EXCURSION AU TOULON ET A CHANCELADE
Un immense faubourg s'est presque tout d'un coup formé le long de la route de la Rochelle, au nord-ouest de Périgueux, pour desservir les nouveaux besoins concentrés autour du personnel des ateliers et de l'exploitation. Des deux bords de la route s'élèvent à demi terminés les maisons blanches, les hôlels, les guinguettes et les dépendances sans fin de la gare. On laisse à droite le nouveau séminaire ; et plus loin, une arche de quatre mètres, construite en 1788, tout près d'un ancien pont romain, qui n'a disparu complètement qu'en 1821, franchit le ruisseau du Toulon dont la source bout à quelques pas, mettant en mouvement dès sa naissance deux moulins, une fabrique de cadis et d'étamines. et une scierie mécanique. A sa sortie du roc calcaire, c'est un abîme, couvert de joncs, de mousse et de nénuphars, dont on n'a pu mesurer la profondeur. Le débit apparent de l'eau en cet endroit est de 1200 mètres cubes par 24 heures, mais, dans l'intérieur du gouffre s'ouvrent des fissures bien autrement importantes, puisque le débit journalier est évalué à 26 000 mètres cubes. A 300 mètres de là, c'est presque une rivière, qui va se perdre dans 1111e. Deux inscriptions du musée de Périgueux attestent que la source fut utilisée par les Romains, qui en vénéraient les bienfaits. Le populaire, touché d'autres superstitions, on rapporta l'honneur légendaire à Charlemagne. L'ennemi
avait empoisonné Tille; l'armée franque, campée dans la plaine, allait périr de soif et de misère, quand le grand empereur, frappant le sol de la pointe de son épée, en fît ruisseler la source libératrice. — On continue de suivre de près à gauche le cours de la rivière. A droite on rencontre la briqueterie importante de M. Auguste Mie, à Pangle de laquelle on quitte la route de la Rochelle pour prendre à gauche celle de Ribérac, qui longe et contourne un coude de la rivière et ne tarde pas à franchir la Beauronne, un peu au-dessus de son confluent. Le pont passé, un chemin de grande communication remonte à droite et conduit directement jusqu'à (5 kil.) Chancelade.
Ce petit village, aujourd'hui oublié, sur le bord de la Beauronne, était le siège d'une riche abbaye fondée vers 1 120 et dont l'église, toute mutilée, attire encore les visiteurs. Les Anglais s'y étaient installés au xiv e siècle et de là tenaient le pays jusqu'à Périgueux. Les protestants y passèrent à leur tour et mirent tout • au pillage (1575). Une partie de l'œuvre actuelle date de la restauration opérée en 1623 par l'abbé de Solminiac. — La façade est des premiers temps de l'édifice. La porte, à triples voussures romanes entremêlées de tores en échiquier, se cache à demi derrière un revêtement moderne de plâtre et de bois, formant porche et comme un étage supérieur. Quatre fausses arcades romanes la couronnent encore, le cintre flanqué de chapiteaux mutilés et surmonté d'un fronton nu. Au coin du mur, trois belles colonnes antiques restent suspendues sans destination. Le clocher carré se décore sur chaque face au premier étage de triples fausses baies d'ogive, bordées d'un cordon de dents de scie. Le second étage est percé de trois baies étroites dont une, en forme de meurtrière, éclaire une chambre intérieure disposée comme une salle de gardes. Le faite est démoli et recouvert de tuiles.
On descend par quatre marches dans une salle carrée, nue, coupée en hauteur par un plancher. Un second escalier de six marches conduit par une large baie en plein cintre dans l'église. La nef (40 mètres de longueur sur 30 mètres de largeur) se divise en quatre travées par des arcs d'ogive dont le faisceau s'interrompt à la hauteur de fenêtres coupées par des meneaux tréflés. Les clefs de la voûte portent, entre autres écussons, une fleur
PÉRIGUEUX. — CHANCELADE.
de lis. — Quatre arcs ogivaux encadrent le carré du transsept que recouvre une coupole. Le chœur possède de" jolies stalles du xvii* sièc'e.
Sur la route môme, un peu avant qu'elle atteigne le village, à l'entrée du cimetière qui n'en est séparé que par un étroit sentier, subsiste encore une antique chapelle contemporaine de l'église (xu e siècle). Les quatre voussures à retrait de son porche roman s'appuient sur des groupes de colonnettes à chapiteaux formés d'un double dé. Au-dessus court une frise soutenue par sept modillons, dont le quatrième contient une fleur de lis. Le fronton, surmonté d'un pignon aigu, est percé d'une baie romane que couronne un tore en échiquier. Un chevet rond, éclairé de petites fenêtres encadrées de colonnes, termine l'édifice, qui sert aujourd'hui de grenier à foin.