‹ De Paris a AgenChapitre 120 sur 154 · PÉRIGUEUX. — ANTIQUITÉS. — VÉSONE · texte numérisé non relu

PÉRIGUEUX. — ANTIQUITÉS. — VÉSONE

Dans la ville même, de nombreuses mosaïques ont été rencontrées, dont une dans le jardin public, du côté du collège, auprès d'un puits, deux autres dans l'ancien cimetière, près de la caserne. Tout récemment, le long et sur la gauche de la voie, et à quelques pas au-dessous du pont qui conduit à la tour de Vésone (le chemin en a pris le nom de rue Mosaïque) quelques déblayements

Tour de Vésone, à Périgueux.

en ont fait découvrir une des plus remarquables, noire et blanche, entrecoupée de filets rouges et tout égayée de rinceaux de fleurs, de qualrefeuilles et d'oiseaux. Elle vient d'être enlevée du sol par fragments et emportée au musée où elle attend un emplacement digne d'elle.

On se rend à la tour de Vésone par la rue Saint-Pierre-ès-

Liens, qui prolonge le côté droit de la place Fran cheville. La ligne de fer, dès son arrivée à Périgueux, en rase presque le pied et la laisse à dr. en passant. C'est une construction ronde, . haute de 27 mètres, sur 20 mètres 70 centimètres de diamètre, où aboutissaient autrefois toutes les grandes voies de la cité. Elle s'ouvre éventrée du haut en bas comme par deux coups de sabre, qui en auraient emporté presque une face entière.

Le petit appareil qui la compose est coupé presque à mi-hauteur de cordons de briques, qui se rapprochent de plus en plus avec les dernières assises. Un rang d'étroites et basses fenêtres se dessine extérieurement vers le milieu de l'œuvre par des courbes de briques posées de champ. Des plaques d'un marbre blanc et rouge, maintenues par un ciment très-dur et de grands crochets en fer, formaient autrefois un revêtement qui en devait complètement modifier l'aspect. On en a détaché les derniers spécimens pour le musée (n° Le sol intérieur, que l'herbe

recouvre aujourd'hui, était pavé en briques dont on a trouvé des parties bien conservées. On y a recueilli aussi d'anciens chapiteaux et diverses moulures curieuses. A 4 mètres du pourtour s'enroulait une colonnade que précédaient un porche et un escalier. On est à peu près d'accord pour reconnaître , dans cet antique édifice, le corps principal du temple de quelque déesse locale, — ou topique, comme disent les archéologues, — et dont les parties accessoires ont disparu.

Par derrière, à quelques cents pas, en plein champ, se promène une sentinelle, qui semble perdue. Elle veille sur les approches d'une petite tour basse, carrée, couverte en tuiles, qu'on remarque à peine. C'est la poudrière. Plus loin, à droite, se trouve la caserne.

En remontant dans la cité, sur une partie de l'ancien mur d'enceinte, on rencontre le château ruiné de Barrière, habitation principale des damoiseaux qui luttèrent au moyen âge contre le Puy Saint-Front, et dont un lui a laissé son nom. Ce château, dont la dénomination primitive s'est perdue dans la suite des siècles, remonte à une époque très-reculée. Sa base au moins, formée de pierres de grand appareil, surmontée de plusieurs cordons en briques, et ses deux tours de construction romaine, firent

PÉRIGDEUX. — ANTIQUITÉS. — BARRIÈRE. 303

évidemment partie de l'enceinte fortifiée et datent du iii« siècle ou du commencement du iv e . La tour la plus élevée qui domine au sud toutes les ruines, ronde à l'extérieur et carrée à l'intérieur, est l'œuvre du x* siècle. « Le corps du château , dit l'abbé Audierne, appartient au xn e siècle; quelques fenêtres et les portes de l'intérieur sont du xvi e siècle; et l'habitation actuelle, consacrée anciennement à une chapelle et à un caveau sépulcral r est du xr» et du xir» siècles. Des nombreuses ruines que possède Vésone, il n'en est pas de plus remarquables. » Dans un coin de la cour gisent cinq énormes colonnes cannelées. Dans un angle, une porte d'ogive fleuronnée que surmonte la trace d'un écusson, donne accès dans une tour carrée, dont les chambres sont habitables, et au bas de laquelle a été réuni, sous une grotte factice, une espèce de musée de fragments antiques. La verdure et le lierre s'encadrent partout aux rinceaux des fenêtres et aux vieux murs, dont les ouvertures extérieures laissent entrevoir et suivre l'ancienne enceinte à grands blocs à peine équarris. (S'adresser dans la première cour au jardinier qui a la clef des autres cours.)

Au sortir du château de Barrière, on a presque devant soi, à g., la porte Normande, simple arceau, à peine surmonté d'une assise, s'appuyant, des deux côtés, comme sur des piliers, aux débris d'un mur en grand appareil. Le premier portail, à droite, ouvre dans le jardin qui traverse les arènes. L'amphithéâtre, de forme ovale, reposait autrefois sur deux étages d'ordre corinthien. D'immenses pans de murs, sans parement, en blocage lié par un ciment de chaux , de sable, de gravier et de tuiles brisées, plusieurs cages d'escaliers, deux grands vomitoires, une vingtaine de voûtes à peine entamées, formant deux énormes groupes debout à chaque face opposée du cercle, s'étagent entre des jardins et des sentiers fleuris. Quelques habitations s'y adossent ou ont grimpé sur la crête dénudée des voûtes pittoresquement encastrées dans des blocs rompus mais inébranlés. L'édifice, qui pouvait contenir M) 000 spectateurs, dépassait en superficie l'amphithéâtre de ISimes, offrant en diamètre 91 mètres de longueur, 267 pour le tour de l'arène, 400 pour l'extérieur.

On le fait remonter, au moins, au u« siècle, mais il n'est guère que du m: Les comtes y avaient installé leur château, au

xii« siècle et l'habitèrent jusqu'à la fin du xiv«. Cédé, en 1644, par la ville à la Visitation, remplacement fut transformé en carrière, dont l'exploitation fournit aux religieuses les matériaux de leur église. Il a subi depuis maintes vicissitudes, qui n'ont pu encore aboutir à le garantir de la dernière ruine. Les propriétaires actuels en ont proposé, plusieurs fois à la ville, l'acquisition, qui, tout récemment, n'a eu contre elle, au conseil, qu'une seule voix de majorité, et ils font en ce moment môme tracer tout autour de l'enceinte un large boulevard qui devra former une jolie promenade bordée d'élégantes maisons.

L'amphithéâtre occupait un des vides de l'ancienne enceinte du v* siècle, qu'on retrouverait encore dans les constructions modernes, sous les lestaurations et les replâtrages qui empêchent de la reconnaître facilement. Les deux tiers peut-être en existent ainsi, dont 8 tours demi-circulaires et ce qui reste de la porte dite Normande {V. ci-dessus p. 303). Les murs, d'une épaisseur de 3 à 4 mètres, sont pétris de fragments de sculptures, et une partie notamment du jardin des sœurs de Sainte-Marthe, près de l'église Saint-Étienne, repose sur des assises de pierre où apparaissent entremêlés des fûts de colonnes et des marbres de toute forme et de toute dimension, et, debout encore à demi, une tour de ville à soubassement de grand appareil. Au milieu de l'enceinte existait, prétend-on sans autre preuve, un temple de Mars. On a rencontré tout aux alentours des débris de colonnes, de chapiteaux, de cippes funéraires, d'autels votifs, qui sont allés peupler le musée départemental, un des plus riches, sous ce rapport, de la province.

M. Wulgrin de Taillefer, dont les travaux ont, des premiers, mis en lumière l'histoire du Périgord, avait réuni* au courant de ses études tout ce que procuraient à son infatigable persévérance des recherches intelligentes. Cette collection, léguée par lui à la ville, est devenue le premier noyau du musée d'antiquités , recueilli d'abord dans l'église abandonnée des Jésuites, puis sous le grand vomitoire de l'amphithéâtre, enfin à demeure définitive sans doute, quoique bien humide et de difficile accès, dans l'ancienne chapelle des Pénitents blancs, qui est elle-même une des belles œuvres de l'art du xvr» siècle. C'était la chapelle épisco-

PÉRIGUEDX. — MUSÉE D'ANTIQUITÉS. 305

pale de la cité, qu'il fallut démolir en 1817 en grande partie, à défaut d'autre moyen possible d'en expulser une confrérie de Pénitents blancs, qui refusait de déguerpir. Ce qui a pu en être sauvé doit sa conservation et sa restauration au zèle continu de l'abbé Audierne, dont les travaux sur les origines et les antiquités périgourdines sont encore, en attendant mieux, le principal guide des travailleurs. Il ne reste à peu près debout que le sanctuaire (xvi e siècle) et l'arcade qui le séparait de la nef, mais tous deux couverts de détails sculptés d'une grâce incomparable. Au centre de la voûte, cinq médaillons groupés en forme de croix grecque représentent Dieu le Père au milieu des quatre Évangélistes. L'inscription d'un des contre-forts atteste que la construction fut commencée le 13 avril 1521 par Gui de Chàteauneuf. Outre In donation Taillefer, les libéralités de l'abbé Audierne, du minéralogiste Brard, de MM. Joannet, Morteyrol, du maréchal Bugeaud, du baron de Damas, ont constitué bientôt un fonds sérieux, qui s'enrichira chaque année des richesses livrées par le sol inépuisable. La salle est ouverte au public tous les jours, les dimanches exceptés, de 11 heures à 3 heures. Un précieux catalogue en a été publié (grand in-8°, 1862) par le docteur Galy, conservateur des collections. Sa valeur môme l'a rendu rare et absolument introuvable à Périgueux. Il est à désirer qu'une édition nouvelle mette à la portée de tous un livre qui doit rendre populaire la science de l'auteur comme l'est déjà sa complaisance.

Six numéros comprennent la collection des antiquités égyptiennes; — 34, celle des objets antéceltiques, dont 12 en silex (n° 20) provenant de Ccrnebeuf; — 177, les monuments romains, cippes, autels, inscriptions, débris de toute sorte recueillis ici avec piété, parmi lesquels il faut citer Vautel des Dieux (n° 103) de forme cylindrique, où se voient debout Jupiter, Diane, Bacchus, Apollon, Vulcain, Hercule et Pomone; — Vautel de la Victoire (n° 154) avec deux prisonniers barbares ; — un des trois bas-reliefs (n° 102) autrefois placés au-dessus de la porte des casernes et représentant Auguste, Antoine ou Lépide; — les autels de Vesunna (n° 105), $ Auguste (n° 106), de Jupiter (n° 10), ce dernier découvert en 1843 sous le mur de ville avec sa dédicace

par les boachers de Vésone; — deux têtes coupées, trouvées dans la maçonnerie de l'ancien palais des évêques (111) ; — une main en marbre blanc (115), seul vestige d'une' admirable Vénus découverte par les Visitandines dans les arènes et détruite par leur directeur; — une tête de femme dite de Junon (n° 117) ; — les statuettes en bronze de Mercure (121), de Minerve (120), de Bacchus à la grappe (123), d'Europe sur le taureau (125); — une belle urne cinéraire en verre vert remplie d'ossements calcinés (132) et d'autres urnes nombreuses en terre noire; — des lampes sépulcrales en argile rouge ; — des cruches, des gobelets, des flacons, des tasses, des fibules, bagues et anneaux en bronze ; — une soixantaine dé tessons portant des noms de potiers (n° 192*236) ; et 63 inscriptions (n° 237-300). Le n° 237 est la seule pièce connue qui mentionne le nom antique du peuple de Périgueux : PETRVG.K. Le n° 240 atteste la construction par Lucius Marullius de l'aqueduc, réparé plus tard par Marc Pompée ainsi qu'en fait foi l'inscription conservée au château de Barrière et dont le musée n'a qu'un estampage. Le n° 244 est une dédicace à la divinité d'Auguste et au dieu Telonus , protecteur de la source du Toulon. Une colonne militaire trouvée en 1754 au Toulon porte le n° 251. — 53 pierres antiques gravées proviennent d'un legs de M. de Taillefer.

Les antiquités franques se composent de couteaux en fer (n°* 354-356) et de boucles, d'un peigne en os avec étui et d'une coupe provenant d'un tombeau de Tocane Saint-Apre. — Parmi les 22 inscriptions du moyen âge ou modernes, dont plusieurs seulem ent en estampages, il faut remarquer le n° 368, de l'église de Saint-Front : c'est une épitaphe de G. Chatuel, maire de Périgueux en 1214 : deus : lî do: pauza àm.— -Une centaine d'articles, d'origine et d'intérêt divers, se groupent dans une série moins spéciale, où sont recueillies plusieurs œuvres d'art remarquables ; — n<> 387, la mort de la Vierge, retable en pierre (xn« siècle), autrefois dans la confession de Saint-Front; — n° 389, le Triomphe de V Église (xn e siècle); — la lutte du bien et du mal; — n° 392, la Vierge, en cuivre rouge, battu, ciselé et doré (xin e siècle), jadis objet d'un pèlerinage dans l'église Notre-Dame des Vertus, à 8 kilomètres de Périgueux; — n° 396, Saint-Martin (xn« siècle); — n° 398,

Sainte-Claire (xv« siècle), de l'église de Cadouin; — n° 406, la Luxure (xin* siècle) ; — n°* 407-409, cheminée en pierre (xvr* siècle), provenant de l'hôtel de la famille de Saint- Àulaire, récemment détruit, vis-à-vis de Saint-Front, place du Greffe; — n° 410, autre cheminée avec bas-reliefs, représentant Hercule étouffant Antée et tuant le lion de Némée, provenant d'une maison de la rue Taillefer; — n n 427, un coffret en corne et en ivoire avec diverses allégories de Vwiion des sciences et des arts; — n° 428, un autre coffret en cuivre jaune avec dessin au repoussé d'une chasse aux escargots. L'artiste l'a signé de son nom : Hénoc.

Enfin une série d'armes (429-485), antiques ou modernes, heaumes, hauberts, cuirasses, gantelets, du moyen âge ou de la Renaissance, trophées de Sébastopol et d'Afrique. La première pièce (429), est une couleuvrine en bronze (3 mètres 3), retrouvée en 1830 dans l'ancienne mairie. Une inscription indique qu'elle fut fondue en 1588 par le vicomte d'Aubeterre et prise le 5 mai 1591 à Mussidan par H. de Monpezat, gouverneur du Périgord, qui en fit don à la ville. Les deux pièces qui en encadrent le pied (430) sont des boites servant aux réjouissances publiques.

Quelques monnaies et des empreintes de sceaux, des vitrines de conchyliologie, une armoire de moulages de débris antédiluviens, complètent l'ensemble de ces collections dont s'honorent à bon droit la ville de Périgueux et le déparlement de la Dordogne.

Le Musée de peinture et de sculpture, ouvert les dimanches et les jeudis de midi à quatre heures, tous les jours pour les étrangers, y est attenant, séparé à peine par une sombre cour, où glt la tom6e de Jacques Pérégrinus (xin* siècle), avec l'inscription gravée sur la pierre. — C'est une chambre carrée et nue que peuple mal une série de toiles médiocres et trop officielles, entremêlées de gravures banales ou de plâtres détestés des écoliers. Il faut distinguer pourtant, ne fut-ce que par reconnaissance, les portraits de Taillefer, du médecin Vidal, du député Saint- Aulaire, et par curiosité, celui de la Bécane (par Bardon), marchande de mouchoirs, de beauté fameuse autrefois en ville; une vue de Périgueux, par Dauzats; un triptyque du xiv e siècle; un dessin de Léo Drouin; surtout les cartons de la chapelle Saint- François- Xavier à Saint- Suîpice de Paris, par Émile Lafon, de Périgueux (1859).

Page 1