STATION. - MIREMONT ET MAUZENS
9 kil. de la Gélie. - 34 kil. de Périgueux. — 118 kil. d'Agen.
Miremont s'élève au-dessus d'un vallon étroit et profond, arrosé par le ruisseau de la Forge-Neuve, qui descend de Saint- Gernin et va se jeter dans la Vezère à Laugerie. Un chemin qui remonte le ruisseau conduit, par la rive gauche, du Bugue à Rouffignac. La pente abrupte, sur laquelle s'étage le village, est chargée des ruines du vieux château féodal abattu seulement en 1793. On l'entrevoit sur la droite en passant, ainsi que Yèglm.
— Mauzens, agglomération principale du groupe, à 3 kilomètres vers l'ouest, forme avec Miremont une commune de 107d habitants.
— On peut, si Ton ne doit pas s'arrêter aux Eyzies , descendre à Miremont chez Fontalivan, pour l'excursion à la grotte de Granville (5 kil.). V. p. 331.
"Au sortir d'une petite tranchée , et vis-à-vis du village de Savignac (405 hab.), assis à droite sur la pente du coteau, on traverse le beau viaduc du Souffron à 8 arches de 12 mètres d'ouverture, jeté au-dessus du ruisseau de Savignac et du chemin du Bugue. On les suit longtemps l'un et l'autre le long de l'étroite lisière de verdure, qui sépare les deux coteaux rapprochés. Une courte tranchée débouche sur un joli petit vallon que franchit un viaduc de 9 arches dit de Lortal. La vue, plus libre, plonge sur des étages de collines, qui entr'ouvrent au passage des paysages nouveaux, mais sans étendue. On traverse en pleine rue le village de Manaurie (418 hab.) dont les maisons touchent la voie; et, au point où finit la rampe, s'ouvre le petit tunnel de Laugerie, .long à peine -de 80 mètres, et qui aboutit à un pont biais de 6 arches de 13 mètres d'ouverture, jeté sur la Vezère, un peu au-dessus et presque vis-à-vis du village de Tayac, dont on rase l'église. La vallée se prolonge à gauche tout ombreuse et semée de riants villages, tandis qu'à droite d'immenses escar-
pements de rocs à pic encaissent la voie. Rien n'est étrange comme ce débouché sur la Vezère, qui de sa source d'ailleurs à son embouchure s'est frayé un parcours d'une beauté particulière et singulièrement pittoresque. Née au plateau de Millevaches, près d'une chapelle en ruine, au pied du signal de Meymac, le point le plus élevé de cette partie de la France, elle traverse l'étang des Oussines, longe les montagnes de Barsanges, passe près du Bugeat, forme, à 6 kilomètres au-dessous de Treignac, la magnifique cascade du saut de la Virolle, cachée au fond d'admirables gorges boisées, baigne Treignac, contourne Uzerche, passe à Vigeois, coule, en écumant sur des rochers de granit au fond de la gorge du Saillant, la plus pittoresque du Limousin, se double de la Corrèze, rencontre le pont viaduc de la ligne de Périgueux à Brives, et, au-dessous de Larche, entrant dans le département de la Dordogne, passe à Terrasson, à Condat, où elle reçoit le Gern et le Goly, à Montignac, à Thonac, à Sergeac, à Tayac, au village môme des Eyzies, s'unit avec la Beune, contourne le Bugue, et, après avoir croisé par trois fois la ligne de Périgueux à Agen, va se jeter dans la Dordogne vis-à-vis du Limeuil (192 kil.)» calme et verdoyante et d'un cours rapide et presque toujours égal, alimenté sans fin par les mille filets d'eau des montagnes et plus bas par de fortes sources, dont les plus belles sont la Couze et le Coly.
67« STATION. — LES EYZIES.
7 kil. de Miremont. — 41 kil. de Périgueux. — ni kil. d'Àgen.
Voitures publiques : 2 fois par jour, pour Sarlat. — Hôtel Laganne.
La station des Eyzies, une des plus intéressantes du réseau, se trouve à peu près à mi-chemin (5 minutes), entre le village des Eyzies à droite et celui de Tayac, à gauche, centre de la commune (U29 hab.). V église, qui n'est séparée de la voie que par un étroit chemin, présente en façade un mur droit et carré, bâti en appareil régulier; dans lequel s'enfonce, surexhaussé de sept marches, un porche formé de six voussures à retrait entremêlées de tores que portent de minces colonnettes, tandis que les courbes des autres arcs prolongent leurs claveaux jusqu'à terre. A peine quelques moulures, en partie brisées, décorent le rinceau exté-
LES EYZ1ES. — TAYAG.
rieur de la baie, et au-dessus de la porte même le dernier arc intérieur se recourbe en ondulations, dont le repli forme le cintre. Les deux premiers piliers qui sont en marbre, proviennent, comme deux au moins des chapiteaux, d'un édifice évidemment encore plus ancien. Nulle part d'autre ornement que trois lignes de pierres nues, et pour étais deux contre-forts; au dernier ordre, trois petites fenêtres rondes accouplées. Le chevet se termine même par un mur plat et nu, que soutiennent trois hauts piliers couronnés de fausses arcades et qui se prolonge au-dessus de Fœuvre par une seconde face nue et carrée, flanquée autrefois aux angles de fortifications et portant les restes d'un clocher carré, tout démantelé. La nef, va3te et obscure, est divisée en deux bas côtés par deux rangs de piliers hexagones, informes et nus et comme inachevés, ronds à la base et grossièrement évidés à la retombée des arcs dont l'ogive est à peine indiquée. Trois fenêtres rondes creusées dans le mur donnent un étroit passage au jour jusqu'au chœur, surexhaussé de cinq marches. Aucune trace n'apparaît de moulures quelconques dans cette curieuse et bizarre église (xi e -xu e s.).
Le village des Eyzies se groupe à droite et à 1 kilomètre de la gare. Deux usines, une forge et une tréfilerie, dont l'activité a été momentanément sans doute suspendue par la brusque déclaration du traité de commerce, y occupait plus de 400 ouvriers, un haut fourneau et les diverses industries qui en pouvaient vivre. Une croupe énorme, toute festonnée de gerbes de roc épanouies, s'évase et se recourbe à demi dans des soubresauts excentriques au-dessus même des maisons. A l'angle extérieur de l'éperon et dans le cœur du massif qui surplombe, s'étagent les quatre murs d'une tour carrée, derniers débris d'un château détruit, et, aux alentours, dans les plus vieilles masures, quelques baies ogivales ou des croisées à meneaux rompus. Au-dessus et tout du long du village et vis-à-vis, sur l'autre bord de l'étroit vallon, formant un cirque gigantesque, se dressent d'un seul bloc les flancs dénudés d'une roche bleuâtre comme rongée par le double et triple reflux d'un flot irrésistible ou le sillon continu d'antiques cascades, dont la Vezère et la Beune, qui se réunissent en bas, rappellent le sourd bruissement. Presque vis-à-vis du confluent des deux
rivières, s'élève sur une riante terrasse l'hôtel Laganne, dont l'hôte, jeune homme instruit et intelligent, a pris une part active, sous la direction directe de MM. Ghristy et Lartet. aux découvertes qui ont signalé si particulièrement cette localité aux in- • vestigations persévérantes des archéologues et des anthropologistes.
Toute la falaise, qui enceint le village sur la rive droite de la Vezère et la rive gauche de la Beune, est creusée profondément de grottes antiques, dont une des plus remarquables, la grotte de Font de gomme, a plus de 300 mètres d'étendue. Mais c'est dans l'intérieur même de Tare formé par les rivières et sur une saillie en plate-forme de la côte crayeuse dont la crête envoûtée semble prête à s'effondrer sur le village, que se cache la caverne où, pour la première fois, des traces étranges et la rencontre inattendue d'objets d'une provenance inconnue attirèrent l'attention et motivèrent des fouilles. On y parvient de l'hôtel même par un étroit escalier taillé dans le roc et un sentier de chèvre à peine bordé d'un garde-fou tremblant. La grotte s'ouvre à 35 mètres au-dessus du niveau du cours de la Beune, à quelques centaines de mètres de son confluent dans la Vezère et près des bâtiments de la forge aujourd'hui en chômage. Elle occupe une superficie de 12 mètres de profondeur sur 16- de largeur, dans le roc creusé en voûte à une hauteur actuellement de 6 mètres depuis le déblaiement du sol. C'est là qu'a logé et séjourné pendant des siècles peut-être une race d'hommes contemporains d'une nature si bien renouvelée, que l'âge même n'en peut être approximativement déterminé. Les traces de constructions qui apparaissent à l'extérieur sur le prolongement de la plate-forme sont d'une époque relativement récente, et semblent être d'anciennes écuries disposées pour 14 chevaux dont on croit reconnaître les crèches ou mangeoires; mais à gauche, et percé, dans un pan de la falaise, une sorte d'anneau de pierre servait d'attache sans doute à quelque bac ou passerelle, pour la communication des premi' rs habitants avec les casernes des plates-formes voisines.
La découverte de silex taillés, signalée en 1862 à MM. Lartet et Ghristy, amena dans le pays ces deux savants, voués depuis plusieurs années à des études spéciales sur l'antiquité de la