SOUVENIR DE BEYROUTH
Au Faust... Salle de fleurs, de diamants, d’épaules . Les balcons recourbés brillent comme deux môles De blancheurs dans le rose et le bleu, dans Péclat Lourd des pourpres qui font, hors d’un cardinalat Triomphant, resplendir la chair émancipée, Chantant, rondeurs et plats, sa haute mélopée. Toujours, le monde étant beau, semblable, charmant, Un souvenir renaît d’un éblouissement, Et mon esprit retourne au coin de cette rue De Beyrouth, où, pompeuse, un soir, m’est apparue, Dans l'or des bracelets et sous l’or des sequins, La musulmane ronde aux légers casaquins.
Une femme au profil busqué, dont la peau mate Semblait née aux pays où fleurit l’aromate, Brune à longtemps avoir bu du soleil, gardait Dans l'or et les grenats une pose à souhait Pour figurer, passive et molle dans Béryte,
Ma turque.
Et cependant Christine-Marguerite, Toute blanche au jardin que déjà Faust connaît, Nilsson aux yeux rivaux des glaciers bleus, tournait Le saint rouet, gardien des filles d'Allemagne, En mesurant des airs que le rêve accompagne, Et chantait, sa chanson suivant le lin filé, La ballade du roi qui régna sur Thulé.
Et, promenant mes veux de la salle à la scène, Je comparais, heureux du travail, la chair saine Et riche où l'Orient met du soleil qui dort, Et, dans l'idéal pur, l'âme ardente du Nord.
Paris, 10 avril 1869.
LS