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vais pli : qnand il ^levait la droite, la gauche s'abaissait ; signe phrenologique des chiens voleurs.
Gependant, malgre son poll gris, rude et sale, ^es pattes mal attachees, sa queue avalde et en pineeau, ou plutdt tordue en croe de boucher.; matgre ses yeux temes, cach^ sous un taillis de crin ; malgre une esp6ce de barbiche, dont un artiste modeme n'etit pas voulu, Rog plaisait comme plait tout ce qui est jeune, comme les petits lezards et les petits serpents.
G'etaient des cris d^ joie de i'enfant m^les a de petits aboiements de Rog lorsqu'ils se prenaient corps a corps sur le sofa, Lucy enfon^ant ses doigts roses et sans ongles dans le ventre rose de Rog, Rog enroulant la cuisse nue de Tenfant de ses pattt^s sans griffes, essayant ses dents sans morsures dans Tepaule de lait de Lucy. Puis ils glissaient ainsi comme une pelote de coton et de crin du sofa au tapis, du tapis a Taicdve, sous laquelle ils s'engouffraient pour reparaitre en boule,.envelopp^s de «irconvolution en circonvolution de chMes, de peaux de tigre, et du tapis. Et, quand ils etaient fatigues de leur jeu, ils s'endormaient sous ce rouleau agite par leur chaude et bruyante respiration. On les retirait endormis de la-dessous.
Mistress Philipps etait une bonne m^re, quoique riche. Excellente m^rel se levant la nuit pour voir si sa iille etait bien couverte, si la fi6vre ne faisait pas remuer ses petites Idvres, si la lumi^re de la lampe ne tombait pas trop sur ses yeUx. Au fond ces craintes n'etaient que d'ingenieux pretextes pour baiser le soufOe de Lucy, et emporter toute chaude dans les siennes Fempreinte de deux petites mains. Sarah, la gouvemante, ne laissait rien a faire a sa soUicitude matemelle. Ges deux femmes Etaient obligees de s'epier mutuellement dans leur envie de se lever la nuit pour courir au berceau de Lucy. Le docteur avait d^fendu a Tune
et a Tautre ces ediappees^ : a la m^re, qu'une maladie, venue a la suite de son accouchement, avait affectee d un refroidissement a la jambe gauche ; a la gouvemante, menacee d'un rhumatisme aigu. Sous le coup de cette surveillance reciproque, si, dans leurs prtoiutions mal prises, elles se rencontraient face a face la nuit au bord du her* ceau, elles se disaient avec une sorte de colore : — Que venez-votis faire la, madame? Yotre refroidissement! Yous savez bien? — Et vous, Sarah, pourquoi 6tes vous ici? Avezvous oubli^ votre rhumatisme? — J*ai entendu Tenfant qui pleurait, madame. — G'est faux, Sarah ! je suis eveil- 1^ depuis deux heures, Lucy n'a pas remue. — Alors, madame, pourquoi vous trouve-je ici?Etleur reproche s'^teignait dans une commune contemplation de leur.enfant, rayonnant de sueur comme un Hessie; ear les enfants vont au ciel — quand ils dorment ; s'ils ne nous Tont jamais dit, c^est quHIsTontoubli^.
Vous connaissez Sarah mieux que je ne la depeindrais. Elle a quarante-quatre ans, il y en a vingt qu'elle vous Bert. G'est elle qui vous a promen^ sur son bras dans la grande all^e des Tuileries, et qui sentait son coeur battre quand, derridre elle, de belles dames disaient i — MonDieuy le bel enfant ! ^ Nourrice, a qui est cet enfant? Comment appelez-vous cet enfant? Nous avons tons ete si beaux I Un jour vous avez brise une pendule; od vous dtes-vous refugie? — Vous connaissez Sarah* — Une fois, deja grand gargon, vous avez pleur^ pour jene sais quel amour, aujourd'hui deja bien vieux dans votre coeur. — Qui vous a console? Vous avez eu des prix au college; rappelez-vous celle qui, en descendant la rue Saint-Jacques, montrait avec fierte la serviette blanche d'ou d^bordaient des feuilles de couronnes et des angles de livres. — Au retour de votre voyage, apr^ avoir embrasse tout le monde, qui
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avez-voits.apercu, aupr^ de la porte prSt a vous dire : He voiU aussi ! je^ ne suis pas morte. — N'est-ce pas Sarah?
L'interieur de mistress Philipps respirait cette belle independance de fortune, type de la bourgeoisie anglaise et detoutes les bourgeoisies europeennes,, fiUesdela liberie et du commerce. Rien de trop. Veritable milieu entre la noblesse et le peuple. Peu d'eclat, beaucoup d'ordre. Point de meubles fastueux; mais de Targenterie et du linge a profusion. Yertu du protestantisme, de la proprete partout; une politesse exquise dans les domestiques ; des lits faits a neuf heures; des chats angoras endormis au fond des fauteuils; un perroquet, respectable par son grand age, sommeitlantf depuis la decouverte de TAmerique, sur une seule patte ; centre te mur, des tableaux dont les sujets sent tires de VAncien Testament: les personnages portent perruque parlementaire et boucles a la chaussure. Enfin, des moeurs a voix basses, et, reunis sous un memo toit, le silence d'un temple methodiste et la belle tenue d'un comptoir hoUandais.
Mistress Philipps ne recevait chez elle, depuis le depart de son mari, que son vieux docteur, persqnnage gros, replet, ne lai$sant qu une place sur un canape de trois places iorsqu'il occupait le coin, n'en laissant point quand il s'asseyait au milieu. II s'appelait Young, sans avoir pour cela le moindre rapport avec son melancotique homonyme. II avait ete le medecin de mistress Philipps lorsqu'elle etait demoiselle, et celui de sa m^re autrefois: ce qui lui donnait une autorite d'aieul dans la maison. Confident des in* lirmites du corps, il etait arrive, sans indiscretion, par Ic seul ascendant de sa position, a ta connaissance des ennuis de Tame. Ami de la mere de mistress Philipps, c'est lui qui avait fait marier celle-ci, avait conseille un sage emploi a sa fortune; et c'est lui encore qui, maintenant, la
consolait de rineonduite et de Tabandon de son mari. Sa participation a une union malheureuse lui imposait leMevoir d'enadoucirles suites penibles; tache qu'il remplissait avec le devouement d'un p^re condamne a reparer Terreur dont il a charge I'avenir de son enfant. Et, quand les forces de sa protegee cedaient au poids des chagrins, quand rirritation du moral passait dans le sang et se changeait en une langueur fievreuse, le docteur Young etait encore la pour Gombattre la maladie avec Farme de la science, comme il avait combattu la tristesse par la consolation. C'etait presque toujours en lui montrant Lucy, charmante enfant qui promettait d'etre si feconde en graces et en beaute, qu'il parvenait a faire eclore un long sourire d*espoir sur les l^vres palies de mistress Philipps. II sauvait chaque jour la femme par la mere, comme parfois on guerit un membre en soignant Tautre.
Inconcevable facuUe de sa noble profession, le docteur Young exergait egalement cette touchante patemite de la science dans vingt maisons differentes, sans ^tre epuisd de paroles affectueuses et bonnes. A-t-on bien senti ( je crois que non, et j'en ai peUr pour Tingratitude des hommes) le sacrifice de cet homme, qui, lorsque vous songez, vous, a votre fortune, a vos plaisirs, songe, lui, a votre vie, que vous lui rapportez souvent en lambeaux des combats du monde et des passions; — il y a de la joie pour vous; — il n'y en a pas pour lui. — Une operation a precede son repas; une operation attend son reveil : 11 ne fautpasque sa main tremble. — Sa boisson enivrante. c'est de I'eau. Vous riez ! — il pense; — dansez au son des instruments et a la clarte des bougies— lui, recoitdans ses bras la jeune spouse dont les douleurs d'enfantement ont ete provoquees par le bal; et il passera huit heures de la nuit, debout, a lui dire : Patience I madame : vous allez vous relever mere.