‹ De Montréal à Jérusalem [microforme]Chapitre 45 sur 119 · CHANTILLY · texte numérisé non relu

CHANTILLY

La cour de Chantilly n’est plus dans le château,

Ni dans les parcs fermés, ni sur les pièces d’eau

Où volaient quand les sœurs étaient dignes des frères Les conversations galantes ou guerrières.

Lord Cowley bâille et dort où s’asseyait Condé ;

La chasse crie encor sous le bois inondé,

Tous les cinq jours, d'habits taillés dans l’écarlate Et qui courent du Lys à Flourine-en-Halatte,

Mais les sportsmen qui font galoper ces habits

Vers le chemin de fer ont des retours subits

Et quand le cerf maintient ses fuites les meilleures S'inquiètent du temps et du train de quatre heures Pour assister le soir aux Bouffes-Parisiens.

O bois fiers entre tous, pauvre cerf, vaillants chiens, Que pensez-vous des gens qui comptent de Ja sorte ?

La cour de Chantilly cependant n’est pas morte; Elle s’est déguisée et mêlée aux forêts

Afin de mieux garder dans l’ombre ses regrets.

de l'ai saisie en l’air, dans le vent, sur les branches. Elle ne porte plus de grandes plumes blanches, Des chapeaux retroussés, des dentelles, du fer, Mais elle est jeune encore et revenue hier

En entendant causer d’avril les frêles herbes Avecles gros bourgeons des grands hêtres superbes. Les plumes qui chargeaient autrefois ses chapeaux Lui font des justaucorps serrés, d’étroits manteaux Qu'elle garde aux jours chauds comme dans les froidures Car fes conditions maintenant sont si dures!

‘t ce sont les ciseaux des bois dont les aïeux

Ont vu Monsieur le prince avec leurs petits yeux

Et qui vont répétant avec antique zèle

Ce qu'ils ont entendu dire à Mademoiselle

Et bien mieux que ne peut sur papier grand raisin Avec Paul de Musset le répéter Cousin.

Je me suis fort lié depuis une semaine

Avec deux écureils, gens de classe moyenne,

Qui furent écuyers quand la Fronde chantait.

Que ne les a-t-on crus ! le Mazarin sautait.

Chantilly, 29 mars 1861.

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