‹ De nos besoins intellectuels [microforme]Chapitre 5 sur 8 · IL EST DÉFENDU A TOUTE PERSONNE · texte numérisé non relu

IL EST DÉFENDU A TOUTE PERSONNE

ü De vendre, échanger où donner toute correspondance émise par ln Compagnie.

bi De recevoir, d'offrir ou de se servir pour son passage sur tout tramway de la Compagnie d'une Correspondance qui n'aura pas 6t6 régulièrement émise par elle,

€ De jeter toute correspondance sans l'avoir détruite au préalable,

PENALIFÉ

Article 97, Quiconque autre que ln Compagnie contreviendrn à aucune des dispositions du présent contrat sera passible de et encourra une amende n'exeédant pas quarante dollars 810.00), avoe où sans frais, à ln discrétion de la Cour.

Tant dans l'intérêt du publie que de ln Compagnie, cette stipulation du contrat touchant toutes correspondances sera ureusement observée après publication de ect avis,

Cela, Mesdames et Messieurs, c'est le français en usage du haut en bas de l'administration municipale montréalaise,

Entin, M. le Ministre, vous verrez, dans les payes suivantes, un tableau contenant un résumé des principales statistiques de la province de Québec, depuis le premier recense ment (1871) qui a suivi le pacte de la Confédération jusqu'à 1917 inelusivement. À l'aide de ces tableaux, il est facile de

D L'article de fond peut différer de qualité de journal à journal; non l'infor- Hiation où la réclame. — O, À.

tous les corps

la plupart des bureaux f

plupart pour des hommes d'une vaste érudition, d'une ture et d'une absolue probité, ont 1 proche, il est vrai, à ceux des ministres cana

mesurer les progrès accomplis dans les diverses sphères de l'activité en cette province, En moins de 50 ans, notre population a doublé et n'eut été l'émigration qui suivit In guerre de ession aux États-Unis, elle aurait au moins triplé, La nombre d'écoles à aussi augmenté son chiffre de près de 50 p.e, Les contribuables qui ne payaient qu'un peu plus de 31,900,000., en 1891, pour l'éducation de leurs enfants, dé

boursaient, en 1917, tout près de #12,000,000., pour les mêmes fins,

‘ela, Mesdames et Mossieurs, c'est Le français en usage du ha en bas de notre administration provinciale,

ATrEN De que la cité de Saint-Hyacinthe à représente pur sa pétition, qu'il est de l'intérêt publie et qu'il importe à la bonne administration de ses affaires, d'amender sa charte lois 51-52 Victoria, chapitre S4: 54 Victoria, chapitre SO Victoria, chapitre 52: 3 Edouard VE, chapitre 65: 6 Edouard VIT, chapitre 48: rge V, chapitre 95 et N George \ chapitre S6, de manière que l'article 5638 des Statuts refondus, 1909, fasse partie de sadite charte: que ladite cité puisse con: Unuer, jusqu'au premier mai mil neuf cent vingt et un, d'exercer le pouvoir qui lui a été accordé par la loi George V, chapitre S6, section 22, de faire, amender et abrager des règlements pour acheter et vendre, pendant la périone de 1 aetue ls (mil neuf cent dix-huit) un prix moindre que le prix coûtant, du eombustible et des denrées alimentai aux résidents de ladite vité de Saint. Hyacinthe; et qu'il lui soit permis d'adopter, pour tins de taxation spéciale, un autre mode que celui édieté actuellement par la scetion 46 de la loi 58 Victoria chapitre 52, et ce de la manière et pour les fins ci-après exposées

à guerre : Pourvu que ça ne soit pas à

Cela, Mesdarr

» et Messieurs, c'est le ‘rançais en usage dans tiférants de notre province,

Aueune partie du revenu Provenant de la vente des timbres de taxe de guerre émis sous l'empire de la Loi spéciale des Revenus de guerre, 1915, chapitre huit du Statut de 1915, à tout bureau de poste urbain du Cansda, ne doit être comprise dans le montant des perceptions de frais de port de ce bureau aux fins de déterminer ou calculer le traitement du directeur et du directeur adjoint de la poste à ce bureau de posie, et le Ministre des Postes à le pouvoir de déterminer quel pourcentage des frais de port perçus à l'un quelconque de ces bureaux doit être attribué à la vente de ces timbres de tax de guerre, et la solde des perceptions totales de frais de port de ce bureau de poste est le montant sur lequel le traitement du directeur et du directeur adjoint de la poste à ce bure poste doit être caiculé,

au de

Cela, Mesdames et Me sieurs, c'est le français en usage

ançais de l'administration fédérale.

Nos rédacteurs et traducteurs fédéraux, dont je connais la

belle eulxcuse péremptoire rediens-français qui

leur laissèrent assigner, dès los commencements du régime euntédé”1l, cette situation subalterne, — G'ôtre en l'espèce soumis à des directions anglaises.

Mais Montréal est une ville française, Mais le Québec est une province française,

ne faut pas, direz-vous, exagérer l'attention accordée pur le peuple aux textes ofliciels, Je n'en disconviens pas, N'est-il pus néanmoins probable qu'après avoir été propagées pendant trente q: arante et cinquante ans par les journaux, de pareilles proses fouront par exercer une action épouvantable sur l'esprit d'un peuple que passionne la chose publique sous toutes ses formes” Or, Mesdames et Messieurs, les fonetionnaires de ln ville de Montréal, de la province de Québee, ils ne sont pas de ceux que l'opinion populaire tient pour des illettrés; beaucoup ont reçu l'enseignement secondaire moderne tel qu'il se donne chez nous: bon nombre ont passé par le collège classique,

Un monde financ industriel et commereial qui à moins que jamais le sens du français: une magistrature et un barreuu qui parlent et écrivent aussi mal que la moyenne des boutiquiors: une presse dont les artieles de fond ne sont que l'appât qui fera mordre le publie à ur marchandise avariée; uu personnel législatif et administratif sont nos tribunaux — habitués pourtant à ce baragouin — ne peuvent plus interpréter les décrets, les arrôtés et les ordonnances qu'au petit bonheur: voilà, sous quelquesuns de ses principaux aspects, la situation de la langue française au Canada. Et l'état de la langue, n'est-ce pas, en dernière analyse, l'état intellectuel ?

Et l'héroique Pierre Homier se promène toujours de par la ville l'Almanach de La Langue française à la main!

L'Almanach de la Langue française! comment pourrions-nout ne pas en dire ici un mot? Ce périodique s'est fondé surtout pour l'épuration de notre langue commerciale, 11 ne vise certainement pas à imiter nos journaux quotidiens, qui tous sans exception, après avoir abandonné jusqu'à 150 et 200 colonnes au fait divers, à l'information égraphique et à la réclame rédigées comme on l'a vu tantôt, croient faire acte de patriotisme en donnant, dans les deux autres, de sages conseils sur la manière de conserver le français. Eh bien! en feuilletant la dernière édition de l'Almanach, on y trouve, à côté de 125 pages de texte dont la moitié n'aura sur les destins de ja langue aucune influence benne où mauvaise, cinquante-six pages de iéelame qui pour moitié, rédigée juste un peu mieux que elle des quotidiens, ira, sous la plus fallacicuse des étiquettes, ,.opager le petit-nègre dans les familles, Je m'en tiens à la réclame; si l’on me taxe d'exagération, nous examirerons le chapitre voisin.

Je sais quels amours-propres j'aurai froissés, queiles précieuses amitiés j'aurai blessées — fatalement peut-être — dans un groupe aux intentions profondément patriotiques, en m.ttant ainsi les points sur les i, en demandant la confirmation définitive de notre thèse à un ouvrage fondé spécialement pour corriger la langue commerciale. Mais après tant d'années perdues à chercher la chenille dans les branches quand la racine se meurt, n'y aura-t-il personne pour crier que nous faisons fausse route ?!

(1) Ce n'est pas faire fausse route que de combattre l'anglicisme, mais c'est faire fausse route que de chercher surtout dans ce genre d'action le salut de la langue, de la civilisation francaise en Amérique, — O. À

J'ai parlé de notre thèse. Cette thèse, je vous l'exposais brièvement au début, et elle est impliquée dans tout ce que j'ai dit depuis. C'est qu'à moins de renoncer pour toujours au titre glorieux de Français il nous faut au plus tôt, et par tous lag moyens, intensifier notre vie intellectuelle. Et c'est'ensuite que, vivant dans l'atmosphère anglaise, soumis de tous côtés à la pressions hostile de ce milieu, — tel le scaphandrier travaillant au fond des eaux, — il nous faut, pour vivre, amener à nos poumons, par un mécanisme à la fois puissant et délicat, l'air vivifiant de la pensée française,

Nous sommes tous d'accord sur le premier point. D'hommes qui de propos délibéré voudraient garder la race dans un état d'infériorité intellectuelle, admettons loyalement qu'il n'y en a pas parmi nous. Si donc, procédant par généralités, nous nous bornions à réclamer une culture qui assure à notre race, dans tous les domaines, le maximum de rendement dont elle soit capable, le combat finirait probablement faute de combattants. La question, la seule question est de savoir quels procédés de culture assureront le rendement maximum, Or, sur ce point, l'accord n'est pas encore fait, Il Y à chez nous quatre ou cinq périodiques qui se sont assigné pour objet propre la défense de la langue. Sauf quelques interruptions, je les suis depuis leur établissement ; je ne me rappelle pas y avoir une seule fois lu l'opinion que le Canada français y gagnerait à envoyer ses jeunes gens les mieux doués compléter leurs études en France; ni même cette opinion plus générale, que des rapports intellectuels plus intimes entre les deux Frances auraient d'heureux résultats pour notre race. Puisque, dans ces milieux, on à constamment le mot d'action intellectuelle à la bouche, un oubli n'est pas à présumer: l'action est bel et bien orientée comme on l'a voulu: on eroit véritablement pouvoir créer une culture française de ce côté-ei de l'océan sans même aller voir sur pl: e ce qui se passe en France ni comment les choses s’y passent, Voilà ce que j'appelle du mauvais indigénisme. Voilà, à mon sens, la tendance qu'il faut dénoncer.

Loin de moi de vouloir nier les progrès relatifs que notre culture indigène a faits depuis quelques années. L'enseignement secondaire s'est tonifié, L'enseignement supérieur s'est orné de

uelques chaires dignes d’être écoutées. Des histariens ont surgi dont le style évoque le verbe brûlant de Michelet. Des jeunes poètes, de plus en plus nombreux, chantent sur des modes agréablement nouveaux à nos oreilles, De tout cela, nous nous réjouissons profondément, Mais la passion politique égarée, le préjugé religieux né de l'ignorance, nous empêcheront-ils de voir ce que les plus beaux talents de notre race auraient gagné en ampleur, en profondeur, en énergie créatrice, par le contact direct avec les maîtres de la pensée et de la parole françaises ? Pendant que nos docteurs pérorent devant quelques douzaines d'auditeurs et que nos jeunes aèdes aecordent leur lvre dans le cercle étroit des cénacles, cinquante mille petits crevés de dix-huit à trente ans, sortis de tous les coins de la métropole, s'en vont par troupeaux au einéma leur unique passe-temps, faire admirer leurs têtes de belluaires et de coiffeurs pour dames, leurs belles têtes interchangeables, fabriquées en séries chez Ford. Dans ces cerveaux enclos, aucun rayon de vie française n'a jamais pénétré; pour les arracher aux limbes éternelles, ce ne serait pas trop que d'amener sur nos bords, en le désorbitant, le soleil même de la France: Mes-

dames et Messieurs, je vous le demande loyalemert, sans la moindre intention d'ironie, est-ce l'Almanach de langue française qui les éclairera ? C'est quand on voit l’abime qui se creuse de plus en plus chez nous entre la masse — surtout celles des ville et les rares flamines de l'Intelligence, e’est alors qu'emportés par une sai’ te folie on est tenté de s'en aller eomme le prophète par les rues de la ville en criant: La Cité va périr! la Cité va périr!

S'il y a à propos de culture une vérité d'expérience, n'est-ce pas ceci, que plus elle est profonde, plus grande est sa force de rayonnement, sa puissance d'action ? Dans cette Université vers laquelle se tournent à l'heure actuelle tous les regards, quelles sont, à tout prendre, les écoles ou les facultés qui donnent aujourd'hui les plus belles espérances, sinon celles où agissent, comme un ferment de vie, les plus récents procédés de culture française ? C’est le levain de la culture française qui est en voie de rénover à Montréal l'enseignement supérieur. Le jour où, dans l’enseignement à tous ses degrés, dans les services publics, dans l'industrie, dans la finance, dans le commerce, et dans le journalisme, — tous les postes de commandement ou de direction seront oceupés par des hommes qui auront respiré la véritable atmosphère française, auront, en quelque sorte, couché quelque temps au grand airet ne pourront plus vivre dans un air vicié, les fenêtres s'ouvriront toutes grandes et la pensée française, claire, synthétique, rayonnante, conquérante, entrera dans la maison par tous les côtés.! Et n'en doutez pas, Mesdames et Messieurs, ceux d'entre nous qui soupirent le plus ardemment après ce jour, ce sont précisé ment ceux qui s'étant, au prix d'efforts surbumains, élevés à lu supériorité de l'esprit par la seule culture indigè né, ont à chaque instant de leur existence l'occasion de constater quelle supériorité plus haute encore un séjour de quelques années dans les écoles européennes leur aurait conférée.

Deux mots encore — deux mots d'espoir —et j'ai fini.

Si profondément qu'il soit attaché à son pa que dis-je, à raison même et en raison de eet attachement, — celui qui a eu le bonheur de pouvoir passer quelque temps au foyer central de la culture française n'envisagera plus d’un «il impassible certains aspects de notre civilisation. Croyez-m'en, Mesdames et Messieurs, il sera encore moins choqué d'observer un anglicisme par ci par là dans une phrase française, que de lire — comme nous en avons si souvent l'occasion depuis qu'on a mis les Rectifications du vocabulaire à la mode sans se préoccuper de revivifier l'esprit de la langue — des pages entières de baragouin écrites uniquement avec d'excellents mots français. Et quant à moi, je pardonnerais à toutes nos ligues d'action française présentes, passées et futures, de faire relâche de temps à autre dans la chasse

. (1) Le malade ne sera pas guéri, mais il en sera au point où l'on peut dire de Jui: Il est sauvé. Le rétablissement complet ne sera plus que l'affaire de ‘rente à cinquante añnées.—O.A.

à l'anglicisme, si elles voulaient bien, de temps à autre également, plonger d'un geste énergique au fond de la question intellectuelle.

Au moment où un jeune architecte canadie

ï n-français rentre chargé de laurie

après dix années d’études en Europe, on demande à des Américains les plans d'une maison de ‘harité canadienne-française érigée avec des sous canadiens-français. — Braves bourgeois ignorants qui décidez cela en notre nom, les choses ne se passeront pas ainsi!

Une administration riche de notre argent, mais dénuée de sens critique, voire de sens commun, veut doter Montréal d'un secteur téléphonique qui ‘appellera Calumet (prononcez C'alommette ? Cette idée, Messieurs du Téléphone, vous est venue d'un peuple qui a sali les noms sacrés de Memphis, de Syracuse et d'Athènes en les plaquant sur des cités de pétrole et de mâchefer où l'on ne sait même pas ce qu'ils évoquent, Allez offrir votre découverte aux Américains de Toronto et aux Bolehevistes de Winnipeg! Nous qui avons encore le sens du ridicule, nous ne voulons pas qu'on livre à la risée du monde une ville aux trois-quarts française, S'il le faut, nous soulèverons la ville et la province contre vous; nous saboterons le service, s’il le faut: mais nous ne permettrons pas à votre fantaisie de parvenus ignares de nous infliger le “Secteur Calumet”!

On nous presse de souscrire à un monument qui sera érigé, au prix de $150,000, sous la direction et d'après les données d'hommes d'affaires respectables, certe mais incapables, avec leur degré d'instruction générale (ne parlons pas de leur éducation artistique) de di inguer un Rodin d'un “navet” ?— Canadiens- Français, on vous a dit et répété sur tous les tons que vous représentez sur ce continent le culte traditionnel de la Beauté. C’est le temps ou jamais de montrer qu'au moins vous n'êtes pas des sauvages: pour le colossal “navet qu'on vous prépare, pas un pouce de terrain sur vos places publiques, et surtout, pas un sou!

Voilà, oui, voilà des gestes pour l'amour desquels je pardonnefais bien des fautes d'or. . ‘on à l'Action française. Et je crains fort que cette attitude — qui n'est pourtant que l'aboutissement pratique des tendances de toute ma vie — ne m'attire demain cette épithète de ‘‘francisson”” que les plus encroutés partisans de notre indigénisme intellectuel jettent à la tête de tous ceux indistinetement quià untitre quelconque et pour un motif quelconque travaillent à la ciffusion des idées françaises au Canada.

1j On a dit que cette conférence était dir

en général et M. Pierre Homier en particulier, Je r personnellement M, Homier, mais ce que j'ai dit de me rappelle l'avoir dit il y a cinq ans à d rect ours nommé que parce qu'à mes veux il représente un mo d'action patriotique partiilièrement futile pratiqué comme il l'est. Quant à l'Action française, je suis le premier croire que le sentiment patriotique qu'elle a si puissaminent aidé à créer pourrait produire beaucop de bi n en matière intellectuelle, si a » le faisait s2rvir presque uniquement au succès d' propagande indixéniste souvent détestable, Le patrio. Use l'est pas une fin en soi; il ne vaut que par les œuvres auxquelles il donn

* contre l'Action française ii pas l'honneur de connaître son œuvre à Saint-Sulpice, je l'Action française, Je nel'ai

nais

sance dans l'ordre de prit ittachant, par exemple plus d'importance l'ap- Parition du Petit monde de Xi Dupire qu'à l'obtention d'un Prix de Rome par un € lant en architecture canadien-francai elle n'aura fait que rendre le Patriotisme 1 quelques-uns elle croit que, leur éducation patriot que et morale termi-

encore en Frar

que no: rieux doués trouveraient la meil.

Rang pentellectuelle, elle n'a qu'à le dire: cela vaudrait mieux que de laisser

ntendre dans les journaux à sa dévotion que je ne trouves n de bon dans son œuvre O.À

Mais pas plus aujourd'hui qu'hier je ne me sens en désaccord avec ceux de mes compatriotes qui ont étudié la question de nos besoins intellectuels au point de vue de la véritable culture fran-

çaise,

Je eitais au début de cette conférence une éloquente opinion de M. Bourassa. Il ne faudrait pas remonter très loin en arrière pour trouver les mêmes idées et des paroles presque identiques dans la bouehe de l’homme qui à l'heure actuelle incarne les plus nobles ambitions intellectuelles du Canada français, S, G. Mgr Georges Gauthier, Tout en accentuant encore, comme il convient, le ca- ‘tère national de certaines brauches de notre enseignement supérieur, Mgr Gauthier — soutenu d’ailleurs par la grande majorité de ses collaborateurs — rendra vet enseignement de plus en plus français en ce qu'il a de purer at humain, parce que culture française et culture humaine son. termes synonymes, et qu'au matérialisme américain qui sape jusqu'à notre vie religieuse il n'y à qu'une force à opposer, qui est celle qui a soutenu et dirigé la France dans sa marche douloureuse à travers Les sièeles: le culte de l'Idée, le spiritualisme. Même s'ils n'avaient déjà lu dans l’effroyable histoire de ces dernières années, et surtout dans l'espèce d'aboulie qui à marqué la Conférence de la Paix, la nécessité — fût-ce au simple point de vue intellectuel — d'arracher la société humaine aux Billy Sundays qui mènent aujourd'hui la suggestion hystérique la plus grande partie du monde protestant, ceux d'entre nous qui ont cru autrefois, bien à tort sans doute, relever des indices de gâtisme dans la direction de l'Université, s'associeraient avee enthousiasme à la tâche du recteur actuel parce que, grâce à fui, ils peuvent espérer voir bientôt entrer par souffles impétueux au Canada cette haute culture française qui, au jugement du grand historien et penseur italien Ferrero, n'a pas eu son égale dans l'histoire.

Les partisans d'une vie intellectuelle plus large, on les trouve aujourd'hui chez nous dans tous les mondes, Pour m'en tenir à la politique, quel réconfort notre idéal de eulture n'a-t-il pas reçu de certaines accessions récentes aux fonctions ministérielles ? Un ministre, en notre province, ne se eroit plus obligé de borner ses discours à une analyse partiale et enfantine du dernier bugdet. Et fait non moins significatif, ce peuple qui a des enseignes si tristement drôles, à qui ses journaux, plus que toute autre influente peut-être, ont fait une langue si tristement amorphe, ce même peuple qu'on croyait fermé à toute préoccupation intelleetuelle, écoute, approuve, applaudit.

us en avons l'invineible certitude, demain sera meilleur qu'hier, Demain, la haute culture française montera vietorieusement à l'assaut des vieilles forteresses laborieusement replâtrées de l'indigénisme. De cette charge glorieuse, nous voudrons tous en être, Mesdames et Messieurs, M, Montpetit en sera, qui aura été à bien des égards un précurseur. Et Fauteux, qui représente si dignement, dans cette œuvre de la Bibliothèque S.-Sulpice, la communauté à qui notre enseignement supérieur doit son

1) S, G, Mer Gauthier a déclaré depuis que, sur le produit de Ja sousc ription en voie de prélèvement, il voulait affecter un capital de $500,000 à là création d bourses d'études en Europe. —O.A,

premier professeur de Lettres. Et S. G. Mgr Gauthier, et M. Athanase David, et combien d'autres que je ne puis nommer — tous ceux qui savent que le siège de la culture française est en France, non au Canada. Oui, certes! Et même il est à prévoir qu’au dernier moment le gros des forces indigénistes, composé d'hommes sincères et dont le patriotisme ne demande qu'à s’éclairer, viendra prendre position à nos côtés. Ceux qui seront tentés de résister, Hérodote, en son livre de Melpomène, nous apprend comment il faudra en user avec eux. Les Scythes, obligés, après un séjour de plusieurs années en Médie, de rentrer dans leur patrie, trouvèrent leurs foyers occupés par leurs anciens esclaves. Au moment d'engager le combat, ils réfléchirent qu’étant les moins nombreux ils seraient probablement battus par les armes, mais qu'étant les plus nobles ils vaincraient probablement par le prestige moral. Ayant done mis pied à terre, ils s’avancèrent la houssine à la main, comme il convient aux maîtres; sur quoi les esclaves s'enfuirent honteusement. Mesdames et Messieurs, nous avons le devoir d'instaurer la haute culture française dans un pays qu'une fausse conception du patriotisme voudrait lui fermer. Cette culture, il faudra, en grande partie, allér la chercher en France. Donnons aux croyances religieuses les garanties auxquelles elles ont droit. Prenons toutes les mesures nécessaires pour que la culture humaine n'affaiblisse pas chez nous l'esprit national, mais le fortifie, l'éclaire et le guide. Cela fait, que nous soyons les plus nombreux ou les moins nombreux, peu importe; champions de la fulgurante Pense française, nous chargerons comme les guerriers seythes: à la houssine.

Page 1