LA FONTAINE D'ÉLISÉE
Elle jaillit la source fraîche Au-dessous des murs de granit ; Elle saute, et la chute allèche L'oiseau dont elle endort le nid :
Car sur ses bords croissent les baumes, Les herbes et les arbrisseaux ;
Les odeurs suivent sous les dômes
La source qui fait deux ruisseaux ;
Et le désert voisin s'étonne De cette verdure ondujant Dans l’aridité monotone Du roc ou du sable brûlant.
Les rocs lavés par l’ean féconde, — Passant, parle bas à l'écho! —
Marquent, témoins du plus vieux monde,
La place où tomba Jéricho,
Ils ont peur du bruit ; la trompette À suivi cependant les tours Que suivit aussi le prophète Méchammient obéi des ours.
Les histoires, les prophéties
Ont passé ; mesurant le temps, L'eau, sous les menthes épaissies, Seule roule des flots constants.
Et tandis que duns les piscines Où débordaient les aquedues L'eau que l'arbre boit des racines Ne tombe plus des ponts cadues,
Cette eau dont le désert s’abreuve Créant sur ses bords un Eden,
Serpente encor jusqu'au grand fle
Le Jourdain, Nil chanancen
SI je pouvais voler cette oncle
Et la rapporter, j'en ferais,
En France, la mère féconde
D'un pré fleuri dans un bois frais.
Rocs, l'oiseau connait votre brèche
Et l’Arabe en sait le chemin.
Et tous les deux puisent Peau fraiche.
L'un du bec, l’autre dans la main.
Comme eux aussi nous venons boir Voyageurs qui partons demain.
Rocs et flots, vous êtes la clone
Des frontières de Benjamin .
19 septembre 1868,