A PROPOS DE TIRSO DE MOLINA
grès prit une course vertigineuse. On inironisa, en pleine Sorbonne, le thème oral-écrit, pour le baccalauréat, soit italien, soit espagnol. La licence es lettres accueillit les nobles étrangères. Des agrégations leur furent octroyées. Tout va bien. Dans vingt-cinq ou trente ans, par un personnel complet de professeurs, les relations fraternelles et scolaires seront aussi libéralement établies avec l'Espagne et l'Italie qu'avec l'Allemagne et la douce Angleterre. Et nous pourrons causer en famille, gentiment, tout autour de la Méditerranée, mare nostrum. Je me sens vraiment chagrin en pensant que je ne serai plus mêlé à la conversation.
Il importe, à l'heure présente, de fournir à ces maîtres futurs de langues méridionales de bons outils de travail, des textes corrects, sobrement annotés, des traductions entourées de commentaires historiques et littéraires. L'opération déjà commencée est en bonne voie. A Toulouse, .M. Mérimée el ses anciens disciples, professeurs dans les lycées du Midi ; à Paris, M. Dejob et ses collaborateurs ont donné, le premier pour l'espagnol, le second pour l'italien, d'excellentes publications. J'attends avec impatience deux bons manuels pour les deux littératures de nos voisins, deux histoires littéraires sans éloquence ni esthétique. Le modèle du genre existe pour la littérature française : c'est le Manuel de M. Brunetière. Enfin, je recommande aux étudiants d'agrégation, comme type parfait de recherche autour d'un texte, la brochure que M. Morel-Fatio a
■Jïii DE PANURGE A SANCHO PANÇA
tirée à pari du Bulletin hispanique, le commentaire d'une œuvre fameuse de Tirso de Molina, la Prudencia en la muger (Prudence de femme). Je sais bien que, pour expliquer ainsi les sources et le détail d'une pièce de théâtre, il faut l'érudition consommée du directeur des Hautes Études. Mais il convient de ne signaler aux étudiants que des travaux de maîtres. Ce drame met en scène l'histoire d'une femme admirable, d'une reine de Castille, .Marie, fille d'Alphonse X le Savant, nièce de saint Ferdinand, veuve de Sanche IV, tutrice de son fds Ferdinand IV. Pendant sept années, de 1295 à i3o2, elle lutta pour la couronne de l'enfant contre les oncles du roi mineur, les grands vassaux, l'anarchie et la misère profonde de la nation, le brigandage maître des routes, la révolte des villes organisées en confraternités (hermandades). Mais les plus redoutables difficultés de cette monarchie chancelante venaient des princes du sang, surtout du grand-oncle Enrique, énergique et émouvant conspirateur, de condottiere et d'aventurier, tour à tour capitaine du roi de Tunis, partisan de (maries d'Anjou en Italie, puis gibelin, sénateur de Rome, ami de Clément IV, vaincu à Tagliacozzo aux côtés de Conradin, vingt-cinq ans prisonnier des rois angevins. Il rentre en Espagne à la mort de Sanche IV, devient régent pendant la minorité de Ferdinand IV, rêve de se faire roi, rencontre la jalousie haineuse de l'autre oncle, Juan, et l'hostilité des vassaux, entasse les richesses, accumule les charges lucratives afin de tenir sous sa