STATION. — LARD Y
3 kil. de Bouray. — 43 kil. de Paris. — 78 kil. d'Orléans.
Lardy — 669 habitants — rappelle tout à la fois Marguerite de Valois, qui s'y était fait construire une charmante retraite et qui y composa, dit-on, quelques-unes de ses poésies, le marquis de Dangeau, qui y naquit en 1638, et le dernier seigneur, le maréchal duc de Broglie, qui termina une vie glorieuse de combats et de victoires, dans l'exil, à Mûnster, en 1804. On vit longtemps, sur la porte du château de Lardy, les quatre canons dont le roi avait fait présent au brave maréchal en souvenir de ses batailles.
Lardy dépassé, on aperçoit, dans la jolie vallée de la Juine, le château de Gillevoisin, dominé par le bois d'Auvers.
13* STATION. — CHAMARANDE.
3 kil. de Lardy. —46 kil. de Paris. — 75 kil. d'Orléans.
Chamarande compte 359 habitants^ — L'église, sous l'invocation de saint Quentin, date de la fin du xn« s. ou du commencement du xiu« Elle fut détruite en partie pendant les guerres
CHAM ARANDE .
de religion, et le style de la nouvelle nef n'est nullement en rapport avec le chœur qui a été conservé et qui est assez remarquable. On aperçoit, à gauche , à l'extrémité d'une avenue que le chemin de fer a coupée, le château de Chamarande, construit au xvn e siècle par Mansart pour Pierre Mérault, secrétaire de Louis XIII, et appartenant aujourd'hui à M. de Persigny. Les murs sont en grès d'Étrechy et en briques. L'eau vive de la
Le château de Chamarande avant la coupe de ses futaies.
Juine circule dans les fossés qui l'entourent. Une magnifique futaie décorait autrefois le parc planté par Lenôtre, qui a semé tant de chefs-d'œuvre dans toute cette partie du département de Seine-et-Oise ; elle fut abattue par les spéculateurs qui avaient acquis cette belle propriété à la mort du marquis de Talaru. Quelques-uns des chênes séculaires qu'elle renfermait ont rapporté, dit-on, plus de 1000 francs pièce. Enfin, le château
de Gravelles se montre sur la rive droite de la Juine, au-dessous du village oVAuvers-Saint-Georges.
14' STATION. — ÉTRECHY.
3 kil. de Chamarande. — 49 kil. de Paris. — 72 kil. d'Orléans.
Étrechy — 1201 habitants environ — doit sa prospérité à l'exploitation des rochers de grès qui l'entourent et à son commerce de chevaux. Il s'appelait autrefois Étrechy le Larron, et l'auteur des 'Antiquités des villes de France, André Duchesne, ajoutait que c'était un t lieu duquel un long bois de hestres et futeaux s'estendoit jusques en cette vallée de Tourfour (Torfou), vraye retraite de voleurs et recommandable à si longues années par les pilleries et les meurtres qui s'y sont faits aux siècles passés. »
Sur la droite, au fond d'un vallon sauvage et au milieu d'un bois pittoresque, se voient encore des ruines d'un ancien château fort jadis flanqué de tours et environné de fossés profonds; c'est le château de Roussatj, construit, dit-on, par les Templiers.
Le convoi, en sortant d'Étrechy, traverse la grande route de Paris à Orléans sur un pont en biais, élevé de 7 mèt. et demi, et long de 20 mèt. Prèsdelabutte Saint-Martin, il n'est plus qu'à 77 mèt. 50 au-dessus du niveau de la mer, mais il ne tarde pas à remonter, car il s'élève de 13 mèt. 50 pour venir passer sur les coteaux qui bordent au nord et à l'ouest la ville d'Étampes. Avant d'entrer dans les tranchées qui précèdent la gare d'Étampes, on a encore le temps de jeter un coup d'œil à g. sur la vallée de la Juine. Le moulin de Pierre Brou attire d'abord l'attention, près du moulin de Vaux, par l'originalité de sa Construction. On laisse ensuite à g. le château de Jeurre, entouré de canaux où court une eau vive. Près de ce château est le village de Champigny, dans lequel Diane de Poitiers s'était fait bâtir un château aujourd'hui détruit entièrement. Ce fut là que, déchue de *son pouvoir, elle alla, résignée, chercher dans l'ombre l'oubli de sa grandeur et de sa disgrâce. Henri n'avait pas encore rendu le dernier soupir, lorsque Catherine de Médicis lui envoya l'ordre de restituer les pierreries de la couronne et de s'éloigner de la cour. « Le roi est-il mort? demanda-t-elle au messager de la reine. — Non, madame ; mais il ne passera pas la journée. — Eh bien, je n'ai
ÊTRECHY. — ÉTAMPES. 23
donc point encore de maître, et je yeux que mes ennemis sachent que, quand ce prince ne sera plus, je ne les crains point. Si j'âi le malheur de lui survivre longtemps, mon cœur sera trop occupé de la douleur de sa perte pour que je puisse être sensible aux chagrins qu'on voudra me donner. »
Plus loin, enfin, sur la rive gauche de la Juine, un beau massif d'arbres, au-dessus duquel s'élève la tour de l'église de Morigny (934 hab.) , reste d'une ancienne abbaye de Bénédictins fondée au x 4 siècle, cache le château Brunehaut, une des plus agréables promenades des habitants d'Étampes. On s'enfonce dans les tranchées au sortir desquelles on aperçoit la ville d'Étampes entourée d'arbres et dominée par la tour Guinette.
15 e STATION. - ÉTAMPES.
7 kil. d'Étrechy. — 56 kil. de Paris. — 65 kil. d'Orléans. — 178 kil. de Tours. 371 kil. de Nantes. — 522 kil. de Bordeaux.
Buffet à la gare. — Hôtels : du Grand-Courrier et du Bois de Vincennes, de la Ville de Rouen; du Grand-Monarque.
Voitures de correspondance pour : — Auneau (32 kil.), 1 fr. 25 c. ; — Authon (16 kil.), 1 fr. 25 c; — Boutervillier (8 kil.), 55 c. ; — Dourdan (17 kil.), 1 fr.; — Orsonville (26 kil.), 1 fr. 25 c.; — Pithiviers 128 kil.), 3 dép. par jour, 2 fr. 75 c. ; — Saclas (9 kil.), 60 c.; — SermaUes (18 kil.), 1 fr. 50 c.
Étampes — en latin Stampa — ne doit pas son nom et son origine à des Troyens fugitifs qui l'auraient appelée Tempé en souvenir de la célèbre vallée de la Thessalie. Clément Marot adopte cette opinion dans les vers qu'il adressait à la duchesse d'Étampes, Anne de Pisseleu.
Ce plaisant val que Ton noramoit Tempé
(Dont mainte histoire est encore embellie),
Arrousé d'eaux, si doux, si attrempé,
Sachez que plus il n'est en Thessalie :
Jupiter roi, qui les cœurs gaigne et lie,
L'ha de Thessale en France remué,
Et quelque peu son nom propre mué,
Car pour Tempé veut qu'Estampes s'appelle.
Ainsi lui plaît, ainsi l'a situé,
Pour y loger de France la plus belle.
L'époque de la fondation d'Étampes et l'étymologie de son nom . sont inconnues. On sait seulement qu'elle existait déjà au vi e siècle, et qu'en 604 le roi Thierry y remporta une victoire complète sur son oncle Clotaire, dont il fit prisonnier le fils Mérovée. 30 000 hommes restèrent sur le champ de bataille. On appelle encore champ des morts le terrain dans lequel ils furent ensevelis.
En 911 , Étampes fut prise, pillée et saccagée par les Normands, sous la conduite de leur roi Roilon.
Plusieurs conciles se tinrent à Étampes aux xi« et xu e siècles. Dans celui de 1130, appelé à se prononcer entre les papes Anaclet II et Innocent II, saint Bernard fit triompher la cause d'Innocent II. Dix-sept années plus tard (1147), les principaux seigneurs du royaume, convoqués à Étampes par Louis le Jeune, qui se préparait à partir pour la terre sainte , y décidèrent que, pendant l'absence du roi, le pouvoir serait confié aux mains habiles de l'abbé Suger.
Le château des quatre tours , bâti au xi e siècle, à Étampes, par Constance, épouse en secondes noces du roi Robert, et habité par plusieurs rois de' France, servit de prison, de 1200 à 1212, à la reine Ingeburge, sœur du roi de Danemark, pour laquelle Philippe Auguste conçut le jour môme de son couronnement (1193) une antipathie si étrange et si invincible que les contemporains l'attribuèrent à un maléfice. On sait les conséquences que cet inexplicable divorce eut pour la France. Trois ans après avoir répudié la reine, qu'il avait confinée d'abord dans un couvent du Tournaisis, à Cisoing, où il n'eut pas môme Phumanité de pourvoir convenablement à ses besoins, Philippe, en dépit des menaces du souverain pontife, Gélestin III, épousa Agnès de Méranie. Le successeur de Gélestin, Innocent III, le somma d'abord vainement de rentrer dans le devoir et de renvoyer sa concubine ; en 1200 il l'excommunia et il interdit l'exercice du culte dans tout le royaume. Philippe lutta longtemps contre le souverain pontife, mais il dut lui céder. Il se sépara d'Agnès de Méranie, reconnut la nullité de leur union, et reprit provisoirement Ingeburge. Agnès mourut bientôt de douleur, et Philippe, désespéré de sa mort, renvoya une seconde fois Ingeburge à Étampes, où il l'em-
prisonna pendant onze années. Enfin, en 1212, comme il ne pouvait pas la forcer à prendre le voile, ni obtenir du pape l'annulation de son mariage, il la reprit dans un moment où de graves intérêts politiques lui rendaient nécessaire l'appui de Rome; mais elle ne fut jamais heureuse avec lui. Elle lui survécut plusieurs années. Sa prison devint, après sa mise en liberté, une prison d'État.
Philippe Auguste fut le dernier roi de la troisième race qui
Étampes,
posséda Étampes en toute propriété. Elle appartint tour à tour à Blanche de Castille, mère de saint Louis, au frère de Philippe le Bel, à Charles d'Évreux, en faveur duquel Charles le Bel l'érigea en comté (1325), au duc de Berry (1355), qui la céda au duc de Bourgogne, Philippe le Hardi. Pendant les sanglantes rivalités des Bourguignons et des Armagnacs, elle fut souvent envahie, rançonnée, pillée par le parti d'Orléans. En 1411, le Dauphin, qui faisait alors ses premières armes, vint l'assiéger avec les ducs de Bourgogne, les comtes de Ne vers, de la Marche, de Penthièvre, etc. Elle s'empressa de lui ouvrir ses portes, mais le sire de Boisrodon
s'enferma dans la forteresse, où il soutint un siège si long que le Dauphin allait le lever, lorsqu'un bourgeois de Paris, nommé Roussel, fit construire au pied d'une haute tour, dernier refuge des assiégés, une sorte de toit incliné, à Pabri duquel des ouvriers pratiquèrent une brèche. Boisrodon fut forcé de capituler. On rendit à leurs familles les dames et demoiselles de sa compagnie, qui, « pendant le siège, avaient, au dire de la chronique, tendu leurs tabliers aux assiégeants en signe de bravade, comme pour y recevoir les pierres qu'on leur lançait et qui ne pouvaient les atteindre. » Boisrodon obtint la vie sauve, mais ses soldats, pour lesquels il n'avait rien stipulé , furent massacrés , à l'exception de trente, emmenés garrottés à Paris., Du reste, il eut une fin tragique. La reine Isabeau de Bavière le prit pour amant, et Charles VI, las de son insolence croissante, le fit jeter à la Seine, enfermé dans un sac sur lequel on lisait cette terrible inscription : « Laissez passer la justice du roi. »
Louis XI s'était emparé du comté d'Étampes : il le donna à Jean de Foix, comte de Narbonne. Après la mort de Gaston de Foix, tué à Ravennes, Anne de Bretagne hérita de ce comté qu'elle transmit à sa fille Claude de France, femme de François I er . Au commencement du xvr 3 siècle, François I er en fit un duché en faveur de Jean de Brosses, qu'il maria avec Anne de Pisseleu, sa maltresse. Vaincue, sous Henri II, par Diane de Poitiers, Anne se retira dans un cloître, cédant à sa rivale l'amour du roi et le titre de duchesse d'Étampes.
A demi ruinée par le séjour de six semaines que les troupes allemandes y firent en 1562, pendant les guerres de religion, prise d'assaut en 1567 par le capitaine Saint- Jean, frère du comte de Montgommery ; rendez- vous des troupes de la Ligue en 1589; tombée enfin au pouvoir d'Henri IV dans la môme année, la ville d'Étampes vit, en 1590, ses fortifications rasées par ordre d'Henri IV, sur la demande de ses habitants.
Pendant les troubles de la Fronde (1652), Turenne vint assiéger àÉtampes l'armée du prince de Condé, que commandait le comte de Tavannes. Louis XIV, encore enfant, amené à ce siège par Mazarin,y eut, dit-on, le courage de passer d'un quartier à l'autre sous le feu d'une canonnade assez vive. Comme il demandait, le
soir, à Laporte, son valet de chambre, si le canon lui avait fait peur, celui-ci, qui était ce jour-là créancier du roi et qui aurait bien voulu cesser de l'être, répondit : « Ordinairement on n'a point peur, quand on n'a point d'argent. » Laporte ajoute dans ses Mémoires : « Il m'entendit et se prit à sourire ; mais personne n'en devina la cause. Le roi voyait quantité de malades et estropiés qui couraient après lui, demandant de quoi soulager leur misère, sans qu'il eût un seul douzain à leur donner : de quoi tout le
Tour Guinette, à Étampes.
monde s'étonnait fort. » En effet, le cardinal Mazarin venait d'enlever au jeune roi les cent louis d'or que lui avait comptés le surintendant des finances pour qu'il en fit une distribution aux soldats blessés.
Après deux semaines de bombardements et d'assauts inutiles, qui avaient été très-meurtriers, Turenne dut lever le siège d'Étampes pour aller attaquer l'armée du prince de Lorraine, campée près de Paris. Mais la ville était à moitié détruite, et la peste en
décima bientôt les habitants ruinés. Vincent de Paul accourut à leur secours. Il soigna les malades, enterra les morts, pourvut au sort des orphelins, enfin releva complètement le moral de cette population abattue par tant de fléaux. Mais en 1663, la Fontaine, allant dans le Limousin, faisait encore d'Étampes la description suivante : « Nous regardâmes avec pitié ses faubourgs. Imaginez- vous une suite de maisons sans toits, sans fenêtres, percées de tous côtés ; il n'y a rien de plus laid et de plus hideux. Cela me remet en mémoire les ruines de Troie la Grande. »
Le 3 mars 1792, le marché d'Étampes fut envahi par une bande d'imbéciles et de forcenés, armés de sabres et de fusils, qui taxèrent de force le prix du pain. Le maire, Henri Simonneau, les menaça de faire exécuter la loi martiale. Blessé par Pun de ces misérables, il leur dit avec fermeté : « Ma vie est à vous, vous pouvez me tuer, mais je ne manquerai pas à mon devoir. » Deux coups de feu l'étendirent mort. L'Assemblée nationale décréta en son honneur Pérection d'un monument qui n'a jamais été commencé. On se contenta de célébrer une fête que le même vote avait instituée.
Étampes a réparé, par son industrie et par son commerce, tous les désastres des siècles passés. Elle est aujourd'hui une souspréfecture du département de Seine-et-Oise, et elle a une population de 8058 habitants, parmi lesquels on compte de riches propriétaires. Elle doit sa prospérité actuelle à ses beaux moulins, au commerce des graines et des farines, à ses lavages de laine, etc. Trente usines établies sur les nombreux cours d'eau voisins recueillent et réduisent en farine les blés de la Beauce et du Gàunais; il ne se fait pas moins de 300 000 francs d'affaires, sur le blé en poche, au marché qui se tient tous les samedis à Étampes.
La gare du chemin de fer, située à mi-côte, dans la partie supérieure de la ville, est dominée par les ruines gigantesques et étrangement crevassées de la tour Guinette, seul reste de ce château formidable si souvent assiégé, pris et repris, et qui avait aussi, dit-on, été construit par le fils de Hugues Gapet. Quelques étymologistes font venir son nom du vieux mot fran-