EN FORÊT
Il est un animal que sur les autres J'aime, Le lézard...
Le sanglier lourd et méchant.
Ainsi sonne la trompe, et d’un bond sur la terre. La bride au bras, j'entends le chant
Des chiens se rapprocher. Le grognon solitaire Va traverser sous mon fusil ;
Déjà Caracalla ronfle et dresse Ja tête.
Cœur battant, je frémis, saisi
D'une transe d’attente. A vous! voici la bêtet.
Il ne vient qu’un petit lézard
Qui, frétillant, bondit du talus dans l'allée. Eh bien ! j'accepte le hasard.
La bête noire au fond des pins s’en est allée Sauvant sa hure du destin,
Mais ce petit lézard qui serpente et se cambre Me rend dans un éclair lointain
Le temps où je faisais des églogues en chambre Sous les toits du pays latin.
Honte en soit au lézard vêtu d'acier et d’ambre!
Forèt d'Ermenonville, 8 avril 1863.