ÉTAMPES. — TOUR GUINETTE
çais guigner, voir de loin, observer, parce qu'en effet sa situation et sa hauteur la rendaient singulièrement propre à cet usage. A ce donjon, classé parmi les monuments historiques, on ne saurait assigner, suivant M. Viollet-le-Duc, une date antérieure à 1150,
Église Notre-Dame d'Étampes.
ni postérieure à 1170. Quoique fort ruiné, il possède encore plus de trois étages (27 mèt. environ). 11 a la forme de quatre tours rondes engagées, dont les murs mesurent 4 mètres d'épaisseur, et renferment intérieurement les escaliers qui font communi-
quer les différents étages. Les voûtes du rez-de-chaussée et le plancher du premier étage , remplacé au xm« siècle par une voûte, reposaient sur une grosse colonne centrale. Les pieds droits des fenêtres, les arcs, les piles et les angles sont en pierre de taille; le reste de la maçonnerie est en moellon, réuni par un excellent mortier.
La tour Guinette appartient depuis 1849 à la ville d'Étampes, qui en a fait l'acquisition pour 7500 fr. Si Ton veut la visiter, il faut s'adresser au gardien. Autrefois on montait jusqu'au haut de la tour; mais les escaliers ou plutôt les échelles qui y conduisaient ayant été en partie détruites, les amateurs sont obligés de renoncer à cette ascension. En s'élevant sur les terrains vagues ou dans les champs qui avoisinent cette tour, habitée par les corbeaux, on découvre un joli point de vue.
Si l'on descend la rue qui aboutit à l'embarcadère, on se trouve en face de Véglise Saint'Basile, dont la fondation remonte au roi Robert. On y remarque une suite de colonnettes et de chapiteaux exécutés avec élégance. Assez récemment, sous un enduit de plâtre, a été découverte une peinture représentant le Jugement dernier, que l'on croit être du xi e siècle. Des deux portails de cette église, l'un est roman, l'autre de la Renaissance. Le clocher roman est recouvert d'un toit en ardoise du style de la Renaissance ; les baies en sont coupées par d'affreux petits auvents. Du reste, Saint-Basile estrestée inachevée, car on voit à la façade extérieure du chœur un médaillon au milieu duquel sont gravés ces mots : Faxit Deus perficiar. Anno 1569. La restauration en a été commencée sous la direction de M. Lenoir, secrétaire archiviste de la ville.
A peu de distance de Saint-Basile, à peu près au centre de la partie de la ville qu'on appelait autrefois Étampes-le-Châtel, s'élève l'église de Notre-Dame, bâtie par Robert le Pieux pour un collège de chanoines. Elle ne fut terminée que vers l'an 1025. Elle possède une crypte à trois nefs qui parait plus ancienne que le reste de l'édifice. A l'extérieur, cette église se fait remarquer par la singularité de son architecture. Ses murs sont, en grande partie, couronnés d'un rang de créneaux, comme ceux d'une forteresse. Aussi a-t-on [pensé qu'elle complétait un système
de fortifications déjà composé du palais et du château. La tour du clocher, d'une forme élégante, est surmontée d'une ilèche octogone qu'entourent à sa base quatre clochetons percés à jour; elle a été restaurée dans ces dernières années. Sa hauteur totale est de 62 mètres. Le portail latéral, qui s'ouvre sur la place du Marché et qui est construit dans le style ogival, était orné de curieuses sculptures malheureusement mutilées, représentant des scènes du Nouveau Testament, l'Annonciation, la Naissance du Christ, la Fuite en Égypte, etc. Il date du xui° siècle.
L'intérieur de Notre-Dame ne ressemble à celui d'aucune autre église. C'est un mélange de constructions de toutes les époques et de tous les styles, sans aucune régularité de forme dans l'ensemble; mais les belles clefs de voûte en sont très-remarquables. L'une de ces clefs est décorée, à la rencontre des arcs ogives, de figures de rois représentés à mi-corps; deux autres présentent huit figures d'anges assis, quatre sur les arêtiers, les ailes abaissées, et quatre dans les angles des arcs, les ailes déployées. De chaque côté du chœur, terminé par un mur plat, sont deux chapelles qui n'ont ni la même longueur ni la môme largeur. Dans une de ces chapelles, à gauche du chœur, on remarque deux statues en pierre du xn e siècle; à gauche, en regardant le chœur, s'ouvre dans le transsept la chapelle du sépulcre, qui contient quelques sculptures, mais qui, fermée par une affreuse porte en bois derrière laquelle pend un rideau malpropre, parait fort négligée. Du côté opposé à l'entrée du chœur, a été placée une jolie petite statue, signée Robert, 1846, et qui représente un enfant Jésus contemplant une couronne d'épines.
Notre-Dame possède une cloche magnifique et fort ancienne, qui peut être considérée comme une curiosité ; elle a 465 ans, et porte l'inscription suivante en caractère gothique fleuronné : Marie ay nom la grousse, engroissie et nômée par Jehan, duc de Berrj/, d'Étampes la voilé Comte, Van mil CCCC et uny fu coulée pour Dieu céans louer et sa mère honorér : .P.. poise — (je pèse 4000).
Véglise Saint-Gilles est une construction du x e ou du xi e siècle ; U tour centrale appartient à différentes époques. L'élise Saint 'Martin, située à Pextrémité supérieure de la
ville, mérite la visite des archéologues, mais elle plaira médiocrement aux simples curieux. Elle est d'ailleurs en si mauvais état qu'elle menace ruine. On remarque surtout ses trois chapelles construites derrière le chœur, et sa tour isolée, qui, bâtie au xv e siècle, masque l'ancien portail. Cette tour repose sur un terrain bourbeux qui a fléchi. Elle penche d'un côté ainsi que
la façade de l'église, dont l'inclinaison est encore plus forte que celle de la tour.
Saint- Martin , l'église la plus ancienne d'Étampes, fut fondée sous Glovis et rebâtie dans la première moitié du xir 3 siècle.
La rue du Pain conduit à Vhôtel de ville , ancienne construction à tourelles récemment agrandie et restaurée, et en face de laquelle a été construite une caisse d'épargne. Le grand salon de réception de l'hôtel de ville a été décoré avec goût dans le style de la Renaissance. On peut s'adresser au concierge pour le visiter.
Le tribunal , bâti sur l'emplacement du palais des Quatre- Tours, n'a d'autre mérite que d'être voisin de la prison , et flanqué de deux maisons destinées à loger la gendarmerie.
Dans la rue Sainte-Croix, les regards sont attirés par une maison qui, malgré les divers outrages qu'elle a subis, a conservé son caractère du xvi e siècle. C'est la maison de Diane de Poitiers. La cour intérieure mérite surtout la visitejdes amateurs. Ils y
Tour penchée de Saint-Martin, à Étampes.