TRÉPORT
Dans un rêve d’ermite une idylle, un tableau, Comme l'inconscient les aime :
Au bord de l’eau, Près de la mer, avoir en un port de la Manche Une étroite maison que la chaux endimanche, Un toit de chaume jaune avec des fleurs dessus, Rien qu’un rez-de-chaussée et deux pièces au plus, L’une pour la cuisine et les tâches menues, L'autre pour tout le reste; aux vitres bien tenues
Rien que des rideaux blancs; seulement vers le port Des volets clos la nuit; nul soin, nul triste abord,
Ni visage importun, ni jaloux voisinage,
Mais de forts loups de mer chefs d’un nombreux lignage Et leurs femmes qui vont pieds nus dans les cailloux, La jupe retroussée au dessus des genoux,
La manne au dos, cherchant des moules au rivage, Tandis que leurs enfants, troupe blonde et sauvage, Garcettes et garçons ainsi que les fit Dieu,
Comme dans les flots verts, se baignent dans l'air bleu,
L’inconscient pourtant aime fort les persiennes En avant de rideaux épais, les hautes laines
Des tapis, et le bronze en athlètes tordu.
Assoupli dans le flanc des Vénus, suspendu
En appareils où luit le cire en cercles d'astres; Il ne dédaigne pas le marbre des pilastres,
L'or chargeant les lambris. Cet ami de la mer
A toujours l’œil tourné vers les chemins de fer Et soupe volontiers à Paris chez Vachette ;
Il marchande assez peu les remords qu’il achète Et, pour cent vanités pris de soins assidus,
Ne rêve jamais mieux qu’à ses moments perdus.
SR Ve