QUATRIÈME SECTION
La voie de fer, rasant de près la cité et la ville sans y pénétrer, laisse à droite la cheminée du gazomètre, le champ de courses, remplacement désigné d'une future manufacture de tabacs, un peu plus loin, la tour de Vésone, que la vue embrasse tout entière; à gauche, le préau, dans lequel fut découverte récemment une mosaïque; — et, au-dessous du faubourg des Barris, elle traverse Tille, découvrant par deux fois entre deux tranchées une perspective complète et variée sur la colline où se dresse au-dessus des maisons échelonnées de Périgueux la grande masse de Saint-Front. On longe ensuite, à gauche, un cimetière, des fermes, une belle vallée fermée sur l'autre rive de Pille par de hauts coteaux, qui se chargent de vignes en se rapprochant de la voie. Tout près à droite, se montrent le village de Boulazac (694 hab.) avec son clocher aigu accosté de deux maigres clochetons, — plus loin, des côtes droites et boisées. Vis-à-vis d'un étroit vallon, bordé par un petit ruisseau, on entrevoit au milieu des peupliers les toits rouges du village que dessert la station voisine de Niversac.
63* STATION. — NIVERSAC
il kil. de Périgueux. — 510 kil. de Paris. — 141 kil. d'Agen.
La station de Niversac est un point isolé, et il y a quelques années à peu près sans nom, de la petite commune de Saint-Laurent- sur-le-Manoir (420 hab.). Le Manoir est un petit ruisseau qui naît au pied des coteaux de Thenon et va se jeter dans 1111e au-dessus de Périgueux, mais non sans se perdre plusieurs fois pendant ce court trajet (30 kil.) dans les terres, sous lesquelles il forme des espèces de marécages d'où il ressort comme par de nouvelles sources.
NIVERSAC. — LES VERSANNES. 323
Au sortir de Niversac se détache à gauche l'embranchement de la ligne de Brives, tandis que la voie d'Agen s'engage, entre deux coteaux resserrés, longeant à droite un petit bois, à gauche, une vieille ferme avec tourelles et le puissant contre-fort montagneux, qui sépare brusquement les routes de Lyon et de Cahors. C'est cette dernière, que l'on va suivre tout du long et de très-près à gauche en gravissant péniblement, au travers de rapides coteaux boisés, une rampe de 14 kilomètres ayant une inclinaison de 5 à 10 millimètres. On passe ainsi, sans le voir, à quelques kilomètres de Marsaneix (954 hab:) renommé dans le pays pour ses ânes , ses bois de chauffage , son charbon , ses poires et que signalent aux géologues des amoncellements inouïs de quartz et de silex. On entrevoit à gauche la vallée d'un petit ruisseau qui descend de Saint-Geyrac (708 hab.). Un palier de quelques mètres offre un point d'arrêt, après une montée des plus rudes, au village des Versannes.
64* STATION. — LES VERSANNES.
7 kil. de Niversac. — 18 kil. de Périgueux. — 134 kii. d'Agen.
Le bourg de Ladouze (970 hab.), centre de la commune, borde à 3 kilomètres de la station, au sud, les deux côtés de la route de Cahors. V église, placée un peu en avant, à droite, est un édifice assez remarquable à voûtes ogivales du xvi« siècle, précédé d'un curieux portail dont les arcs en retrait enchevêtrent les uns aux autres leurs sommets aigus. Elle possède de plus, pour attirer une visite, des fonts baptismaux cylindriques, chargés de figures fantastiques, une chaire semi- octogonale en pierre, dont les panneaux, divisés par des pilastres, contiennent les médaillons des quatre Évangélistes avec une inscription qui assigne à tort la date de 1347 à la construction de l'église, et un intéressant retable d'autel. Il y a quelques années, on y voyait encore le tombeau de Pierre dMbzac, archevêque de Narbonne, mort le 23 mai 1502, dont la statue en habits pontificaux figurait couchée sur le couvercle du cercueil, ce dernier et respectable monument a été détruit par le curé, qu'il gênait.— 11 ne reste plus trace de l'ancien château, rasé par arrêt du Parlement, à la suite de la condamnation capitale portée contre le seigneur. L'abbé, récemment con-
sacré, des Trappistes, qui ont entrepris le dessèchement des marais de la Dombe, en religion Marie- Augustin, s'appelait dans le monde le marquis d'Abzac de Ladouze.
La voie croise la route de Cahors, le ruisseau, le chemin de Saint-Geyrac, et se reprend à monter lentement, lourdement sur le flanc d'étroites côtes boisées ou pelées par bandes rougeâtres. Les cimes s'abaissent sans que l'horizon s'élargisse au delà de landes ou de maigres taillis. Un petit aqueduc -passerelle traverse le ruisseau de la Roussière tout aux abords de la station. La gare est la seule maison qui s'élève à perte de vue sur le plateau couvert d'arbres rabougris.
65» STATION. — LA GÉUE- 7 kil. des Versannea. — 25 kil. de Périgueux. — 127 kil. d'Agen.
La Gélie est une habitation bourgeoise qui donne son nom à la station voisine , perdue au milieu des bois sur l'arête des deux versants et au faite môme delà rampe (205 mètres), qu'on a eu tant de peine à escalader. Le centre de la commune est à 1 kilomètre vers le sud, en bas du coteau, à Saint-Fèlix-de- Reillac (677 hab.). Un chemin sinueux qui rampe dans le coteau, conduit de là directement par la Ferrarie et Saint-Cernin à (6 kil.) Rouffignac (2640 hab.), dont l'église est un magnifique édifice de la Renaissance. C'est aussi sur l'extrême confin de la commune de Rouffignac que se trouve la fameuse grotte de Miremont ou de Granville, que nous conseillons d'aborder de la station des Eyzies par un chemin un peu plus long peut-être, mais plus facile et plus agréable (K. ci-après p. 331).
Dès au sortir de la station, établie à peine sur un étroit palier, la voie s'engage dans la descente avec une pente de 10 millimètres, à travers de nombreux ouvrages d'art. Un tunnel, long de 370 mètres et suivi d'une tranchée rocheuse, pénètre tout au départ sous l'ancienne route de Lyon à Bordeaux. 3 kilomètres plus loin on passe sur le viaduc du Colombier (6 arches de 12 mètres chacune d'ouverture). On n'aperçoit que des landes. Un instant sur la gauche, la vallée, que l'on domine et dont on suit la courbe à mi-hauteur, se hérisse d'éperons ardus, entre lesquels s'ouvrent de maigres sillons de verdure. Les tranchées
LA GÉLIE. — MIREMONT. — MAUZENS. 325
se succèdent sur le flanc de la pente jaune et chenue, à peine parsemée de loin en loin de petits groupes de maisons. A 1 kilomètre de la station on atteint le ruisseau de la Loulie, que Ton traverse, ainsi que le chemin de Bergerac à Terrasson, sur un viaduc de 11 arches (12 mètres d'ouverture).