‹ De Paris a AgenChapitre 121 sur 154 · PÉRIGUEUX. — MAISONS. — ÉGLISES · texte numérisé non relu

PÉRIGUEUX. — MAISONS. — ÉGLISES

C'est presque continuer sa visite aux divers musées que de se laisser aller le long des rues de la vieille ville, à la rencontre des pittoresques logis dont elle était autrefois remplie. Le dégagement de Saint-Front vers le nord, l'ouverture successive des voies réclamées par la civilisation nouvelle, en a jeté déjà et des plus vieux à bas, dont tous les débris au moins n'ont pas été perdus. D'anciennes tours du xi e siècle couvrent encbre la maison Duverd, place de la Clautre et l'angle de la rue Taillefer. Une autre plus moderne , avec tourillon et mâchicoulis, flanque Vimprimerie Boucharie au coin de la rue Aubergerie. Les rues Limogeanne, de la Sagesse, du Plantier cachent, à côté de maisons du xm e siècle, des hôtels de la Renaissance, en partie transformés, mais où se rencontrent encore d'admirables détails d'un art étincelant d'originalité. L'angle des rues Saint-Louis et de l'Aiguillerie est occupé par la porte môme du magasin d'un mouleur, au-dessus de laquelle on distinguait autrefois des armoiries, surmontées ae l'inscription Mémento mon, et sur le linteau ^ Quisquis amat Deum; à gauche de Técu la date de la construction : 1518; le tout aujourd'hui à peu près perdu et effacé sous d'incessantes mutilations. Le mieux est d'ailleurs de se confier au hasard, sans guide, et, au sortir de la cité antique, dont les ruines romaines éclatent dans le soleil et la verdure, de s'enfoncer dans les rues tortueuses du Puy Saint-Front et de trouver pour quelques heures seulement, avec quelque joie, les us vieillis, les étroites fenêtres, les sombres ouvroirs, les logis encorbellés d'ogives ou de menaçants pignons, — jusqu'au pavage de ce bon vieux temps qui n'est plus ailleurs qu'un souvenir.

Édifices religieux.

Saint-Front, érigée en cathédrale seulement depuis 1669, est l'ancienne église de l'abbaye, origine et centre du Périgueux moderne, comme Saint-Étienne, de la cité. De toutes parts et du plus loin on aperçoit sa masse immense surplombant sur la ville du moyen âge et attirant le regard par les lignes bizarres de son clocher. L'édifice entier, œuvre unique et singulière, frappe par un air d'étrangeté, qu'explique un examen détaillé. C'est une réduction exacte et naïve de la fameuse église de Saint-Marc de Ve-

nise, et le plus complet exemple de l'architecture byzantine on France, dont l'étude approfondie remplit les chapitres les plus importants de l'ouvrage spécial de M. de Verneilh.

Un porche de 13 mètres de saillie et de 18 mètres de largeur, supporte, adossé à des constructions du vi«ou du vn e siècle, restes d'une église latine antérieure, un clocher carré (66 mètres 60 de hauteur) à trois étages décroissant de la base au sommet et décorés, au premier, de pilastres, qui contournent une double salle ronde à arcades, voûtée intérieurement en coupole ; au second, de colonnes engagées entre lesquelles s'ouvrent des fenêtres à plein cintre; au troisième, d'un cercle de colonnettes très-sévères, inégales de hauteur et de diamètre, et empruntées telles quelles à des monuments romains. Au-dessus repose un petit dôme conique. L'inexpérience du constructeur fut reconnue si vite, qu'il fallut au bout de quelques années étayer l'œuvre, boucher en partie les arcades et murer complètement les fenêtres carrées de la base. Du haut de cette tour du x e siècle (980), on embrasse un panorama complet de la ville (s'adresser au sonneur).

Une porte gothique, à chapiteaux historiés, à double rang de pointes de diamants, séparés par un tore qui retombe sur l'imposte, ouvre dans un vestibule gracieux qui mène à l'intérieur du tem le. L'effet tout d'abord est étrange plus encore qu'imposant,tant il diffère de l'impression produite d'ordinaire par la disposition des églises chrétiennes.

Le plan intérieur est la croix grecque dont chaque branche mesure 60 mètres de longueur. Les trois nefs sont recouvertes par cinq coupoles, ayant chacune 12 mètres de diamètre et sous clef 25 mètres 50 centimètres de hauteur à partir du sol. Trois coupoles recouvrent la nef principale. Les grands arcs de ces coupoles forment deux segments de cercle très-distincts, spécimen sans doute des plus vieilles ogives de France. Ils reposent sur vingt panaches et pendentifs que portent douze énormes piliers carrés (6 mèt. de largeur sur 13 mèt. 30 cent, de hauteur), ornés, aux deux tiers de leur hauteur, d'un simple cordon et traversés par des couloirs voûtés qui ressemblent à des nefs latéral es, en tourant la salle d'un entre-croisement des plus heureux. Une rangée d'arcades en fausse architecture contourne le chœur.

A l'orient des transsepts s'ouvraient deux absides secondaires. L'abside du transsept nord a fait place, au xvi* siècle, à la paroisse Sainte-Anne, aujourd'hui détruite et qui servit pendant la Révolution de salle décadaire. H n'en reste plus que de belles colonnes, qui décoraient autrefois l'entrée. L'abside du transsept sud, terminée en cul de four, Lasse au dedans, au dehors d'une hauteur excessive, dépasse l'hémicycle et s'appuie sur deux rangs de pilastres qui servent à la fois d'ornement et de soutien. .11 y a quelques années elle a été restaurée par l'architecte Catoire.

Les deux nefs latérales ont seules des portes monumentales ouvertes sur leurs flancs. La façade du nord, percée d'une porte refaite en 1581, date inscrite sur un des voussoirs, se couvrait d'un porche immense de 25 mètres qui l'enveloppait tout entière. Une longue chapelle et plusieurs maisons particulières s'en partageaient l'intérieur. Elle est aujourd'hui radicalement dégagée par deux larges rues , l'une latérale , l'autre transversale, qui forme avenue jusqu'à l'esplanade de Tourny. Toute cette façade du reste est rajeunie. L'entré;;, au sud, était aussi précédée d'un porche, mais en bois, auquel menait un perron de trente marches. Quant à la porte elle-même, carrée et haute de plus de 4 mètres, elle détache encore de la muraille nue son tympan arrondi et quatre grosses consoles dont une porte un lion en basrelief.

Tout autour et à l'extérieur de l'édifice règne un entablement continu, sur lequel s'appuient, appliqués aux voussoirs des grands arcs intérieurs, douze frontons, couronnement des douze pans de murs, percés de triples fenêtres à plein cinlre, qui forment le développement extérieur de la croix grecque. Les huit extrémités de la croix sont masquées par des piliers que terminaient des pyramides encadrant les frontons et formant symétrie avec les coupoles.

C'est par l'extérieur que l'on pénètre dans des cryptes régnant entre les piliers de la coupole orientale et une partie du transsept, caveaux de sépulture, la plupart taillés simplement dans le roc, et à deux étages sous l'abside secondaire. On leur attribuait des propriétés extraordinaires pour la conservation des corps. Un de ceux de l'ouest, qui conserve des traces de peintures très-

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anciennes, passe pour occuper remplacement même du tombeau de saint Front.

Cet admirable édifice, type primitif en France d'une architecture dont l'influence se reconnaît dans tout le Périgord et le Midi, est l'objet, sous la direction de M. Abadie, d'une restauration, ou pour mieux dire, d'une reconstruction à peu près complète. Les toits en ardoise sont un à un successivement remplacés par le dôme de coupoles dans l'ancien style et sur l'ancien plan. Celles du nord et du carré du transsept sont achevées. Celle du sud, reprise à deux fois, monte à hauteur du couronnement. Restent à réédifier la coupole de la nef et celle de l'abside. Les travaux terminés en auront fait un monument tout nouveau, non sans quelque reproche légitime peut-être des archéologues. Le transsept nord seul est livré au culte. Le chœur, au lieu d'occuper sa place sous la troisième coupole, est installé provisoirement dans une chapelle gothique bâtie en 1337 par le cardinal de Talleyrand et restaurée en 1583, comme en fait foi la date inscrite sur un des voussoirs. L'autel et les gradins en marbre blanc veiné de Carrare, proviennent de la chartreuse de Vauclaire. Dans l'ancien chœur, qui sert actuellement de chantier, se remarque un immense retable en chêne sculpté (9 mètres kO centimètres de hauteur sur 11 mètres 10 centimètres de largeur), travail du jésuite Laville qui y occupa dix ans de sa vie. L'œuvre en son ensemble est mutilée; une partie a été portée à l'église Saint- Étierfne, mais la scène principale, bien complète, représente une Assomption. L'artiste a eu, dit-on, l'intention de prêter à la Vierge la figure d'Anne d'Autriche. Au-dessus, le Père éternel plane entre deux anges. En bas, les douze apôtres, plus grands que nature, et dans des attitudes diverses et plus ou moins forcées, remplissent le cadre. La seule aile qui reste, bordée comme le groupe central, de deux colonnes torses, contient un ange qui, correspondant avec une Vierge placée dans l'autre aile, formait une Annonciation. D'innombrables détails de fleurs et d'animaux, oiseaux, singes, loups, écureuils courent entre les colonnes dont les panneaux offrent en bas-relief plusieurs scènes de la vie de la Vierge, entre autres sa naissance. 11 s'en faut que toute cette ornementation à demi matérielle ou mystique soit suffisamment de bon goût ou

môme d'une main toujours sûre. L'œuvre entière nettoyée et vernie doit être remontée sous la coupole sud et y servir d'autel, près du tombeau du dernier évêque Jean-Baptiste-Araédée- Georges Massonnais. On l'y voit couché en habits pontificaux sur un lit de parade. Quatre anges soutiennent les coins du linceul. C'est d'ailleurs , tout ce que présente Saint-Front d'étranger à son œuvre môme, dont l'intérêt propre est dans l'originalité de sa conception et dans sa splendide nudité.

Saint-É tienne, l'église de la cité, est restée jusqu'en 1669 la cathédrale de Périgueux, et suivant même quelques auteurs n'aurait fait que s'approprier l'ancien temple de Mars dont l'existence d'ailleurs est loin d'être démontrée. Ravagée et en partie démolie en 1577 par les protestants, elle fut restaurée en 1620 sur l'ancien plan, qui forme un parallélogramme de 43 mètres de longueur sur 33 de largeur. Elle comprend deux parties, de façon et de style bien distincts. Celle de l'est remonte au moins au xi e siècle. Sa coupole, plus basse, plus étroite et encore moins ornée que celle de Saint-Front, est le seul reste du monument primitif, qui en comprenait deux autres précédées d'un clocher aujourd'hui démoli. Suivant un excellent juge, M. ViteJ, ce serait une œuvre contemporaine, antérieure même peut-être à l'édifice de Saint-Front, et comme le premier et timide essai d'un style étranger, que l'église abbatiale -aurait développé avec l'aide de plans et de dessins envoyés de Venise. L'autre partie de l'œuvre est du xvm e siècle et n'a guère rien de remarquable. Elle est restée d'ailleurs inachevée.

On descend par sept marches dans une première salle à peu près carrée, que recouvre la coupole. Les pendentifs reposent sur d'énormes piliers, reliés longitudinalement par des arcs à plein cintre dont la profondeur contient à droite un autel de la Vierge en bois sculpté, auquel ont été ajoutés une statue et quelques ornements dorés. Tout à l'entrée , à droite, une belle porte à voussoirs romans, ornementés de feuillages et de rinceaux entre-croisés, s'encadre entre des colonnes modernes surmontées d'antiques et bizarres chapiteaux historiés. Les pilastres qui soutiennent en partie le couronnement triangulaire sont formés d'anciennes pierres. tombales, dont une porte la croix inscrite dans un cercle ;

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