‹ De Paris a AgenChapitre 140 sur 154 · STATION. — SAUVETERRE DE FUMEL · texte numérisé non relu

STATION. — SAUVETERRE DE FUMEL

6 kil. de yillefranche. — 94 kil. de Périgueux. - 58 ML d'Agen.

593 kil. de Paris.

Sauveterre (1354 hab.) dépend du canton de Fumel (14 kil.), de l'arrondissement de Villeneuve (40 kil.) et du département de Lot-et-Garonne. Le village, avec son église ogivale, est assis, au bas de la côte, un peu en avant de la station, sur la rive gauche de la Lemance. A pic, sur le faite d'un sommet boisé, s'élève le vieux château, dont la courtine délabrée s'allonge entre trois tours rondes à demi écroulées. Le pays vivait surtout du travail des nombreuses forges et usines jadis installées sur les ruisseaux, mais depuis plusieurs années en détresse.

La vue s'étend un instant à gauche, bientôt resserrée entre une suite de tranchées. La route, qui suit la voie depuis Villefranche, longe la rivière et de plus près encore le pied de la côte, se 'rapprochant avec elle, à mesure que le vallon va se rétrécissant des deux bords. A 1 kil. de Sauveterre, un ponceau de 3 mètres croise le ravin des Fillols. Vis-à-vis, sur la rive gauche, s'entrevoient

SAUVETERRE. — CUZORN

les forges de Grèze, où ^'accumulent, au moindre arrêt des machines, les eaux de la Lemance, et tout près, sur une côte, le vieux castel de Bagel avec deux tourelles habitées. Le vallon s'ouvre à gauche tout coupé de monticules, tandis qu'à droite la voie court le long d'une pente douce et de la route départe mentale, jusqu'au village de Saint-Front, qu'elle traverse en vue de sa vieille église, semblable à un château fort. Un peu audessus du village, un pont de deux travées de 4 mètres a franchi la Lemance, qui s'accroit à partir de Saint-Front, par la rencontre de nombreux ruisseaux et de sources vives. A l'entrée même de la commune de Cuzorn, on aperçoit à droite la papeterie de Ratter au bord du ravin de Bourdiel, sur lequel passe un ponceau de 3 mètres, — un autre sur le ruisseau de la Capoulette. Trois ponts, dont deux de 14 mètres d'ouverture, séparés par le petit tunnel de las Tuquettes (65 mètres), franchissent*les divers replis de la Lemance.

75« STATION. — CUZORN.

9 kil. de Sauveterre. — 49 kil. d'Agen. — 103 kil. de Périgueux.

Cuzorn (1435 hab.) s'aligne sur la rive gauche de la Lemance dont les eaux rapides et bruyantes alimentent de nombreuses usines et une verroterie. Le roc, où s'adossent les maisons, porte quelques débris d'un vieux château, sans histoire, détruit pendant les guerres de religion. Plus bas, à 1500 mètres du village, sur la route qui longe la rive droite de la Lemance, un chemin, s'embranchant sous la butte de Pombié, remonte vers le nord-ouest et conduit à Gavaudun (6 kil.), pauvre hameau du canton de Montflanquin, sur la rive gauche de la Lède. Du haut de la croupe d'un roc énorme, taillé de toutes parts à pic, sur une base d'une tren- • taine de mètres en hauteur, double du côté de la rivière, surplombent deux énormes tours, dont une surtout, quoique à demi démolie, se présente encore formidable. Les murs du château suivaient tous les contours du rocher. Au milieu s'abritaient un beau jardin et un puits. Un escalier entaillé descendait du faite, s'interrompant avant d'atteindre le sol inférieur avec lequel il ne communiquait que par une échelle mobile. Ruiné une première fois par l'évêque de Périgueux . Jean d'Assida, qui en expulsa, a

la tête d'une véritable croisade, un parti d'hérétiques (xn e siècle), le château fut reconstruit sur ce site nouveau, réputé inexpugnable et où il se maintint debout jusqu'à la Révolution. Au pied, à quelques pas de la masse à demi ruinée, une dépendance de la forteresse contient la mairie; une autre, l'école. Tout le long du village et pendant quelque temps encore, la Lède s'écoule entre une étroite bordure d'entassements de rocs gigantesques. En suivant ces pittoresques rives, on arriverait en quelques heures à Biron, dont le groupe puissant attire de loin les yeux à l'horizon.

La rampe aux approches de Guzorn s"est déjà fort adoucie et va s 'affaiblissant jusqu'aux abords du Lot. A 1 kil. de la station, la voie contourne le pic de Pombié, qui se dresse à gauche, et franchit presque immédiatement le ruisseau de la. fontaine de la Barthe. La vue, dégagée , plane à l'aise sur une admirable plaine, derrière laquelle s'étage, comme un second horizon de côtes escarpées, le redan supérieur de la vallée encore inabordée du Lot. On suit de tout près le cours étroit et tranquille de la Lemance, en croisant au passage deux petits affluents, entre autres, le ruisseau de Lastancon sur un pont de 6 mètres, et deux petits hameaux. A gauche se montre le gros village de Libos, quand déjà on a devant soi, sur la hauteur, les maisons échelonnées de Monsempron dont on traverse les jardins.

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6 kil. de Cuzorn. — 109 kil. de Périgueux. — 43 kil. d'Agen.

Monsempron offre extérieurement l'aspect d'un gros bourg (918 hab.). La ligne des maisons basses et grises s'allonge sur le faite du coteau, d'où descendent des écarts nombreux éparpillés sur les deux pentes. Du milieu du groupe s'élance une maigre tourelle accostée d'un tourillon, et à la pointe extrême de l'alignement, la masse nue de V église surmontée d'un lourd clocher. De la hauteur ou seulement de la gare, une admirable perspective s'ouvre à découvert sur la vallée incomparable du Lot, chargée de luxuriantes cultures, blé et maïs, vignes et fruits; le blé, la vigne et toute la plaine entremêlés de ces pruniers d'ente, richesse et renom de l'Agenais. Au fond, des pentes

MONSEMPRON

douces, hérissées de çà de là de pics à formes étranges : le Pé de V Estelle, au centre, semblable au piédestal ébauché d'une statue gigantesque, le castel de Péricard, Monredon, le Pé de Calvary, portant au faite, entre des bois, un vieux manoir; plus loin Penne, et, tout à Thorizon extrême, élancée comme une aiguille, Notre- Dame de Peyragude, rendez-vous en mai d'un célèbre pèlerinage. Au printemps, quand la verdure est jeune et touffue, oïl vers l'automne quand la feuille empourprée de la vigne rougit toutes les cimes, c'est un spectacle d'une singulière magnificence et tel que n'en a pas offert encore le voyr.ge depuis Paris.

Le nom de Monsempron, suivant les antiquaires, rappellerait le nom et le séjour d'un Sempronius (Mons Sempronii). De rares vestiges, quelques médailles aident à justifier l'existence de la bourgade aux temps gallo-romains. Elle était ville forte, garnie d'enceinte et de fossés, au moyen âge, et défendue par un château dont la petite tour isolée, s'élevant au-dessus des toits, signale seule l'emplacement. On rappelle aussi qu'aux premiers jours de la Réforme, un frère de Mélanchthon vint prêcher à Monsempron, qui conserva un temple jusqu'à la révocation de l'Édit de Nantes. Ce temple est aujourd'hui transféré à Libos.

Véglise paroissiale est un bel et vaste édifice en style roman du xn e siècle. Le portail occidental, refait en 1654 ainsi que le sanctuaire, est tout en débris. C'est une porte à double arceau, accosté de deux pilastres bas avec larges chapiteaux de style antique. A gauche point l'encorbellement en saillie d'une petite tourelle plus qu'à demi ruinée. Deux rangs de gros piliers cylindriques qui s'enfoncent de plus de 30 centimètres en terre forment dans la nef (25 mètres de longueur sur 12 de large) deux collatéraux romans de voûte plus basse, arrondie en berceaux brisés par quatre nervures diagonales. La voûte principale à plein cintre se partage en quatre travées par des arcs doubleaux qui s'amortissent en pointe, à hauteur de la retombée des voûtes latérales et des arcs doubleaux intérieurs, sur un étroit cordon ou tailloir, historié d'animaux, de têtes de bêtes et de moines, entremêlées d'oiseaux fantastiques. Le carré du transsept est surexhaussé de deux marches. Quatre énormes piliers, cantonnés de pilastres et de colonnes à chapiteaux ornementés,

portent une coupole de contours assez irréguliers, qu'éclaire au sommet un oculus circulaire. Par-dessus s'élève un clocher en forme de tour carrée, percé sur chaque face de deux longues fenêtres en plein cintre. Le bras droit du transsept n'est indiqué que par un simple évasement du mur ouvert dans un arceau ogival* Une petite colonnette, dans un des angles, porte pour chapiteau la sirène symbolique. Deux oculus, dont un bouché, l'autre paré d'un vitrail moderne , percent le mur. Au bas se montre appendu un joli Saint Jean à V agneau. Le bras gauche s'allonge en prolongement de la nef, décoré seulement de deux fausses arcades retombant au milieu du mur sur deux colonnes à chapiteaux accouplés. L'abside, plus moderne que la nef, rappelle la dernière période de l'art ogival par sa voûte à triples compartiments d'arcs en tiers point, reliés par une clef centrale entre quatre clefs médianes. Trois hautes et étroites fenêtres, occupant tout le fond de l'unique chapelle, sont remplies par une verrière neuve représentant les quatre Évangélistes. De droite et de gauche, ouvrant dans chaque bras du transsept, deux absidioles romanes, régulièrement orientées comme l'abside principale, font face aux nefs latérales. A droite, c'est un étroit hémicycle irrégulier couronné d'une coupole sombre. Le mur du fond monte creusé, jusqu'à demi-hauteur, d'un second réduit où se cache l'autel, sous une voûte à six pans triangulaires soutenus par des colonnettes à chapiteaux historiés. Deux étroites et minces fenêtres évasées y donnent jour, couronnées de fleurons et d'une guirlande de pommes de pin. L'arc en berceau, qui forme la baie principale, se pare intérieurement d'une double bande de pointes de diamants, à l'extérieur de tores enroulés de torsades et de dents de scie. — Les dispositions primitives sans doute identiques de la chapelle de gauche ont été modifiées profondément par des restaurations modernes. Sous le chœur et sous le transsept, une crypte , consacrée autrefois à des sépultures, conserve à l'une de ses voûtes peintes à fresque un Christ nimbé. L'entrée se trouve sur la gauche de l'église, dans le jardin actuel de la cure.

Derrière le jardin même, en tournant l'église, par la droite, le long de l'ancien cimetière, on rencontre la seule des trois

MONSEMPRON. — LIBOS. — FUMEL. 369

portes encore subsistantes de la ville fortifiée) large et bel arceau ogival flanqué autrefois à droite par une tour, à gauche par le rocher nu. Tout près et y attenant ainsi qu'à l'église, existait un riche prieuré dépendant de Saint-Géraud d'Aurillac, dont partie des cloîtres et le réfectoire capitulaire, avec une belle porte en pierre du xvi e siècle, s'y voyaient encore il y a cinquante ans. C'est aujourd'hui ce que les habitants appellent le château du prieur y facile à reconnaître à ses baies carrées- chargées de délicates moulures en partie brisées. Il est occupé actuellement par les Sœurs de la Croix. A côté se trouve le collège, pension ecclésiastique autrefois réputée et florissante , en ce moment encore habitée par une quarantaine de pensionnaires. — À l'autre extrémité, vers l'ouest, et au sortir de la Grande-Rue, fermée il y a quelques années à peine par une porte de ville, les restes de l'ancien mur couronné de créneaux ont une épaisseur de plus de deux mètres dans laquelle circule un couloir ; à droite s'ouvre une antique baie à doubles meneaux ogivaux tréflés, dont la colonnette centrale est brisée. La mairie, bâtiment informe, s'élève vis-à-vis, sur le champ de foire planté de vieux ormeaux. De grandes foires se tiennent à Monsempron, les 14 et le 28 octobre, rendez- vous d'affaires de tout le pays qui règlent et datent les principales transactions. '

Outre les nombreuses usines répandues le long des cours d'eau affluents de la Lemance ou du Lot, minoteries, filatures, forges, teintureries, Monsempron possède une carrière à ciel ouvert, remarquable par son calcaire marin, grossier, coquilleux, roussâtre, dont les bancs supérieurs ont jusqu'à 2 et 3 mètres d'épaisseur. On en fait des rouleaux de toute dimension. Vers le sud, sur le flanc d'un plateau incliné, au lieu appelé las Pélénos, un ancien puisard naturel, de 4 à 5 mètres d'élévation, a présenté des dépôts stalagmitites, qui, attaqués à la pioche par M. Combes, pharmacien à Fumel, dont les recherches et les collections sont également dignes d'intérêt, lui ont fourni dans un dépôt agglutiné une masse d'ossements et de silex taillés, semblables à ceux des grottes de la Madeleine et des Eyzies (1863- 1864).

C'est à Monsempron, un peu au-dessus de Libos, que vient

s'embrancher le chemin de Cahors, qui s'y relie en suivant, sans dévier, les rives du Lot.

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