‹ De Palerme à TunisChapitre 4 sur 8 · KAIROUAN · texte numérisé non relu

KAIROUAN

Nous sommes allés à Kairouan par un train Decauville; la route traverse d'abord des bois d'oliviers jusqu'à l'Oued-Laya, puis des plateaux monotones faiblement ondulés, où rien ne nous intéresse, sauf la vue des récoltes sur pied. Nous rencontrons plusieurs camps français, aujourd'hui abandonnés.

Pendant l'expédition, l'ordre est venu tout à coup de construire à tout prix des baraquements partout où se trouvaient des troupes; ils l'ont été sur tous les points du territoire, sans étude préalable, et avant qu'il fût possible de connaître quel serait l'effectif du corps d'occupation et ce que réclameraient les exigences militaires. Aux premiers symptômes des maladies qui s'étaient déclarées dans l'armée, la presse française avait pris feu comme une traînée de poudre et gour-

mandé ie gouvernemeDt de si belle façon que celui-ci, perdant la tête, éleva des constructions de tous côtés, depuis la frontière tripolitaine jusqu'à TAlgérie. De ce mélange de précipitation et d'irréflexion qu'est-il résulté? Une dépense de plusieurs millions sans profit pour personne, sauf pour les entrepreneurs et ouvriers italiens, qui gagnaient dix à douze francs de salaire par jour; car, dans bien des cas, les casernes ont été finies après le rapatriement des troupes, et quelquefois, comme à Béja, abandonnées pour d'autres élevées dans des endroits mieux appropriés.

Kairouan est une ville de grande apparence. De fort belles murailles à créneaux ronds, flanquées de grosses tours de distance en distance^ l'entourent, en laissant

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en dehors des faubourgs très-peuplés et habités surtout par la tribu des Slass.

Tout autour, de vastes cimetières, des koubbas vénérées, des tombeaux innombrables, donnent aux environs un cachet tout particulier. Kairouan étant, en effet, la ville sainte de la Tunisie, les pieux musulmans viennent sV faire ensevelir de bien loin à la ronde. La population est de quinze mille individus environ, tous musulmans^ les Israélites n'ayant jamais eu le droit de s'établir dans ce sanctuaire vénéré. Les mosquées ne se comptent pas.

Les deux plus curieuses (j'omets à dessein celle du Sabre) sont la Grande Mosquée et celle du Barbier, située en dehors de la ville. La première intéresse par son architecture; la seconde, par l'aperçu qu'elle donne d'un des côtés de la vie arabe; elle conserve, selon la légende, les restes d'un des compagnons de Mahomet ; mais le tombeau du saint n'y occupe qu'un tout

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petit espace; la majeure partie du monument est consacrée aux larges cours, aux cloltreSy aux cellules, où tout un monde de pèlerins, de mendiants et d'étudiants vit sans souci du lendemain.

La Grande Mosquée est plus vaste ; la cour intérieure est superbe de dimensions et d'effet. Figurez-vous, à droite et à gauche, une double galerie aux arceaux supportés par plusieurs rangées parallèles de colonnes de marbre; aux deux extrémités, deux faces planes d'un aspect sévère, dont l'une est percée de cinq grandes portes qui donnent accès dans la mosquée, et dont l'autre soutient un minaret d'une masse imposante. Tout le vaste carré est dallé de marbre. Le dessous n'est qu'une immense citerne qui se révèle par des fûts de colonnes évidés, aux bords profondément entaillés par les cordes qui servent à puiser l'eau.

A l'intérieur, la mosquée a la forme

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