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LES EYZIES- — ANTIQUITÉS ANTÉHISTORIQUES

race humaine. Des fouilles furent entreprises simultanément à la Gorge d'enfer, à Laugerie haute, à Laugerie basse et aux Eyzies. Le sol de la grotte offrit à lui seul, sur toute sa superficie, près d'un mètre en hauteur de concrétions ossifères, restes de festins antiques. C'était, comme darfs un plancher continu, un amalgame compacte d'os fragmentés, de cendres, de débris de charbons, d'éclats et de lames en silex et en bois de renne travaillés. Sauf un coin de la grotte, laissé à dessein intact comme spécimen, toute cette couche solide, divisée par plaques et découpée avec soin, a été dépouillée et passée au crible. Parmi les innombrables objets]ainsi recueillis à pleines mains, abondaient les silex taillés de toutes formes, en manière d'armes ou d'outils, des flèches aussi et des harpons en bois de renne, une espèce de sifflet, et, fait unique et plus surprenant, jusqu'à des images et des représentations d'animaux gravés sur des fragments d'une roche schistoïde assez dure, avec une pointe sans doute de silex ou de cristal de roche. Ce sont entoutcasbien assurémentles premiers exemples connus de la gravure sur pierre, dont un dessin parait figurer un élan. Parmi les ossements d'animaux, on a reconnu ceux du cheval, du bœuf, du bouquetin, du chamois, du cerf, du renne surtout, des débris d'oiseaux et de poissons , un fragment de défense d'éléphant, quelques vertèbres de lièvre ou d'écureuil, et par une rencontre exceptionnelle un métacarpien du petit doigt d'un jeune felis de très-grande taille (felis spelxa?). En même temps que ces recherches se poursuivaient sur place, des brèches du sol, portant témoignage de la sincérité du travail et de la libéralité intelligente des savants, étaient adressées en dons aux principaux musées de l'Europe et conservées dans ces collections ou en partie explorées. Le fragment reçu au British- Muséum contenait entre autres débris une aiguille en bois de renne, et celui de Vienne, une incisive humaine.

Le village de Laugerie se rencontre presque vis-à-vis Tayac, sur la rive droite de la Vezère, un peu au-dessous du viaduc. Sur un escarpement de 112 mètres, qui borde tout le contour de la rivière, presque au ras de l'eau, un gisement de débris organiques (de 1 à 2 mètres 30 d'épaisseur), remarqué et fouillé, livra des produits similaires à ceux provenant de l'intérieur des grottes,

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sauf un plus grand nombre peut-être de têtes de lances en silex soigneusement taillé, d'autres inachevées, et semblant indiquer l'emplacement d'une fabrique. A 300 mètres en aval, et à 70 mètres du lit de la Vezère, un nouveau gisement dit de Laugerie basse, en partie encavé sous un profond rocher, a présenté une assise de débris de 3 mètres d'épaisseur, reproduisant les traces d'une faune analogue. La spécialité de cet atelier semble pourtant s'être appliquée au travail des bois de renne, qui abondent, sciés régulièrement quoique évidemment sans l'aide d'instruments métalliques ainsi que des aiguilles de toute longueur percées d'un chas, des outils ornés de reliefs sculptés et d'ornements d'une certaine élégance, des espèces d'amulettes ou des bijoux de toilette, et, singularité plus curieuse encore, des représentations d'animaux gravées au simple trait sur les empannures des bois de renne ou quelquefois relevées en relief ou en ronde bosse sur le merrain, avec une fermeté de main qui ne trahit aucune hésitation. La pièce capitale est une sorte d'épée dont la poignée est taillée et dégrossie en la forme d'un animal inconnu, les jambes de devant allongées, celles de derrière accroupies. Enfin, en mai 1864, cinq fragments se sont rencontrés d'une lame assez épaisse détachée d'une grosse défense d'éléphant, qui réunis, laissent facilement distinguer les contours gravés au trait d'une tête de mammouth. On en a conclu, peut-être avec quelque témérité, la coexistence de l'homme et des grands herbivores ou carnassiers aux premières phases de la période quaternaire. Mais tous ces faits suffisent au moins à démontrer amplement la résidence dans ces pays d'une race antéhistorique, contemporaine au moins du renne, et dont les mœurs rappellent celles des Esquimaux, n'étaient quelques instincts pratiques d'art et de luxe qui semblent en devoir laisser une idée supérieure.

Les résultats de ces fouilles, qui ont intéressé et ému tout le monde de la science, ont été résumés par MM. Lartet et Christy, — ce dernier mort déjà à la peine — dans un mémoire de la Revue archéologique (avril 1864) qu'accompagnent de curieuses planches. Un magnifique ouvrage en voie de publication va populariser ce travail. Le dépôt des collections, chaque jour augmentées de découvertes nouvelles, reste aux Eyzies mêmes, confié à

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