ORLÉANS. — JEANNE D'ARC
D'autres amateurs d'Orléans possèdent aussi des collections remarquables : entre autres, M. Jarry, une collection de numismatique et de documents, livres et tableaux relatifs à l'histoire d'Orléans, et M. l'abbé Desnoyers un cabinet très-riche de numismatique et de céramique.
La fête et les monuments de Jeanne d'Arc.
Quand Jeanne d'Arc eut forcé les Anglais à lever le siège d'Orléans, l'enthousiasme populaire improvisa une cérémonie en l'honneur de saint Aignan et de saint Euverte. Les soldats, les capitaines, les dignitaires de la ville, le peuple, le clergé et la Pucelle se réunirent, par un mouvement spontané, à la cathédrale, et de là se rendirent à Saint-Paul en procession et en chantant des hymnes sacrées. Ainsi prit naissance la fête du 8 mai, qui reçut plus tard l'approbation de divers légats apostoliques, et devint pour Péglise d'Orléans une solennité de premier ordre. Cette cérémonie, interrompue pendant les troubles religieux du xvi e siècle et de 1792 à 1804, a réuni presque toujours les ordres ecclésiastique, civil et militaire. En 1792 et de 1830 à 1840 elle se borna à une simple promenade militaire. Au xvi a siècle un divertissement populaire s'était fondé à côté de la fête religieuse. D'abord on avait représenté devant les Tourelles le siège d'Orléans, puis la milice avait promené en triomphe un jeune homme vétu de satin jaune et rouge, chaussé de drap rouge, coiffé d'une toque rouge ornée d'un panache blanc, et chargé d'y porter un trophée des vêtements et de l'étendard de la Pucelle. On donnait à ce jeune homme le nom de Puceau. L'étendard était d'étoffe blanche semée de fleurs de lis. Sur un côté on lisait cette inscription : Jhesus Maria. Sur l'autre, on voyait, entre deux anges en adoration, le Sauveur assis sur un tribunal, au milieu des nuées. Le clergé, pour pallier autant que possible l'indécence d'une telle parade, admit le puceau dans ses rangs en 1725, etTy maintint jusqu'en 1790. La Révolution le supprima; la Restauration le rétablit; le gouvernement de juillet le supprima de nouveau. En 1848 eut lieu une grande fête où le clergé ne figura point; en 1852 et en 1853, le clergé fit une procession avec la troupe de ligne; enfin, le 8 mai 1855, a été inaugurée avec une
pompe extraordinaire, grâce à la ïoterie dite de Jeanne d'Arc, due à l'initiative de M. Loiseleur, bibliothécaire de la ville, la statue équestre de Jeanne $Arc x par M. Foyatier. Les fêtes, commencées le 6, ne se terminèrent que le 10, jour du dernier tirage de la loterie.
La première statue de Jeanne d'Arc date du xv e siècle. En 1458, les femmes d'Orléans ouvrirent une souscription pour faire couler une statue en bronze de la Pucelle, qu'elles placèrent sur le pont. Dans ce monument, composé de quatre personnages, Jeanne d'Arc fut représentée agenouillée sous ses armes., la tête nue et dans l'attitude de la prière, avec Charles VII, devant la Vierge, qui se tenait debout au pied d'une croix sur laquelle était le Christ. Cette statue, mutilée parles calvinistes au xvii» siècle, restaurée ensuite, transférée à l'hôtel de ville en 1745, quand le vieux pont fut démoli, avait été, en 1775, déposée dans un réduit dépendant de l'hôtel de ville ; seize ans après on la replaça au carrefour de la rue Royale et de la rue de la Vieille-Poterie. En 1792, des fanatiques exigèrent qu'on en fit des canons dont l'un reçut le nom de la Pucelle d'Orléans.
Une seconde statue de Jeanne d'Arc fut inaugurée à Orléans en 1804. Cette statut en bronze, exécutée par M. Gois fils , était trop petite pour la place du Marlroy, sur laquelle on l'avait placée. D'ailleurs elle ne satisfaisait pas les .connaisseurs. Jeanne d'Arc, vêtue en amazone cuirassée, coiffée d'une toque que dominent des plumes, tient d'une main un immense drapeau et de l'autre un glaive nu. La pose est exagérée, mais il y a du mouvement et de la vie dans cette espèce de folle assez ridiculement accoutrée. Napoléon trouva belle l'œuvre de M. Gois, qui resta exposée sur la place du Martroy à l'admiration ou à la • critique, jusqu'au mois d'avril 1855. On l'a transférée en avant du pont sur la rive gauche de la Loire, où elle fait face à la rue Dauphine. Les bas -reliefs du piédestal représentent : le premier, Jeanne d'Arc recevant son épée des mains de Charles VII; le second, l'assaut des Tourelles ; le troisième, le sacre du roi; le quatrième, le supplice de l'héroïne.
La statue de M. Gois a été remplacée, sur la place du Martroy, par la statue équestre de Foyatier, que représente notre dessin.
ORLÉANS. — STATUE DE JEANNE D'ARC. 8i
Cette troisième statue, coulée en bronze avec neuf canons, n'a pas répondu complètement, il faut avoir le courage de l'avouer, aux espérancesqu'avait fait concevoir le talent de son auteur. Foyatier n'avait pas été, comme M. Gois, limité par un programme. Libre
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Statue de Jeanne d'Arc, par Foyatier.
de choisir son sujet, il a essayé de représenter Jeanne d'Arc rendant grâces à Dièu du succès de ses armes. Son héroïne, assez mal assise, d'ailleurs, sur un cheval trop massif, n'a pas la physionomie que l'imagination se plaît à lui prêter; son visage ne trahit aucune
émotion ; sa pose a besoin d'une explication ; enfin son gros cheval normand semble retenu au bord d'un précipice par une main vigoureuse, et cependant les rênes ne sont pas même tendues.
La statue a 4 mèt. 33, le piédestal 4 mèt. 66. La hauteur totale du monument est donc de 9 mèt. La statue a été payée 60000 francs ; 16 bas-reliefs, dus au talent de M. Dubray, ornent le piédestal et son soubassement qui sont en granit fin. Ils représentent les principaux épisodes de la vie de Jeanne d'Arc.
Sur remplacement de l'église d'un ancien couvent des Augustins, près de la rue Dauphine et du pont, s'élève, s depuis 1817, une colonne au soubassement en pierre, au fût en mauvais marbre, au chapiteau bizarre, surmonté d'une plus misérable croix. , La t croix des tourelles, voilà, dit l'auteur de Quatre jours à Orléans, tout ce qui orne le théâtre de la gloire de notre héroïne. Sur le marbre on lit :
En mémoire de Jeanne d'Arc, dite la Pucelle, pieuse héroïne, qui, le 8 mai 1429, dans de même lieu, sruva par sa valeur la ville, la France et son Roi; le 8 mai 1817, cette croix a été élevée par les soins de M. Drouin de Rocheplatte, maire, MM. Le Nouri, vicomte de Grémion, Hubert-Crignon, adjoints. %
Là, chaque année, le 8 mai, on vient en procession réciter une prière d'actions de grâces au Dieu des batailles. »
Promenades et Environs.
Orléans n'a pas de promenade proprement dite, mais elle est entourée de boulevards intérieurs et extérieurs qui en tiennent lieu ; en été, la route de Toulouse, qui commence à l'extrémité du pont dans le faubourg Saint-Marceau, et qu'on appelle la rue Dauphine, est surtout fréquentée par les Orléanais ; mais, si l'on excepte le boulevard du chemin de fer, toutes ces allées d'arbres n'offrent aucun intérêt, aucun agrément à des étrangers. Les touristes qui s'arrêtent à Orléans ne devront pas manquer, au contraire, d'aller visiter la Source du Loiret. C'est une excursion qui ne prend pas plus de trois heures. On trouve à Vhôtel d'Orléans et dans les autres hôtels des voitures à un cheval, pour quatre personnes, qui coûtent 6 fr. aller et retour, et 8 fr. si l'on va aussi