IMP
Quand on a dépassé Taqueduc, on tourne à gauche, et prenant à travers champs, on arrive en quelques minutes aux ruines d'Udna, qui couvrent un vaste carré de plusieurs kilomètres. Elles sont nombreuses et plus intéressantes que la plupart de celles que nous avons vues en Tunisie. L'amphithéâtre est bien conservé; ses arcades supérieures, les seules qui soient apparentes du dehors , sont presque intactes; de son sommet on embrasse la plaine et la mer, par la trouée qui se creuse entre Tunis et Hammam-Lif.
C'est parla, ou par deux profondes tranchées ornées jadis de portes monumentales, que Ton pénétre dans l'enceinte, car l'amphithéâtre est pratiqué, comme celui de Syracuse, dans un bassin naturel, qui se prêtait admirablement, par sa forme elliptique, à cette destination. A l'intérieur tout est ruines et décombres; l'arène est comblée, les gradins ont disparu; il ne
reste plus que le squelette de l'édifice.
Au pied de la colline qui le porte , un pont romain est encore jeté sur le torrent qui descend de la montagne, tandis qu'un peu plus loin on voit des restes d*aqueclucs. Le théâtre est presque entièrement détruit; par contre, les citernes sont relativement en bon état. Transformées en étables pour les vaches d'alentour qui y viennent chercher l'ombre et la fraîcheur à l'heure de midi, elles sont magnifiques par leurs dimensions, l'appareil des matériaux employés, et la beauté de leurs revêtements à l'intérieur et à l'extérieur. Plus vastes et plus belles que celles de Carthage , elles sont disposées par groupes de dix ou douze grands vaisseaux, de vingt à vingt-cinq mèlres de long, de dix à douze de large, et enfermées dans un carré de murailles. D'aspect parfois monumental, elles font supposer, par leur nombre et leurs propor-
tions colossales 9 quUthina avait jadis une population considérable , riche et amie des belles choses.
Bizerte, 10 juin.
Depuis que la Compagnie transatlantique a supprimé l'escale de Bizerte, on ne peut plus se rendre à l'antique Hippozarytus que par la rogte de terre. Avec de bons chevaux, on peut le faire en cinq ou six heures. Nous quittons Tunis à cinq heures du matin , par une belle journée de juin; l'air est vif et piquant. Nous suivons d'abord le chemin du Bardo, puis prenant sur la droite » nous contournons les vieilles murailles lézardées du palais beylicaly et passons à travers un bois d'oliviers, pour déboucher dans la vallée de la Medjerdah. Le fleuve somno-
lent coule entre ses deux rives profondes, modifiant son cours d'âge en âge, charriant à la mer le limon qui s'accumule à son embouchure et change peu à peu la configuration de la côte. Ses eaux sont sales, boueuses, ses rives dénudées; la plaine immense où. il a creusé son lit est uniformément plane ; de vertes moissons la couvrent, mais pas un arbre, pas une habitation n'en rompent la monotonie. Le pays est cependant habité ; de ci, de là, nous apercevons des groupes de tentes, et des troupeaux de vaches et de taureaux.
Au moment oii nous franchissons le fleuve sur un beau pont de pierre , nous en voyons quelques centaines qui sont venus s'y abreuver; le ton roux de leurs robes jette une note vive dans cet ensemble assez terne.
A quelques kilomètres plus loin, sur la droite, nous apercevons les huttes misérables de Bou-Chateur qui remplacent