‹ De Paris a AgenChapitre 30 sur 154 · HISTOIRE · texte numérisé non relu

HISTOIRE

c Orléans, a dit un de ses historiens, était regardée par les rois de France comme la première cité de leur royaume après Paris, comme la cité royale par excellence. C'est à Orléans, selon Odéramus, que se frappait, sous le roi Robert, la monnaie royale ayant seule cours dans tout le royaume, et les milices orléanaises marchaient de pair avec les milices parisiennes dans l'armée du roi. »

Trois fois déjà, en 1356, en 1359, en 1370, les Anglais avaient paru sous les murs d'Orléans, lorsqu'en 1375 Charles V résolut de rattacher cette place importante à la couronne. Il ordonna que le duché d'Orléans, laissé vacant par la mort de Philippe I", serait de nouveau réuni au domaine royal, avec cette clause expresse qu'il ne pourrait jamais en être séparé, etque les rois ses successeurs jureraient à leur sacre l'exécution de cette promesse sur le saint livre des Évangiles et sur leur parole royale. Mais, dix-sept ans après (1392), malgré cet ordre formel, malgré son serment, Charles VI fit don du duché d'Orléans à son frère Louis auparavant duc de Lorraine. Les Orléanais voulurent d'abord protester contre ce démembrement, puis ils s'y soumirent; ils témoignèrent môme un dévouement extraordinaire à ce duc que leur avait imposé leur roi; et, quand Jean sans Peur l'eut fait assassiner, ils ne songèrent qu'à le venger. En prenant le parti des Armagnacs et en secondant les entreprises du dauphin, ils s'exposaient pourtant aux représailles des Anglais et des Bourguignons. Aussi, dès l'année 1425, mirent-ils leur ville en bon état de défense.

L'histoire du siège d'Orléans et de la délivrance de cette ville par Jeanne d'Arc est trop connue pour que nous croyions devoir la raconter à notre tour dans ce résumé. La Bibliothèque des chemins de fer a déjà publié d'ailleurs une Jeanne d'Arc, par M. Michelet (1 fr.) et une Histoire particulière du siège d'Orléans et des honneurs rendus à la Puce/te, par M.Jules Quicherat (50 c). Nous ne pourrions que reproduire ici les intéressants récits de ces deux savants écrivains. Nous nous bornerons donc à rappeler, sur les lieux mêmes où ils se sont passés, les faits principaux de ce mémorable épisode de notre histoire.

Ce fut le 29 avril 1429, à huit heures du soir, que Jeanne d'Arc

fit son entrée à Orléans. La ville était assiégée, depuis le mois d'octobre de Tannée précédente, par les Anglais, qui l'avaient entourée d'une ceinture de bastilles et qui étaient maîtres du fort des Tourelles, situé, sur la rive gauche de la Loire, à la tête d'un pont qui n'existe plus aujourd'hui, et dont une arche avait été rompue pour intercepter toute communication entre les deux rives. Elle se défendait héroïquement; mais, épuisée par un long siège, elle allait succomber, lorsque Dieu lui envoya, pour la sauver, la vierge de Domremy. La foule était grande dans les rues à son arrivée. C'était à qui toucherait au moins son cheval. Ils la regardaient, dit un chroniqueur, •« comme s'ils veissent Dieu. » Tout en parlant doucement au peuple, elle alla jusqu'à Sainte- Croix remercier Dieu (entrée par la porte de Bourgogne *, elle avait suivi les rues de Bourgogne et de l'Écrevinerie). Au sortir de l'église on la conduisit près de la porte Renard a la maison de Bouchier, trésorier du duc d'Orléans, dont la femme et les filles la reçurent, et elle partagea le lit de Charlotte, Tune des filles.

Le lendemain et les jours suivants elle somma les bastilles du midi de se rendre. Les Anglais l'insultèrent, mais ils en avaient peur. Ils la regardaient comme une sorcière, et, pour rompre le charme, ils voulurent brûler son héraut d'armes, dont ils s'étaient emparés. « Elle chevauchait autour des murs, et le peuple la suivait sans crainte, dit M. Michelet; elle alla visiter de près les bastilles anglaises; toute la foule, hommes, femmes et enfants, allait aussi regarder ces fameuses bastilles où rien ne remuait. Elle ramena la foule après elle à Sainte-Croix pour l'heure des vêpres. Elle pleurait aux offices et tout le monde pleurait. Le peuple était hors de lui : il n'avait plus peur de rien; il était ivre de religion et de guerre. »

Le k mai, l'armée de Blois, que les capitaines avaient voulu attendre, malgré l'opposition de Jeanne, arriva conduite par Dunois. Jeanne alla au-devant d'elle avec le peuple et les prêtres

i. Elle entra par la porte de Bourgogne parce que ses conducteurs lui firent prendre, sans qu'elle s'en doutât, la rive gauche de la Loire, tandis qu'elle croyait suivre la rive droite. Cette observation est nécessaire pour expliquer comment, venant de Blois, elle entra par la porte de l'est au lieu d'entrer par la porte de l'ouest.

qui chantaient des hymnes; cette procession passa devant les bastilles anglaises, qui ne firent aucune démonstration hostile.

Le lendemain, Jeanne dormait encore quand les capitaines, qui étaient jaloux d'elle, partirent pour l'assaut sans la prévenir. Tout à coup elle s'éveille : e Ah! mon Dieu! s'écrie-t-elle, le sang de nos gens coule par terre.... c'est mal fait.... Pourquoi ne m'a-t-on pas éveillée...? vite mes armes, mon cheval. • A peine armée, elle saute en selle, saisit son étendard et court au grand galop dans le plus épais de la mêlée. Quelques instants après, la bastille Saint-Loup, qui avait été attaquée la première, était emportée. C'était la première victoire de Jeanne; c'était le premier sang qu'elle voyait couler. « Jamais, avait-elle dit en rencontrant un blessé sur son chemin, je n'ai vu sang de Français que mes cheveux ne levassent. » Le soir elle pleura beaucoup ; elle voulut se confesser, elle et les siens, et déclara que le lendemain, jour de l'Ascension, elle communierait et passerait le jour en prières.

Il faut lire dans les deux ouvrages que nous avons indiqués 1 la relation détaillée des intrigues ourdies par les capitaines jaloux de la Pucelle, pour rendre son dévouement inutile. Elle déjoua, qui l'ignore ? tous les complots tramés contre elle. Le 5, elle parvint à chasser les Anglais des Augustins; le 7, malgré la décision du conseil de guerre, et, bien que son hôte eût essayé de la retenir, elle força le sire de Gaucourt à lui ouvrir la porte de Bourgogne qu'il tenait fermée, et elle conduisit une foule d'hommes d'armes et de bourgeois à l'attaque des Tourelles, sur la rive gauche de la Loire, qu'elle avait traversée en bateau. Avant de partir, elle avait annoncé qu'elle serait blessée audessus du sein, et qu'elle reviendrait à Orléans par le pont. En effet, à peine l'attaque est-elle commencée que, voyant les assaillants faiblir, elle prend une échelle, l'applique au mur et se •dispose à l'escalader : un trait la frappe entre le cou et l'épaule. Les Anglais sortent pour la prendre, mais on l'emporte. D'abord, à la vue de son sang, elle s'effraye et verse des larmes ; puis, quand elle est pansée, quand elle s'est confessée, elle se relève,

1. Librairie L. Hachette et Cie, boulevard Saiat-Cermain, 77, et dans toutes les gares de chemins de fer.

car ses saintes lui ont apparu; elle retourne à l'assaut; la queue de son étendard touche contre le boulevard; elle électrise les Français; elle terrifie les Anglais; elle décide la victoire. Les Anglais, qui s'étaient vaillamment défendus, périrent presque tous, et le soir, selon sa prophétie du matin, Jeanne d'Arc blessée rentra à Orléans par le pont, dont on avait rétabli à la hâte l'arche rompue.

Orléans était délivrée, la France sauvée. Il ne restait pas un Anglais au midi de la Loire. Le lendemain, l'armée de la rive droite abandonnait ses bastilles, son artillerie, ses prisonniers, ses malades. Pendant sa retraite, Jeanne fit dire deux messes dans la plaine. On voulait la poursuivre : f Laissez-les aller, s'écria-t-elle, il ne plaît pas à Messire qu'on les combatte aujourd'hui : vous les aurez une autre fois. »

Orléans, qui, au xiv« siècle, s'était annexé le bourg voisin dMrenum, s'agrandit encore sous les règnes de Louis XI, de Charles VIII, de Louis XII. Un mur, commencé sous Charles VIII et fini pendant les dernières années du règne d'Henri II, réunit l'extrémité de l'enceinte de Louis XI à celle dMvenum, et donna à la ville la forme d'un arc dont la Loire est la corde. Seize portes furent alors ouvertes dans cette enceinté qui existe encore aujourd'hui, mais qui était alors trop grande pour le nombre de ses habitants. En 1508, Louis XII, voulant augmenter la population, défendit de bâtir aucune maison à une lieue de l'enceinle.

Le règne de François I er ne rappelle que des impôts aux Orléanais. Ils durent payer pour la rançon du roi (1526), pour la conservation de leurs privilèges, qui cependant n'étaient pas considérables (1538), pour la réception de Charles -Quint (1539). Sous Henri II de nouvelles contributions extraordinaires leur furent imposées. Ils eurent, de plus, à subir une épidémie etdes inondations. Enfin, on commençait à y brûler vifs des protestants. Ils se permirent de murmurer hautement. A la nouvelle de leur mécontentement, Henri II se rend dans leur ville avec la reine et Diane de Poitiers, sa maitresse (15*1); mais Diane de Poitiers s'y casse la jambe en tombant de cheval, et la population se félicite sans retenue de cette chute comme d'une ven-

geance divine. La présence du roi ne put pas calmer l'exaspération populaire, qui ne fit que s'accroître; aussi, quand, après la conjuration d'Amboise, les Guises et Catherine de Médicis amenèrent à Orléans' le jeune roi François H pour y tenir les États (1560), ils firent désarmer à l'avance les habitants, et garnirent la ville de huit ou dix mille hommes qu'ils logèrent c dans les maisons suspectes de la nouvelle opinion. »

Mandés à Orléans, le prince de Condé et le roi de Navarre hésitèrent d'abord à obéir; ils s'y rendirent cependant, mais, à peine y étaient-ils arrivés qu'ils furent arrêtés avec le bailli Groslot. Le prince de Condé, condamné à mort, allait être exécuté lorsque François II mourut. Catherine de Médicis, qui ne voulait pas céder le pouvoir aux Guises devenus trop puissants, s'allia alors avec les princes Bourbons. Condé fut remis en liberté, le roi de Navarre nommé lieutenant général du royaume, et les États purent s'ouvrir. L'ordonnance d'Orléans, rendue à la clôture de cette assemblée sur sa demande, essaya une véritable réforme dans l'administration du royaume et dans la discipline de l'Église gallicane.

Deux ans après, la guerre civile avait éclaté, et Condé, qui avait tenté vainement de s'emparer du roi à Paris et à Fontainebleau, entrait sans coup férir à Orléans, devenue le quartier général, la capitale des protestants. Les églises furent pillées et môme détruites. Plusieurs fois les catholiques essayèrent de reprendre cette place importante. Enfin, en 1563, Guise vint l'investir avec 20 000 hommes, menant à sa suite Condé, qu'il avait fait prisonnier à Dreux. Le 18 février, au moment même où, déjà maître de la tête du pont, il espérait y entrer en triomphateur, il fut assassiné par Poltrot de Méré, et six jours après il rendait le dernier soupir.

La pacification d'Amboise, qui suivit l'assassinat du duc de Guise, n'avait satisfait aucun des deux partis. La guerre ne tarda pas à éclater de nouveau. Le 28 septembre 1567, le capitaine Lanoue reprenait Orléans qu'il saccageait encore, et que l'édit de pacification de 1568 le forçait d'abandonner. Les protestants étaient restés nombreux et puissants dans la ville, malgré cette reddition, aussi la Saint-Barthélemy y fut-elle effroya-

ble. Armand Sorbin, prédicateur et confesseur de Charles IX, avait organisé les massacres, qui durèrent une semaine. On tua plus de 1200 hommes, 150 femmes et un grand nombre d'enfants. Le parti protestant anéanti ou réduit à l'impuissance, Orléans se donna à la Ligue. Guise la prit à Henri III comme place de sûreté ; il en partit pour aller se faire assassiner à Blois. Henri III en retira, pour les installer à Beaugency, l'Université et le présidial, seuls corps qui lui fussent restés fidèles; toutefois l'ordonnance qu'il rendit ne fut pas exécutée. Les habitants, en revanche, ouvrirent leurs portes aux Ligueurs chassés de Chartres ; mais, au mois de février 1594, elle se soumit à Henri IV qui était venu l'assiéger, et qui reconstruisit sa cathédrale.

Louis XII avait, en montant sur le trône, réuni le duché d'Orléans à la couronne. Louis XIII l'en détacha de nouveau en 1626, pour le donner à son frère Gaston, qui mourut sans laisser d'héritier mâle. Il passa alors au frère de Louis XIV, Philippe, dont le cinquième descendant, Louis-Philippe, devenu roi des Français en 1830, laissa le titre de duc d'Orléans à son fils aîné, Ferdinand, jusqu'alors duc de Chartres, qui se tua si malheureusement, le 13 juillet 1842, en sautant de sa voiture dont les chevaux s'étaient emportés. Depuis la Révolution, ce titre était purement honorifique.

Sous la Fronde, bien qu'elle sympathisât avec les Frondeurs, Orléans avait décidé qu'elle resterait neutre. Mlle de Montpensisr, envoyée par le duc d'Orléans, son frère, se présenta vainement à la porte de Bourgogne, puis à la porte Bannier; elle arriva enfin à la porte Brûlée. Le gouverneur et le maire lui refusèrent l'entrée ; alors, sur un signal qu'elle donna , des mariniers, qui l'escortaient, levèrent leurs haches, en frappèrent la porte, firent voler deux planches en éclats, et par cette brèche un valet de pied introduisit la princesse, au bruit des tambours qui battirent aux champs et des acclamations du peuple qui la porta en triomphe.

Sous Louis XIV, malgré la révocation de l'édit de Nantes, un certain nombre de protestants étaient restés à Orléans, et cette ville allait être livrée comme tant d'autres aux dragons, lorsque son digne évêque, Mgr de Coislin, la préserva de ce malheur en

distribuant de l'argent aux soldats, dont il hébergea les officiers dans son propre palais.

A dater de cette époque, l'histoire d'Orléans ne présente plus aucun fait digne d'une mention particulière. Nous parlerons plus loin de la haute cour nationale et des monuments de Jeanne d'Arc. Constatons seulement, en terminant ce résumé, que si, en 1814, les Cosaques inquiétèrent Orléans, ils n'y entrèrent point; et que, lorsque l'armée française, battue à Waterloo, se replia sur la Loire, Orléans, occupée par les troupes prussiennes, faillit devenir un champ de bataille. En effet, le prince d'Eckmûlh, dont le quartier général était au château de la Source, avait bordé la rive gauche de la Loire de cent vingt canons braqués sur la ville. A la moindre démonstration hostile des Prussiens qui en étaient maîtres, il l'eût foudroyée. Le pont était miné. Mais la retraite des Prussiens vers Blois et vers Tours ne tarda pas à dissiper les appréhensions des habitants.

L'ancienne capitale de l'Orléanais est aujourd'hui le chef-lieu du département du Loiret, le siège d'un évèché suffragant de Paris\ depuis 1826, et d'une cour impériale qui comprend dans son ressort, outre le Loiret, les deux départemenls de Loiret-Cher et d'Indre-et-Loire. Elle possède aussi un lycée, une école normale primaire, une société archéologique, une société littéraire, une société d'agriculture, sciences, arts et belleslettres, et une société d'horticulture, etc. Sa population actuelle s'élève à 50 798 âmes. Comme nous l'avons déjà dit, elle est plus commerçante qu'industrielle. Elle a vu naître Pothier, le père Petau, Fhistorien Amelot de La Houssaye, le musicien Antoine Févin, le peintre Michel Corneille et l'architecte Ducerceau que se disputent aussi Tours et Paris.

L'ancienne province de l'Orléanais forme le département de Loir-et-Cher, presque tout le département d'Eure-et-Loir et hi plus grande partie de celui du Loiret.

Édifices religieux.

La Cathédrale d'Orléans, ou V église de Sainte-Croix, monument historique, s'élève à l'extrémité de la belle rue Jeanne-d'Arc, qui a été ouverte il y a peu d'années dans la rue Royale, près de la

place du Martroy. Cette église a eu pour fondateur saint Euverte, un des premiers évôques d'Orléans. Il la fît commencer au iv° siècle, vers la fin du règne de Constantin. Saint Aignan termina et augmenta l'œuvre de saint Euverte, qui ne fut pas, comme on Fa dit à tort, pillée et brûlée par les Normands, mais détruite en 999 par un vaste incendie qui dévora presque toute la ville. Réédifiée par Pévêque Arnould, enrichie, augmentée, conservée par les successeurs de ce prélat, Sainte-Croix devait subir une troisième dévastation. En 1568, les calvinistes étaient maîtres de la ville ; rebelles à Tordre de Condé, leur chef, des soldats s'introduisirent dans la cathédrale par les fenêtres, au milieu de la nuit, creusèrent des mines sous les piliers du clocher et y mirent le feu; l'édifice s'écroula; il ne resta debout que les anciennes tours, le portail, le chœur, onze chapelles et quelques piliers de la nef. Les premières réparations furent ordonnées par Charles IX et Catherine de Médicis, en 1580, mais on ne s'occupa qu'en 1601 d'une reconstruction générale des parties détruites ; une inscription placée sous le portique nous apprend que, le 18 avril 1601, Henri IV vint avec la reine poser la première pierre de l'église à partir du transsept (le reste est moderne); il remplissait ainsi l'obligation que lui avait imposée le pape Clément VIII pour l'absoudre de l'excommunication lancée contre lui. Cette reconstruction, poursuivie par Louis XIII, Louis XIV et Louis XV, s'est prolongée jusqu'à nos jours. Les architectes Barbet, Mansart, Decoste, Gabriel, Trouard, Legrand et Pâris, en ont successivement dirigé les travaux. Gabriel fit abattre en 1726 les vieilles tours, qu'il remplaça par celles qui existent aujourd'hui ; Trouard, intendant des bâtiments du roi, termina le portail en 1766. En 1829, on achevait la première voûte des tours, et l'ouverture des grandes portes était inaugurée, le 8 mai, par la procession commémorative de la délivrance d'Orléans.

Sainte-Croix a été trop vantée ou trop critiquée. Son architecture manque certainement de pureté. Le style grec et le style gothique y présentent des alliances qui répugnent à un goût sévère ; mais, vu à distance, l'ensemble est satisfaisant ; il a de la majesté et de la grâce. En cherchant bien d'ailleurs, on trouve çà et là quelques détails heureux, et s'il ne faut pas, à la vue

de Sainte-Croix, s'écrier avec Chateaubriand : « Dieu ! quel beau monument !» on ne doit point non plus partager l'indignation exagérée de certains architectes, qui ne daignent pas môme lui jeter un regard insultant.

A l'extérieur de Sainte-Croix, on remarque, outre la façade, le

Cathédrale d'Orléans.

chevet et la porte de VÈvêque, ornée de sculptures qui datent du xiii e siècle et restaurée sous la direction de M. Delton. Le portail principal, percé de cinq portes donnant accès sur un triple vestibule, a 51 mètres de largeur. Les tours, commencées par l'ar-

chitecte Gabriel, en 1723, ne furent terminées que peu de temps avant la Révolution. Leur hauteur, y compris les anges, est de 87 mètres. La flèche, reconstruite en 1859 dans le style du xm e siècle, par M. Bœswilwald, dépasse de 15 mètres la hauteur des tours. La longueur totale de l'édifice est de U8 m ,30 hors œuvre; sa plus grande largeur, de 73 m ,82.

L'intérieur est divisé en cinq nefs par quatre rangs de piliers; la nef principale, haute de 33 mètres, a d'assez belles proportions ; les nefs latérales sont étroites et basses. Autour du chœur, que l'on désirerait plus grand, sont disposées des chapelles restaurées pendant ces dernières années. C'est dans l'une de ces chapelles que se lit l'épitaphe de Pothier, dont les restes ont été transportés à Sainte-Croix en 1823. On remarque a l'intérieur de la cathédrale une Mater dolorosa de Michel Bourdin, un Christ de Tuby et un beau tableau de Jouvenet.

Uévéchè, construit en 1631 derrière la cathédrale, n'a rien de remarquable à l'extérieur ; mais la distribution intérieure en est très-belle. Le séminaire voisin date de 1670. La chapelle est ornée de boiseries exécutées par Dugoullon, sur les dessins de Lebrun, et on peut y visiter une crypte dite crypte de Saint-Avit (monument historique), découverte en 1852 et qui, selon certains archéologues, remonte au v e ou au vi° siècle.

On trouvera dans le tome II des Mémoires de la Société archéologique de F Orléanais une Dissertation de M. Nouel de Buzonnière sur la crypte de Saint-Avit d'Orléans et une Histoire de V église et du chapitre de Saint-Avit, par M. l'abbé de Torquat. Orientée de l'est à l'ouest, ayant une longueur totale de 7 mètres 50 centimètres sur 6 mètres de largeur, cette crypte se compose d'une confession ou martyrium. et d'une chapelle ou abside circulaire séparée de la confession par un mur dans lequel s'ouvrent deux portes et deux fenêtres. La confession était intacte; elle présentait deux rangs de trois voûtes d'arêtes retombant sur les murs et sur deux colonnes isolées, dont la hauteur est de 2 mètres ; ces colonnes ont kO centimètres de diamètre. La chapelle est formée de trois nefs de trois travées chacune, autrefois éclairées par trois jours fort étroits à leur orifice extérieur et trèsévasés au dedans ; les voûtes s'appuyaient sur six pilastres enga-

gés dans le pourtour 'et sur quatre piliers isolés. Ces voûtes n'existaient plus, et la crypte a été retrouvée dans l'état où furent découvertes les maisons de Pompéi, lors des premières fouilles.

Les travaux du Grand Séminaire ont été conduits de manière à respecter la crypte de Saint-Avit, qui se trouve sous le bâtiment nouveau. On a fait plus, et, grâce à un crédit du ministre d'État, on a rétabli les voûtes détruites et rendu ainsi à ce curieux monument son aspect primitif . On se propose, tout en lui conservant son caractère de simplicité , de faire à l'intérieur les dispositions nécessaires pour la célébration du culte; mais on peut en considérer la restauration comme achevée.

Saint- Aignan ( entre la rue de Bourgogne et le quai , presque à l'extrémité de la ville), l'église la plus intéressante d'Orléans après la cathédrale, s'appelait Saint- Pierre aux Bœufs. Fondée, dit-on, sous le règne des fils de Constantin , elle fut rebâtie tour à tour par Clovis, par Gharlemagne (à la suite d'un incendie ), par Charles le Chauve (à la suite de l'incendie de 999), par Robert le Pieux (1029). En 1370 et en 1428, on la rasa, dans la crainte que les Anglais, qui menaçaient la ville, ne s'y retranchassent. Charles V et Charles VI l'avaient reconstruite après sa première démolition. Louis XI, Charles VIII et Louis XII la rebâtirent à leur tour. L'édifice qu'ils élevèrent est l'édifice actuel ; seulement, les protestants l'ont indignement mutilé dans les guerres

Église Saipt-Aignan.

de religion, et la tour en a été démolie de 1797 à 1804. Vendue, pendant la Révolution, à un architecte qui y commit d'aussi graves dégâts que les protestants, ellé a servi tour à tour d'atelier, de salle de club, de temple de la Reconnaissance et des Victoires. En 1802 on l'érigea en église paroissiale de première classe ; depuis, elle a été classée au rang des monuments historiques, et récemment restaurée sur les plans de M. Clouet, architecte du département.

L'entrée principale de Saint-Aignan est le portail septentrional, plus mutilé malheureusement que ne le représente notre dessin. Ses sculptures du xv° siècle étaient, dit-on, fort remarquables. En général, l'extérieur de l'église offre un aspect désolé. Les aiguilles, les pinacles, les arcatures des piliers battants sont tombés pour la plupart. L'intérieur, qui peut être majestueux comme le prétendent ses admirateurs, mais qui semble lourd et nu, vient d'être rerais à neuf. Toutefois la décoration intérieure, — c'est-à-dire les autels, la chaire, les confessionnaux, — ne répond nullement au style de l'architecture. Des anciennes verrières, il n'en reste qu'une seule qui soit complète ; elle représente une croix vide, sur laquelle se lisent ces mots : Jésus Maria. Marie, saint Jean et la Madeleine sont groupés autour. Les architectes et les artistes admirent les clefs de voûte des transsepts et de la grande nef, les culs-de-lampe des stalles, et le lavabo qui orne l'extrémité de la sacristie ; les fidèles viennent surtout visiter des reliques de saint Laurent, de saint Vincent, de saint Nicolas, de saint Victor, et la châssé de saint Aignan, qui a été de tout temps l'objet d'une vénération toute particulière.

La partie la plus ancienne de l'église de Saint-Aignan est sa crypte, qui présente dans son ensemble un chœur à abside circulaire, une galerie collatérale qui l'enveloppe, et cinq chapelles rayonnantes autour du rond-point. Cette crypte date de l'église de Robert le Pieux.

Saint-Euverte (la rue Saint-Euverte , qui s'ouvre derrière l'évêché, y conduit), dont la façade est écrasée par une affreuse tour comparativement moderne, et qui a servi longtemps de magasin, a été rendue au culte le 22 février 1857, après des travaux de restauration considérables. Des archéologues en vantent le

porche, c où les meilleures traditions du gothique flamboyant s'allient heureusement aux premières inspirations de la Renaissance, * et l'intérieur, du xnr 3 siècle , dans lequel ils retrouvent quelques vestiges du siècle précédent et même d'époques antérieures. Saint-Euverte s'appelait dans l'origine Notre-Dame du Mont. Elle changea de nom lorsqu'elle reçut la dépouille mortelle de saint Euverte. Fondée au rv e siècle, incendiée en 999, rebâtie peu de temps après, elle fut rasée pendant le siège de U28; mais les parties basses furent conservées, et, après la délivrance de la ville, les nouvelles constructions furent assises sur les restes des anciennes. Ainsi s'explique la différence des styles qui se fait voir à l'intérieur. On a découvert récemment, autour de cette église, un ancien cimetière dont les trois couches de sépultures, superposées, appartiennent aux époques gallo-romaine, mérovingienne et des temps modernes. Les travaux de restauration exécutés dans la nef principale ont également fait découvrir un caveau où, d'après une opinion généralement admise, saint Euverte fut inhumé.

Notre-Dame de Recouvrance, située dans la rue de ce nom, qui aboutit sur le quai au-dessous du pont, a été inaugurée en 1519. « Construite en trente ans, a dit l'auteur du Vieil Orléans, elle semble avoir été le champ clos de la lutte ouverte au xvi e siècle entre l'ogive défaillante et le plein-cintre renaissant. » Elle possède une belle verrière.

L'église Saint-Pierre le Puellier, située derrière la préfecture, à l'extrémité de la rue de l'Université et à peu de distance du quai, est la plus ancienne des églises d'Orléans. Supprimée en 1793, elle a été rétablie en 1816, et elle vient d'être restaurée avec beaucoup de goût. A l'intérieur, dénué de sculpture, on remarque un bas-relief en bois représentant la Passion.

A l'extrémité sud-ouest de la place du Martroy, s'ouvre la rue d'Illiers. Si l'on s'avance de quelques pas dans cette rue, on aperçoit une église rendue récemment au culte. Cette église était la chapelle des Minimes, dont les bâtiments, situés dans une seconde cour, sont aujourd'hui affectés à un pensionnat. Elle rappelle un triste souvenir historique. En 1792, la haute conr nationale créée par la Constitution de 1791 y siégea, et les prin-

cipaux accusés qu'elle avait condamnés et qui y étaient détenus, MM. de Brissac, de Lessard, de Montmorin, en partirent pour Versailles, où ils furent massacrés le 3 septembre 1793.

Édifices civils.— Musées. — Collections. — Maisons particulières.

L'hôtel de ville d'Orléans, que les Orléanais appellent V hôtel de la Mairie, situé sur la place de l'Étape, à peu de distance de la cathédrale, est sans contredit une des principales curiosités de la ville. La légende commémorative ci-jointe, écrite en lettres d'or sur une plaque de marbre noir et placée à la façade de l'aile méridionale , nous dispenserait, à la rigueur , de toute autre explication :

Cet hôtel, bati en l'an 1530, des deniers de Jacques Groslot, seigneur de Plsle, chancelier d'Alençon, bailli d'Orléans, qui en fit sa demeure ; habité après lui par F. de Balzac, seigneur d'Entraigues, et de la Chastre, maréchal de France, F. d'Orléans Longueville, comte de Saint-Pol, gouverneur de l'Orléanais ;

Logis accoutumé des rois François II, Charles IX, Henri III, Henri IV, des reines Catherine de Médicis, Marie Stuart, Louise de Lorraine et Marie de Médicis ;

Résidence de Louis 1 er , prince de Condé, maître de la ville pour le parti protestant, en l'an 1562, devenu l'hôtel de ville en 1790;

A été restauré sur le vote et par les soins du conseil municipal ; MM. Dubessey et Boselly, préfets du Loiret; M. L. Lacave, maire d'Orléans; MM. Rousseau- De hais, Cotelle, adjoints.

M. Albert Delton, architecte. 1850-1854.

L'hôtel de la Mairie ressemble peu à l'ancien hôtel Groslot. Il a été tellement modifié, augmenté, diminué, transformé, que son ancien propriétaire, qui lui a laissé son nom, aurait quelque peine à le reconnaître, s'il pouvait lui être permis d'y revenir. M. Eugène Bimbenet l'a décrit dans une Monographie 1 tel qu'il était autrefois et tel qu'il est aujourd'hui.

Il se compose d'un corps de logis principal, flanqué de deux ailes qui se déploient en retour sur la place, et qui forment une cour fermée par une grille. Notre dessin en représente la jolie façade, dont les briques rouges, entremêlées de briques vitrifiées,

Page 1