EXCURSION A VILLENEUVE-SUR-LOT, EYSSES ET PUJOLS
Un service de voitures, correspondant à tous les trains, en attendant l'embranchement d'un chemin de fer actuellement à l'étude, mène en 50 minutes (80 centimes; gratis pour les voyageurs de ou pour Agen) à Villeneuve-sur-Lot (11 kil.), cheflieu de cet important canton. La route, suivant la rive gauche du Lot, traverse, entre des peupliers , sur un pont de pierre , le Baudouissou au confluent môme du fort ruisseau de Lartige. Adroite, à mesure qu'on gravit la côte, apparaissent Penne, Gastelgaillard, Port-de-Penne et Saint-Silvestre, le pont suspendu, les deux églises, le gros moulin-minoterie de la Meyrade, et, sur un coteau lointain, la tour blanche de Poulain, ainsi populairement nommée en souvenir de son premier propriétaire, qui ne la vit pas achever. Un second pont d'une arche traverse un second ruisseau. La route court, longue et droite, à perte de vue. A quelque distance le paysage varie ; on découvre à gauche un mamelon élevé, autrefois chargé d'un château fort, k droite l'église de la Grâce, avec abside circulaire et petit campanile, plus loin le château de Roger, en bçiques rouges, sur le bord môme du Lot, plus loin encore, au milieu de la verdure, le château tout neuf d'Arroumas, aux toits d'ardoise, l'église de Saint-Sulpice de Rivelot et, presque en face, sur la gauche, le château de Blagnac ou de Montplaisir, entouré de magnifiques dépendances. On aperçoit déjà depuis quelque temps Villeneuve, et, à g., sur un faite escarpé Pujols et ses remparts ruinés. Le pittoresque et profond ravin de la Roque franchi à quelques pas du Lot, la route, par un brusque détour, pénètre dans le faubourg, en passant à dr. devant le pavillon et les jardins de Sion, et, tout à l'entrée de la ville, devant le couvent neuf et Yéglise en style gothique de l'Annonciade ondes Sœurs de Cocard, ainsi nommées du vieux logis seigneurial, à g. sur la route de Pujols, qu'elles occupaient encore en 1863.
Villeneuve-sur-Lot (hôtel de France), qu'il faut se garder d'appeler Villeneuve-d'Agen, tant est vive l'animosité entre les deux villes, est relativement aux villes du haut Agenais de fondation moderne, comme l'indique son nom. C'était jadis le village de
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Gayac, qui fut détruit dans les premières guerres du règne de saint Louis. L'emplacement môme de la ville actuelle, couvert en partie par une forêt, appartenait alors, la rive droite du Lot, à l'abbaye voisine d'Eysses, la rive gauche au baron de Pujols, qui le cédèrent au frère du roi Alphonse de Toulouse, en s'y réservant certains droits et des privilèges déterminés. Le baron de Pujols stipula notamment pour lui-même dans le traité le titre de premier bourgeois de la ville neuve et l'honneur, quand elle serait close, d'y être reçu à chaque visite la porte ouverte à deux battants. Villeneuve ainsi fondée (1264), dans la forme des bastides, fut immédiatement enmurée de briques sur 2 mètres d'épaisseur et 10 mètres de hauteur avec quatre fortes tours munies de herses, ponts-levis et de tout l'attirail de guerre. Six ans après, elle recevait une charte municipale, qui garantissait à ses habitants des immunités particulières et vraiment remarquables dans leurs rapports civils et judiciaires avec le comte; mais, dès 1279, elle avait passé sous la domination anglaise. Elle fut réoccupée en 1337 par le connétable de Brienne. On cite ce trait des guerres civiles du xvi e siècle. Assiégée par Marguerite de Valois, la ville avait pour commandant le jeune Ciotat, dont le père était aux mains de l'ennemi. Le prisonnier fut conduit aux pieds des remparts pour exhorter la ville à se rendre. En cas de refus, l'escorte avait ordre de le poignarder. • Le jeune homme, feignant d'écouter aux pourparlers, prend avec lui quatre hommes déterminés, descend des murailles, disperse l'escorte et ramène son père. La ville ne fut pas rendue et tint jusqu'au bout tête aux assiégeants.
• Le Lot coupe Villeneuve (13 830 hab.) en deux parties inégales. La ville proprement dite, au nord, est percée de rues droites et larges, tirées au cordeau, dont huit aboutissent à une place bordée, comme dans toutes les bastides, de cornières, arcades régulières, datant, ainsi qu'à Montpazier, de la fondation de la ville, centre du commerce élégant et des riches magasins. La principale rue, formée encore de maisons de bois à toits en auvents, se termine au nord par la porte de Pans, haute tour carrée en briques, surmontée de mâchicoulis et de créneaux, sous laquelle « s'ouvre une porte ogivale. Au dehors, de larges et beaux boule-
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vards, plantés d'arbres, font le tour de l'enceinte, en partie encore conservée. A droite, en sortant, s'élèvent un vaste et bel hospice; à gauche, une trop belle et trop vaste prison» Les deux quartiers sont reliés par un pont de pierre de trois arches, rebâti plusieurs fois, sauf une arche immense, qui date du règne de Louis XIII et qui remplaça deux arches emportées par les eaux au commencement du xvu e siècle. La voûte, consolidée sous le pavé par des lignes transversales en arceaux de briques, a 36 mètres d'ouverture, 18 mètres de hauteur et s'élève de 2 mètres 50 au-dessus du niveau du reste du pont. On l'a citée longtemps comme l'arche la plus hardie de France. Des retraits rectangulaires ouvrent sur les piles des refuges aux passants. L'entrée sur la rive droite était protégée par une citadelle qui a été détruite et par une chapelle de NotreDame, à toit conique, qui existe encore, parementôe de laides peintures. En amont du pont et du Lot s'étagent un pittoresque barrage, le toit de l'église des Pénitents-Blancs et de riants coteaux, en aval, à dr., des tanneries adossées à Vhôtel de ville, à g. de vieilles maisons de bois sur une base de roc, les arbres de la place Napoléon et le campanile de Saint-Étienne qui donne son nom au faubourg. La longue rue qui fait suite au pont, sur la rive gauche, est fermée à son extrémité par une seconde porte deville, mieux conservée encore que la porte de Paris, et, comme elle, en forme de tour carrée en briques, à trois étages percés de doubles fenêtres et surmontée de rinceaux et de mâchicoulis. L'arc ogival est intérieurement bordé par les rainures de la herse et les murs latéraux percés des trous où s'agençaient les poutres de soutien.
Dans la ville, Y église de la principale paroisse Sainte-Catherine est un édifice de la dernière époque ogivale. La nef, divisée en quatre travées gothiques, correspondant de chaque côté à quatre chapelles parallèles, se termine sans transsept par un chevet à trois pans, éclairés de belles verrières dont une représente le Martyre de la sainte Patronne, Les chapiteaux des colonnes sans saillie sont décorés de guirlandes de feuillage. La voûte, enchevêtrée, par un tour de force sans raison, d'un nombre exagéré d'arêtes, montre une belle clef où plane le Père Éternel. L'autel du chœur, à la romaine, est entouré d'un hémi-
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cycle de colonnes, supportant un petit dôme doré. De bonnes copies de tableaux de grands maîtres décorent les chapelles, notamment dans la dernière de gauche, une Vierge et une Flagellation, du xvi e siècle, qui rappellent le ton et la façon des émailleurs. L'église Sainte-Catherine doit être prochainement démolie et reportée avec une orientation nouvelle sur l'emplacement d'un ancien cimetière, que la piété locale tient à conserver et qui est actuellement occupé par la halle. — Vèglise Saint Étienne, dans la première rue du faubourg, à dr. au sortir du pont, de la môme époque que Sainte-Catherine, quoique bâtie sur des fondations plils antiques, le môme plan, la même disposition des chapelles, une abside à cinq pans, une complication plus singulière peut-être encore des voûtes d'arêtes avec des clefs dorées et ornées d'écussons, de monogrammes modernes et des quatre symboles des Évangélistes. Point de chapiteaux aux colonnes ni rien d'autrement remarquable que quelques vieux tableaux. La première chapelle de droite a été couverte et en partie bouchée pour soutenir le buffet d'orgue. Dans la seconde, une mauvaise toile où figure la Remise du rosaire à saint Dominique par la Vierge; dans la première chapelle de gauche, la Vision de saint François d'Assises, d'un caractère archaïque à tons plats et dans le style de l'école espagnole. Un des coins porte l'écusson sans doute du donateur : d'argent à la bande d'azur accompagné de deux étoiles en chef et de trois croisettes d'azur; — dans la dernière chapelle de gauche, une Vierge et Venfant Jésus tenant le cordon de saint François; au bas, deux écussons de confréries; sur l'autel de l'abside, un ridicule Martyre de saint É tienne, signé : J. Foumier pinxit 1580, date fausse d'une œuvre évidemment moderne ; dans les entre-colonne ments de la nef : Jésus au temple, copie d'après Coypel; une Mise au tombeau, remarquablement belle. La tête de la Vierge, blonde, échevelée, exprime un admirable sentiment d'espoir plutôt que de douleur consolée. Elle regarde le ciel, les mains jointes, pendant que d'autres femmes soutiennent la tête livide de son fils. Vis-à-vis, une jolie toile moderne de L. Canon : Saint Vincent de Paul recueillant des enfants, réunit un ensemble de groupes et de physionomies d'une naïveté charmante.
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Il faut à peine mentionner, parmi les autres édifices de Villeneuve, d'ailleurs tous modernes, V hôtel de la sous-préfecture , le iwlais de justice, le théâtre, reconnaissables tout au plus à l'enseigne et au drapeau, et la halle, qu'on va démolir pour la reporter près du Lot. La petite ville doit son importance à ses marchés célèbres pour la vente des bestiaux, des chevaux, des vins, des denrées du pays, surtout à son immense commerce de prunes d'ente dont l'arrondissement seul de Villeneuve exporte chaque année pour plus de 3 millions.
Au sortir de la ville par la porte de Paris, le faubourg qui se prolonge sur la route de Villeréal au nord se rattaché par une belle avenue d'ormeaux et de peupliers bordée des deux côtés de jolies maisons, de jardins, d'hôtels, au (1 kil. environ) petit village à'Eysses. C'est l'ancienne station romaine d'Excisum, remplacée au vi e siècle par une célèbre abbaye bénédictine., qui fut dotée plus tard par Charlemagne, détruite par les Wisigoths, par les Normands, et qui subsista jusqu'à la Révolution, mais peu à peu ruinée dans son influence et dans sa fortune par le voisinage de la ville nouvelle, puis agrandie et complètement restaurée au commencement de ce siècle et convertie en prison centrale pour onze départements. L'édifice est un rectangle à grandes courtines plates et nues, dans lesquelles sont engagées des tours carrées, flanquant les murs de ronde. Une grille vulgaire forme, vers le sud, la porte principale, devant laquelle débouche une haute et large avenue d'ormeaux, où s'exerce la garnison. Il faut une autorisation spéciale du préfet pour visiter l'intérieur de la prison, où d'ailleurs il ne reste rien d'ancien; les trouvailles les plus récentes ont été adressées à la Préfecture. Vis-à-vis et à quelques mètres de la face nord, s'élèvent seulement les restes demi-circulaires d'une tour ronde dite la Tour- Sarrasine, qui donne abri à une petite maisonnette: L'appareil de cette tour est en petites pierres cubiques régulières, soutenu à la hauteur de quatre mètres d'un cordon de moellons taillés. Des substructions antiques et une pièce en électrum ont été découvertes aussi dans le cimetière. On voyait autrefois devant l'aboaye, au rapport des Bénédictins, un vaste tombeau de marbre blanc que quatorze bœufs n'avaient pu déplacer, quoique
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deux attelages y eussent dû raisonnablement suffire. Cette tombe miraculeuse a été depuis enlevée ou brisée.
Véglise Saint-Saturnin ou Saint-Sernin, rebâtie de nos jours sans prétention archéologique, ne contient rien de remarquable qu'un Spasimo de la Vierge, malheureusement tout en lambeaux, et une mauvaise copie du Christ en croix de Prud'hon.
A quelques pas du village, le champ du Maure conserve un tumulus planté de grands arbres ; un peu plus loin, le Mont Fabés, un camp romain.
Du côté opposé de Villeneuve, la belle route d'ormeaux, qui fait suite à la porte d'Agen, conduit directement aux ruines du château de Pujols (1500 mètres), siège autrefois d'une baronnie importante. Au pied de la côte, la route se bifurque; Pun des bras, à gauche, forme un sentier direct et pénible môme pour les piétons, l'autre enlace doucement la côte; ils aboutissent tous deux presque au même point sous la grande porte et à l'église. Rebâti vers 1160, après diverses ruines, sur* un plan carré et régulier, Pujols couvrait l'arête nord-est de la montagne. Une grosse tour ronde flanquait chaque angle de son enceinte, formée de murs de pierre de taille de douze pieds d'épaisseur, assis sur le roc et entourés de profonds fossés. Un pont-levis, une herse, des mâchicoulis couvraient les deux portes du nord et du sud, celle du sud vers la campagne défendue encore par une redoute triangulaire et une citadelle entourée d'une enceinte spéciale. A l'intérieur, la cour du château, sur trois côtés, était décorée de galeries de pierre en arcades ogivales. Une partie des matériaux, provenant des ruines, a été vendue et utilisée pour la reconstruction de la maison centrale. L'enceinte, pourtant presque entière, et trois des tours existent encore, envahies par le lierre. Une haute tour ogivale carrée sert de porte de ville, à laquelle s'adosse k chapelle du château, aujourd'hui transformée en église paroissiale. Au haut de la nef, près du chœur, au-dessus d'une petite chapelle, est la tribune des seigneurs où l'on parvenait par un pont-levis. Au devant de l'église s'ouvre une place carrée, avec la halle couverte. Deux rues parallèles, la principale munie vers le milieu d'un immense puits, traversent toute la ville, ralliant des deux côtés de nom-
breuses ruelles transversales. Dans la rue, vers le sud, se cache Pancienne église paroissiale, aujourd'hui abandonnée, formée d'une nef avec bas côtés à fenêtres ogivales, abside à triples pans coupés, campanile à quatre baies rondes sur un seul rang, au-dessus d'une porte à tympan accoladé. Vers l'extrémité opposée à la chapelle seigneuriale, le dernier arceau d'ogive d'une seconde porte de ville tombe tout démantelé; tout près, à droite, une belle maison en pierre avec croisées carrées du xvi 6 siècle ; au sortir, à gauche, un large pan de mur de moyen appareil et une avenue dallée, conduisant en tournant aux ouvrages avancés dont la porte extérieure subsiste encore en partie effondrée. De droite et de gauche, surtout en regard de Villeneuve, se dresse sur le roc la face des anciens remparts. De ce côté se déroule, des montagnes du Querci jusqu'à Aiguillon, un véritable panorama de la vallée du Lot, dont on suit le cours à travers la verdure : devant soi, droite et blanche, la route, semée de maisonnettes ; au bout, la longue ligne des maisons de Villeneuve qu'on pourrait compter une à une; Saint-Étienne, à gauche; les Dames de la Croix, au centre; à droite, l'hôpital avec sa haute coupole et sa colonnade blanche ; derrière au plus loin, les côtes et les mamelons échelonnés. \
Le chemin de fer abandonne complètement le Lot, qu'il laisse descendre à droite, vers l'ouest. Tout au sortir de Penne, un pont de 7 mètres traverse le ruisseau de Lartige, dont on va suivre la vallée, entre une double bande de coteaux tourmenté^ et à demi chargés de bois en pleine exploitation. On commence, dès le départ, à gravir une rampe de 5 millimètres, qui, à 5 kilomètres de là, prend 10 mill. de pente en traversant les communes de Haute fage (F. ci-après, p. 385), de Monbalen (568 hab.) et de Cassignas. Tout près de la voie, à droite, le château de Tachy; puis sous la voie, les ruisseaux des Agrassous, de Labou, des Granges, vis-à-vis du village d'Oradou, et, sous un viaduc de cinq arches de 10 mètres chacune, le ruisseau de Saint-Antoine, chargé de nombreux moulins. On est à ce point presque au-dessous de la haute tour d'Hautefage. Sur une haute crête, à gauche, s'entrevoit un vieux
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château fort en partie couvert de lierre. Presque aussitôt, et tout au sommet extrême de la montée (145 mètres), on s'engage, à 2 kilomètres de Laroque, dans un tunnel de 1263 mètres, d'où Ton sort, en arrivant, dans une profonde tranchée creusée en plein roc.