidon où nous attend
Sous la tente au vent battant La limor:ide à la glace.
J'aime qui te chantera
Plus tard une ode plus fière, fau loïrtaine qui m’es chère, Fontaine de Kantara,
n-el-Kantara, 7 octobre 1868.