TROISIEME SECTION
DE LIMOGES A PÊRIGUEUX.
La voie sort de Limoges par un tunnel qui coupe, avec une rampe rectiligne de 7 millimètres par mètre, le contre -fort granitique sur lequel la ville est assise. Ce tunnel part du centre de la halle d'embarquement de ïa gare, passe sous la place Tourny, les anciens étangs des Tanneries, les boulevards de la Promenade et de Saint-Gérald, la place de la Mairie, l'hospice civil, et débouche au delà du chemin de la Croix-Verte, après un parcours de 1022 mètres, cantonné de droite et de gauche de vingt niches de garage pour le service des employés de la voie.
On sort de ce tunnel, au milieu des fertiles jardins qui bordent
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la nouvelle route d'Aixe. Presque vis-à-vis de l'abattoir, le chemin de fer croise la route impériale, qu'il longe jusqu'à l'imprimerie Ardant, adossée à une fabrique de cartons et à une filature, dont le pied baigne dans l'eau. A droite apparaît le coteau de Naugeat où fut défait et faillit périr Henri II d'Angleterre (1183) et que couvre aujourd'hui l'hospice des aliénés. A gauche court la Vienne aux rives toutes boisées et dont on va suivre à mi-côte la vallée. Les bâtiments, groupés aux extrémités des écluses, et qui d'en haut semblent petits et écrasés, sont de riches et puissantes usines à kaolin, où» l'eau, ce moteur infatigable et à bon marché, fait tourner de grandes roues verticales qui mettent en mouvement tout autour d'elles une couronne de petites meules de quartz, noyées au milieu d'une cuvelette ronde, comme dans un bain de véritable lait de kaolin. Sur le rocher de granit tenace à grains fins, qui sous le pic et le marteau s'épuise peu à peu pour approvisionner Limoges d'excellents pavés de petit appareil dit d'échantillon, s'élevait autrefois le château d'hle, résidence aimée des évêques de Limoges. En vue de la fabrique Martial Ardant, on traverse de nouveau la route * d'Aixe sur un viaduc, formé d'une seule arche en plein cintre de 15 mètres de diamètre, dont les culées se perdent dans les massifs des remblais. Un pont biais de cinq arches de 14 mètres d'ouverture, couronné par une corniche de moellons piqués et taillés en forme de modillons, franchit la Vienne, qu'on longe un instant sur la rive gauche, semée de villas et d'usines. La rivière se montre ou se cache tour à tour derrière les éperons du plateau, coupés par la ligne de fer. Bientôt se présente l'ouvrage d'art le plus important qu'offre la ligne de Limoges à Périgueux. C'est un viaduc, élevé de 29 mètres, long de 160, aux angles en pierre calcaire, aux parois de briques rouges, dont les arches en plein cintre de 15 mètres d'ouverture, assises sur des piles à parements droits que portent des socles à becs, traversent la Briance presque à son confluent avec la Vienne.
La Briance est une rivière originale qui mérite de n'être pas confondue avec les cours d'eau vulgaires. Aussi bien elle arrose Solignac (V. page 258); elle étreint le roc de Chalusset (V. page 256) dans ses embrassements avec la Ligoure; elle
reçoit la Roselle ; elle forme de trois côtés les fossés naturels de Pierre-Buffière, avec ses tributaires, la Breuille et le Blanzou ; enfin, plus près de sa source, elle s'unit avec sa sœur, la petite Briance. Tous ces gros ruisseaux, au lit rocheux et tortueux, profondément encaissé, coupé d'écluses, tantôt bruyantes, tantôt silencieuses, sont de véritables torrents où descendent, en masses impétueuses, des flancs de vallées rapides, les eaux des neiges et des orages. Ces eaux tumultueuses traversent, entre Saint- Jean-Ligoure , Saint-Priest-Ligoure et Pierre-Buffière, un terrain jaunâtre tout désagrégé, et dont la composition particulière sert de type et porte le nom spécial de Ligourite. Souvent la Briance, changée ainsi en mortier liquide, débouche dans la Vienne tranquille et claire et lui dispute son lit. Alors on aperçoit, de la route, au-dessus de son confluent, comme deux rivières descendant côte à côte, Tune limpide et teintée en noir par son fond limoneux, l'autre d'un jaune d'ocre bien tranché, et toutes deux coulent ainsi quelque temps sans mêler ieurs eaux.
La Briance franchie, la voie monte souvent à rencontre de pentes rapides au fond de tranchées ou sur le faite d'énormes remblais, suivant une ligne tortueuse, d'où Ton domine de maigres prairies, des champs pauvres, des villages et de petits bois. En approchant de Beynac, la vue s'étend à droite sur une chaîne onduleuse de collines lointaines.
53 e STATION. — BEYNAC.
11 kil. de Limoges. — 411 kil. de Paris. — 88 kil. de Périgueux.
La petite station de Beynac est située presque dans un désert, sur la pente d'un étroit vallon perdu au fond d'une gerge, à gauche du village (465 hab.), qui se cache derrière l'horizon. La commune môme ne faisait jadis qu'une paroisse avec celle de Bosmie (572 hab.) placée, comme elle, sur la rive gauche de la Briance et de la Vienne. Aucun service de voitures publique n'y a été établi, et, quoique destinée à desservir le chef-lieu de son canton, Aixe (5 kil.), la station de Beynac n'en reçoit guère que nés marchanàises. Le plus souvent les voyageurs gagnent Limoges ou en reviennent par la voie de terre que parcourent des services actifs et multipliés de voitures à bon marché.
BEYNAC. — AIXE.
Aize (3119 hab.), qu'il faut pourtant visiter, est une gaie petite ville, bâtie au centre d'un canton que la fertilité de son sol, la variété de ses cultures et la beauté du paysage ont fait surnommer la petite Suisse, et où s'abritent une infinité de jolies habitations d'été de la bourgeoisie limousine. Une industrie locale est la fabrication des ridortas, sorte de pain dont font grand régal les paysans dans toutes les fréries ou foires d'alentour.
La ville, formée d'une longue rue, qui se contourne en deux branches autour de l'église, est située au confluent de la Vienne et de TAixette, qu'un double pont traverse pour relier les deux faubourgs de Bourgneuf et à 1 Outre- Vienne.
Au confluent même, sur la cime d'un roc escarpé, se dressaient les murailles d'un château fort avec donjon, détruit une première fois (1180) par Richard Cœur de Lion, qui fit crever les yeux à une partie de la garnison et noyer le reste, relevé en 1206 par 'Guy 111, fils du vicomte de Limoges, repris par Jean sans Terre en 1214, en résumé, toujours en guerre contre sa puissante voisine, ou, qui pis est, contre les bourgeois inoffensifs de la petite ville qu'il aurait dû protéger. En 1271, la vicomtesse Marguerite, fille du duc de Bourgogne, y battait une monnaie qu'elle imposait, de par le roi de France, aux Limousins récalcitrants. En 1274, Aixe soutint un siège de neuf jours contre l'armée de Limoges conduite par le sénéchal d'Angleterre et le seigneur de Valence, assisté d'un ingénieur qui apportait avec lui des machines nouvelles destinées à lancer du soufre et des projectiles enflammés. Un exprès du roi de France arrêta la destruction, et un arrêt solennel reconnut le droit de juridiction, dénié par les habitants de Limoges à la vicomtesse, qui l'affirma triomphalement en arborant ses bannières sur les quatre principales portes de la ville. — Pendant les guerres du xvi e siècle, Coligny s'était emparé d'Aixe, d'où il fut vigoureusement expulsé par le duc d'Anjou qui le rejeta en désordre sur^Saint-Junien (1569).
Aujourd'hui il reste à peine quelques pans de murs , la voûte d'une vaste citerne et un long souterrain, de cette forteresse péniblement démolie en 1809 pour en utiliser la pierre et que remplacent des jardins.
«L'église Sainte-Croix, dit l'abbé Rougerie, qui a étudié avec
un zèle pieux ce petit coin de terre, où il est né, est un édifice roman dont il est fait mention pour la première fois en 1410. Son plan est un carré, au-dessus duquel quatre piliers ronds et un peu lourds soutiennent une voûte ogivale renforcée de nervures. Au midi sont accolées trois chapelles latérales en style flamboyant du xv« siècle. Les murs, d'une remarquable épaisseur, résistent sans contre- forts à la poussée des voûtes. Sous la toiture sont ouvertes de petites fenêtres carrées et des meurtrières. La porte principale est dominée par des mâchicoulis. Le clocher, quadrangulaire à la base, octogone à la partie supérieure, est percé de baies ogivales. » — Jusqu'à la Révolution, ce n'était qu'une annexe de la paroisse de Tarn, abbaye voisine, dont il ne reste plus aujourd'hui aucune trace.
Tout près de là, sous les bords de l'Aurance et dans un vallon délicieux, la chapelle tfArliquet, édifiée au xvi e siècle et dotée d'indulgences nombreuses par un bref du 6 novembre 1855, attire en pèlerinage les habitants du pays et des paroisses circonvoisines, que des véhicules de toutes sortes amènent en foule à diverses fêtes, surtout à la Nativité et le mercredi de Pâques.
Notons en passant que c'est au Barry, près dupont d'Aixe, qu'est né le poète académicien Beaupoil de Saint-Aulaire , comme à Beynac même le célèbre général des Dominicains, Jean Du- Puy-de-Noix, qui joua un grand rôle au concile de Constance.
Une forte rampe monte de Beynac à Nexon sans offrir ni travail d'art ni point de vue remarquable ; Ton ne voit que des bruyères et des genêts, des prairies divisées par des rangées d'arbres , des champs de seigle ou de blé noir, des troupeaux de brebis gardés par de petits enfants, à peine quelques habitations clair-semées. Au delà d'un village la vue plonge à droite sur une profonde et riche vallée bordée de hautes collines à demi boisées. — On s'arrête un peu en avant de Nexon, dont on aperçoit à gauche, à 200 mètres de la voie, le lourd château voisin de l'église.
54 e STATION. - NEXON.
9 kil. de Beynac. — 430 kit. de Paru. — 79 kil. de Périgueux.
Nexon, chef-lieu de canton de l'arrondissement de Saint- Yrieix (20 kil.) s'étale agréablement au bord d'un petit ruisseau.
NEXON. — SAINT-YMEIX. 267
Un château le domine, tout hérissé de tourelles et de mâchicoulis et entouré d'un vaste parc. C'est la demeure de M. de Nexon, dont les écuries sont célèbres sur les champs de courses. •
Uéglise, en granit du pays, porte, sur la travée qui forme le chœur, un clocher octogone à plein cintre , percé au sommet de huit haies cintrées, œuvre ainsi que le transsept, l'abside et ses deux chapelles, de la seconde moitié du xr 3 siècle, tandis que les trois travées de la nef et les chapelles latérales datent seulement de 1445. Deux absidioles romanes flanquent l'abside. La porte de l'Ouesta conservé ses mâchicoulis; et, sur la porte du fond delà nef, comme à deux de ses clefs de voûte, se reconnaissent encore les écussons des d'Abzac et des Lastours. La cloche montre aussi lisible une de ces inscriptions fatidiques qui conjuraient les orages.
La sacristie possède un beau coffret émaillé et portant le bustereliquaire, grandeur naturelle, de saint Ferréol, ancien évêque de Limoges, fait en 1346 par Aimeric Chrétien, orfèvre de la ville, sur l'ordre de Juy de la Bruyère, chapelain de Nexon, ainsi que l'atteste une inscription latine sur le collet du huste en cuivre émaillé.
On montre aussi près de l'église un bloc de granit taillé en forme de carré long et percé au centre d'une grande ouverture circulaire. La tradition l'indique comme le tombeau de Wolfgan de Bavière, duc des Deux-Ponts, qui, conduisant en 1569 une armée allemande au secours des protestants de France, s'en vint molirir le 18 juin à Nexon.
33 kil. de Nexon. — Correspondance avec tous les trains de Paris ( 1 îr., t fr. 25 c. — 2 h. de route).
La route de Saint-Yrieix , qui traverse l'ancien archiprôtré de la Meize, laisse à droite la Roche-V Abeille (11 kil.), petite ville au faite d'une éminence isolée, où conduit un chemin surplombé d'énormes blocs de quartz caverneux, percé de trous tout tapissés de petits cristaux, véritable ruche d'abeilles. L'église paroissiale est curieuse. — C'est dans le vallon au pied de la montagne et sur le plateau qui y fait suite, que fut livrée, le 24 juin 1569, la
bataille où Henri IV, âgé de seize ans, fit ses premières armes. On y a exploité longtemps de belles carrières de serpentine. L'éruption de cette roche ignée, susceptible de prendre un aussi beau poli que le marbre, s'étend de là jusque dans la Gorrèze en passant par Messeré. — Presque à l'entrée de Saint-Yrieix, se rencontrent les plus anciennes carrières de terre à porcelaine. C'est au domaine du Clos-de-Barre que le premier échantillon de kaolin fut découvert en 1765. L'exploitation depuis les premiers jours s'y continue à ciel ouvert sans l'aide d'aucune machine spéciale. Un sentier en zigzag se profile sur les flancs de l'excavation jusqu'à la partie inférieure, d'où des femmes remontent les mottes que la pioche de l'ouvrier a détachées des bancs. On se contente de décanter sur place par des lavages successifs les matières argileuses dont les mélanges raisonnés n'ont lieu que dans les fabriques.
La ville de Saint-Yrieix (hôtel Belin) } chef-lieu d'un arrondissement de la Haute- Vienne (7613 hab.), date de la fondation d'un des plus anciens monastères de France que saint Yrieix (Aredius) érigea dans la seconde moitié du vi« siècle au milieu de la forêt alors déserte à'Attanum. Plus tard la communauté fut remplacée par un chapitre de chanoines séculiers, qui demeura jusqu'à la Révolution un des plus importants du diocèse de Limoges.
L'église collégiale, le Moulier, comme on l'appelle encore au jourd'hui, est un remarquable monument de l'époque de transition où le gothique et le roman s'allient pour créer une œuvre complète d'un seul jet. La nef, le chœur, jusqu'au pentagone* du chevet, les transsepts ont été bâtis dans un espace de 27 mois, du 17 mai 1181 au 25 août 1183 et offrent précisément le mélange visible des deux styles et de leurs qualités les plus rares de solidité et de richesse, de délicatesse et de majesté. — L'église dans son ensemble affecte un plan assez bizarre. C'est une croix latine avec une nef sans bas côtés et trois chœurs parallèles, celui du centre terminé par un chevet pentagonal, ceux des côtés par des murs droits, et dont la réunion forme un massif de même largeur exactement que le transsept. — Sur la façade latérale du sud une porte ogivale à trois voussures s'ouvre au-dessous d'une rangée d'arcatures à plein cintre, dont la médiane est occupée