ERASME ET RABELAIS WS
capitale de leur siècle, ils s'entendirent mieux en bons confrères.
Grandgousier, roi excellent, pense sur la guerre, trop souvent inévitable, conformément au jugement d'Érasme. Attacpié sans raison préalable par Picrochole, et voyant déjà une partie deses provinces envahie et saccagée, il hésite encore à prendre les armes avant d'avoir épuisé les ressources de la diplomatie, essayé « tous les ars et moyens de paix ». 11 convoque son conseil, qui décide d'envoyer à Picrochole « quelque homme prudent », chargé de converser avec ce félon. Il écrit à Gargantua pour lui expliquer l'extrême modération dont il use. Il est résolu à ne jamais assaillir ni conquérir, mais à défendre ses féaux sujets et terres héréditaires. Il expédie à son voisin ambassade sur ambassade, lui fait ses offres « aimablement ». On trouvera sa longanimité excessive. Que n'eut-il sous la main le tribunal de la Haye ! Mais c'était la théorie d'Érasme en son lnslitutio Principis Christiani, où l'idée de l'arbitrage parait même plus clairement que chez Rabelais ! « N'a-t-on pas des évêques, des abbés, des savants, de graves magistrats dont la sentence pourrait arranger une affaire, épargnant au monde calamités et massacres ? »
Nos deux humanistes n'ont point connu de question plus haute que celle de l'Éducation. Arracher les esprits à la servitude scolastique, les rétablir dans la tradition rationnelle de l'antiquité, telle est la visée constante de l'humanisme. Mais l'appareil
extérieur de l'Éducation, les « geôles de jeunesse captive » dont l'horreur exaspérera la colère de Montaigne, toute cette barbarie pédagogique dont nous sortons à peine (en sommes-nous même sortis tout à fait?) inspira plus d'un passage pittoresque du Gargantua et du Pantagruel. Ce n'est pas au collège de Montaigu que le sage Ponocrates confie le jeune Gargantua, pour « l'énorme cruauté et villenie » qu'il y connaît. Les forçats chez les Maures et Tar tares, les assassins à la tour criminelle, les chiens mêmes de Grandgousier sont traités plus humainement que les écoliers de Montaigu, que le roi de Paris devrait brûler, avec son principal et ses régents, l'affreuse maison où le professeur Tempeste fouettait et refouettait « magistralement » ses élèves tout le long du jour. Sur cette caverne de Montaigu, Erasme, en son colloque intitulé « l'Ichtyophagie », est plus explicite encore. « On était couché si dure ment, nourri si grossièrement et avec tant de parcimonie, accablé de tant de veilles et de travaux que. dans l'espace d'une année, dès le premier essai, parmi une foule de jeunes gens doués d'un heureux naturel et donnant les plus belles espérances, les uns moururent, les autres devinrent aveugles, ou fous, ou lépreux... Non content de cela, le principal fit prendre à ses élèves le manteau et Je capuchon, et leur interdit entièrement l'usage de la viande... Au cœur de l'hiver, on donne un petit morceau de pain, avec ordre d'aller boire au puits, qui contient une eau malsaine et dont la fraîcheur, le matin