‹ De Paris a AgenChapitre 53 sur 154 · STATION. — ISSOUDUN · texte numérisé non relu

STATION. — ISSOUDUN

7 kil. de Sainte-Lizaigne. -36 kil. de Vierzon. — us kil. d'Orléans. 336 kil. de Paris. — 164 kil. de Limoges.

Hôtels : — de France, — des Trois-Rois. — Bureau télêgraphi- 001, près la mairie. — Librairies : — L'homme, — FerrandU — Bains chauds, au premier pont, à droite près la gare.

Iasoudun (14 282 hab.), chef-lieu d'un arrondissement et de deux cantons du département de l'Indre, est la plus jolie ville de

D'ORLÉANS A LIMOGES

toutle Berry. Sa situation seule, un peu excentrique, lui a fait perdre toute chance de devenir le chef-lieu du département, quoique plusieurs titres elle y pût prétendre et qu'elle en soil encore, sous divers rapports, la ville la plus importante. La gare, placée entre deux cours d'eau, débouche sur un boulevard qui fait en partie le tour de la ville, où pénètrent des rues à pente rapide. A gauche, une route neuve et large s'ouvre au travers des quartiers neufs ou renouvelés et des promenades, jusqu'à la grande place et à la partie haute, d'aspect moderne et presque élégant; à droite, de vieilles rues, aux angles brusques et enchevêtrés, donnent accès dans les quartiers de la basse ville , autrefois séparée par des murailles des hauts quartiers et même du château, qui renfermait l'auditoire royal, le logis des officiers de la maison du roi et l'abbaye Notre-Dame. La ville basse, entourée d'une ' forte enceinte et de fossés, était surtout la retraite des homme ^ do commerce et de métier et attend encore que de salutaires percées y laissent pénétrer, comme il faudrait, la libre lumière et le progrès. Les dernières maisons, hôtels, jardins, fabriques, baignent leur pied dans le courant verdâtre de la Théols, toute peuplée de touffes d'herbes et d'ajoncs à fleur d'eau. Tout à côté de la gare, à droite, le pont, où s'adosse un établissement de bains, conduit, en coupant une lie, au faubourg des Alouettes, formant angle avec la longue rue du faubourg Saint -Paterne, qui, longeant en droite ligne l'autre rive, remonte au second pont de pierre, bordé sur la rive droite par le vieil hospice. C'est dans le faubourg Saint-Paterne que subsistaient encore, il y a quinze ans, les ruines charmantes de Yéglise de ce nom, dont le chœur, aux délicates ogives, abritait, sous ses arceaux tremblants, un petit logis de prolétaires. Aujourd'hui le logis s'est agrandi aux dépens de la ruine , et les traces même en ont si bien péri que les anciens du pays n'en reconnaissent plus l'emplacement certain.

Entre les deux ponts, sur la rive droite de la Théols, la promenade Champion, long préau à triple rangée d'arbres, mène au pied de hauts jardins et d'une motte escarpée, d'où domine, sur toute la vallée, une tour remarquable (xn e siècle), seul reste du château, dite la Grosse Tour, ou plus populairement encore, la

Tour Blanche. Des sentiers de chèvre gravissent à pic des deux côtés jusqu'à l'ancienne entrée, aujourd'hui interdite. On n'y pénètre plus que vers le nord et par les cours de la mairie. Circulaire à l'intérieur, le plan, de forme cylindrique à l'extérieur, présente, ainsi qu'au château Gaillard de Normandie, cette singularité, qu'il s'allonge en s'évidant au nord-est, comme pour rappeler dans son profil le symbolique surnom de son fondateur, Richard Cœur de Lion. Les murs, hauts de 27 mètres, sur quatre

Tour Blanche, à Issoudun.

étages, ont à la base 4 mètres d'épaisseur. Un pont-levis, jeté d'une tour voisine, donnait accès aux deux petites portes à plein cintre du second étage, entrée unique de la forteresse, où l'on parvient aujourd'hui par un escalier tournant en bois appliqué contre le mur. Là s'ouvrait la salle principale, dont la voûte en arc d'ogive retombe, d'une hauteur de plus de 8 mètres, sur les colonnettes octogonales des angles. Elle contenait un four, une vaste cheminée, et, entre les deux fenêtres, un puits, où se sont trouvés enfouis des boulets de pierre. Les embrasures profondes

D'ORLÉANS A LIMOGES

de la fenêtre près de la cheminée portent encore de nombreuses inscriptions, des blasons, dont un avec sa date, 1569, et des noms d'inconnus. C'est sans doute un protestant prisonnier qui a écrit : « 1691. Le mariage est honorable entre tous et la couche sans macule. » — Plus loin, parfaitement netsetgravés d'une main assurée dans la pierre, se distinguent des caractères hébreux. Ce sont des vœux de liberté, témoignage, encore entendu, de quelques malheureux juifs persécutés : « Deux frères, disent-ils, sont en prison, Isaac et Hazera. Que Dieu leur soit en aide ! Qu'il les fasse passer des ténèbres à la lumière et de la servitude à la liberté! Ils sont venus le 3 e jour de la Perracha-Vaïhi, an 64 du petit comput. (1304). » Par terre, dans les angles, gisent, au hasard, divers débris recueillis là en attendant un meilleur gtte : des colonnettes, des chapiteaux antiques, un pan de pierre ornementé de carreaux et d'entrelacs et une tombe d'abbé couché sur le dos et portant la crosse. Dans l'épaisseur de la muraille, un escalier tournant de 97 marches conduit jusqu'au faite. Dans une seconde chambre octogonale sont déposées trois antiques coulevrines fondues pendant les guerres de religion et fières encore de leur date (1568-1588). Celle de 1568 porte de plus, en son relief, cette légende :

A Issoudun : je fus fette :

Pour tenir : aux ennemis : teste.

Du sommet de la tour, couronnée récemment d'un parapet de pierre, rayonne un immense panorama de 15 ou 20 kilomètres d'horizon, où l'on distingue, tout près du faubourg, vers le sud, le petit château de Frapesle, refuge aimé de Balzac, le romancier, et môme Mènétréols, centre d'une vue plus étendue encore, qui embrasse dans son rayon, comme disait le dicton berrichon, la tour d'Issoudun, la tour de Bourges et la tour de Mehun. Tout l'édifice, livré du reste aux maçons, doit, assure-t-on , recueillir définitivement les collections futures d'un musfe local.

Des fouilles, entreprises en 1800 et en 1834, à la base du château, ont mis à jour, dans la motte même du donjon, à 6 mètres du sol, des débris d'abord de constructions informes, puis une enceinte fortifiée renfermant une petite chapelle, étroit radier

carré, avec une abside éclairée à l'orient par une fenêtre et précédée d'une petite logctte ou cellule. A côté s'ouvre un puits, au fond duquel s'est trouvée une tête de girafe portant encore au cou son collier. Cet oratoire, qui parait remonter aux iv et v" siècles, s'appuie sur un soubassement dont la maçonnerie accuse une époque beaucoup plus reculée, et tout au moins une œuvre du i« r siècle chrétien. Ces ruines sont classées à» bon droit parmi les monuments historiques. On en a déblayé les alentours et surtout entevé tous les débris antiques, pour les reporter dans la tour voisine : il ne reste plus qu'à en nettoyer l'intérieur et à le défendre des immondices.

La mairie, attenante à ces ruines, est installée dans l'ancien tribunal. Sous un hangar de la cour est déposée une coulevrine, sans autre inscription que sa date (1551), et qu'on tire encore de nos jours dans les solennités publiques. La bibliothèque municipale occupe une salle du rez-de-chaussée. Des armoires vitrées contiennent les livres , au nombre d'environ 2000, quelques-uns modernes, le plus grand nombre d'apparence antique et telle qu'il convient à de tranquilles in-folios de jurisprudence féodale ou de théologie. Deux vitrines, dans un cabinet, suffisent à renfermer les menus objets d'art ou de curiosité, la crosse de l'abbé dont le tombeau est dans la Tour Blanche, à côté, un parapluie chinois, une momie égyptienne, des boulets de pierre, dons ou trouvailles d'enfants du pays. — Le directeur de la bibliothèque et du musée est M. le docteur Voisin.

Tout au sortir de la mairie s'ouvre une ancienne porte de ville en plein cintre, du style de la Renaissance, accostée de deux tours rondes, dont une, ancien beffroi, sert aujourd'hui de prison. Elle forme un des angles de la grande place, centre actuel de la ville, sur laquelle s'élève le palais de justice, édifice à colonnes et fronton de style grec, supporté par un palier de trente marches, et construit en 1856 sur l'emplacement de Y abbaye Notre- Dame, où les fouilles ont découvert la crypte abbatiale et de nombreux tombeaux. Une tradition y plaçait celui de la reine de France, Marie de Luxembourg.

L'église Saint-Cyr, qui est à l'entrée de la rue voisine, offre une confusion singulière de parties rapportées ou conservées,

D'ORLÉANS A LIMOGES

comme on l'a pu , à la suite des incendies et des restaurations qui en ont sans doute changé les dispositions premières. La nef principale est bordée, à gauche, d'une nef latérale divisée par de gros piliers pentagonaux en trois compartiments à larges arcs d'ogive, dont le troisième recouvre un autel. Dans le retrait d'une des deux sombres fenêtres se cache une demi-chapelle, à côté de laquelle une étroite et basse arcade communique avec le fond de l'église. La droite de la nef est bordée de deux arcades seulement, qui forment chapelles sans se prolonger jusqu'au transsept. Quatre énormes piliers massifs, dans lesquels s'encadre à des hauteurs inégales la retombée des arcs, supportent le clocher, en formant un carré central dont les deux côtés de droite et de gauche s'allongent en compartiments à voûte surexhaussée. L'aile de gauche est laissée vide et nue; celle de droite renferme un autel de la Vierge tout surchargé d'enluminures et de puériles coquetteries. Un chœur profond et dont la voûte est de beaucoup supérieure encore à celle de la nef et des deux bras du transsept, se divise en six travées ogivales ouvrant dans une galerie circulaire. Chaque compartiment, orné d'une clef de voûte armoriée, forme une chapelle éclairée par des fenêtres ogivales à meneaux et quelques débris d'anciens vitraux. Le chevet de l'église a conservé sa verrière complète du xiv« siècle, classée parmi les monuments historiques. Elle comprend trente tableaux agencés autour d'un crucifiement. L'entrée intérieure du chœur est surmontée d'un buffet d'orgue couronné d'un groupe grotesque d'instruments de musique. Sur les murs pendent quelques vieux tableaux , un Martyr de saint Cyr, une Vierge à la grappe^ une Mise au tombeau.

L'église du Sacré-Cœur, qui s'élève à l'autre extrémité de la ville, est un édifice à peine achevé , en style ogival du xm e siècle, dont les ordres vont en décroissant, jusqu'à un étroit clocher carré que termine une flèche aiguë" surmontée d'un Christ tenant un cœur enflammé dans sa main gauche. Le couronnement de la porte centrale s'allonge en un fleuron sur lequel se dresse une Vierge d'un goût fade et vulgaire portant un enfant Jésus mignard. L'intérieur se compose d'une nef unique, sans transsept ni bas côtés; les sept travées forment autant de com-

partiments distincts, transformables en chapelles et communiquant par d'étroites ouvertures. Des vitraux modernes portent la date de l'œuvre et le nom de Pouvrier : t L. Lobin de Tours, 1864. » Dans les entre-colonnements supérieurs de la nef, des guirlandes de fleurs artificielles encadrent des dictons de la bienheureuse Marguerite-Marie, que ses plus dévots n'osent appeler de son nom Alacoque. L'autel privilégié forme le chœur. La verrière du fond, à trois pans, dont les meneaux supérieurs s'enroulent en cœur, est d'une couleur harmonieuse, mais rivalise d'afféterie dévote avec l'ensemble de l'église. Au centre, Jésus-Christ apparaît à Marie Alacoque agenouillée : « Voici ce cœur qui a tant aimé les hommes. » — A droite, à de jeunes prêtres tout de noir vêtus : « Publiez partout la dévotion à mon divin cœur. » — A gauche : « Réparez par vos dons les torts que Von fait à mon divin cœur. j>

Plus loin encore, à l'entrée de la route de Bourges, un beau et vaste parc, appartenant à Mme Duquesne, borde d'un côté une jolie chapelle moderne, simple nef gothique, éclairée au chevet par une large verrière. Au-dessous, une belle crypte voûtée en berceau et percée de cinq petites fenêtres doubles, contient l'eiifeu de la famille qui l'a fait bâtir : Jean-Julien Cotte reau Boisaujeu (1860), Pierre-Marie- Joseph -Abraham Duquesne (1843), etc. — Un autel simplement orné, s'élève au fond du chœur, dont une Pieta peinte sur verre décore le compartiment central. — A la chapelle sont attenants les bâtiments d'un orphelinat dirigé par les sœurs de Saint-Vincent.

11 faut revenir en ville en passant devant le collège communal, qui occupe, rue Saint-Lazare, l'emplacement d'une ancienne abbaye, dont le cloître, du xn e siècle, et la crypte sont en partie conservés. Le carrefour de la Croix de Pierre dépassé, on se trouve sur les fossés, jolie promenade ombragée d'arbres, que termine, à gauche, le théâtre, construction vulgaire à peine distincte des maisons attenantes, et que borde, à droite, en contre-bas, un vaste préau planté, appelé populairement Champs-Êlysèes, et autrefois, à plus juste titre encore, les Champs d'Amour. Un bal public en plein air y convie, dimanches et jeudis, la jeunesse joyeuse d'Issoudun.

D'ORLÉANS A LIMOGES

La chapelle de l'Hôtel-Dieu, bâti à l'entrée du second pont et du faubourg de Saint-Paterne, est une simple chambre lambrissée, en forme de parallélogramme régulier, mais dans les angles de gauche , en entrant, se conservent deux belles sculptures en forme d'arbre de Jessé, où s'échelonne en rameaux toute une pittoresque imagerie. Dans Tune, un personnage coiffé du turban et vêtu de la robe longue est couché sur un tertre, dont un des pics, surmonté d'un château fort, domine un moulin à eau. A son côté surgit un chêne qui à chaque nœud porte une image ou quelque portrait. Dans l'autre, le personnage, couché de même à terre, appuie la tête sur sa main droite et contemple ses rejetons. Au centre de l'arbre, la Vierge, debout, porte l'enfant Jésus, et, tandis que, dans le premier arbre, les têtes semblent celles de prophètes ou de saints, ici ce sont des figures de rois ou de chevaliers. L'autel principal est aujourd'hui installé dans une sorte de niche ou retrait à croisée gothique; le vitrail ancien, qui occupe le fond, représente deux saints, dont un est saint Louis, à la robe fleurdelysée. Quelques vieux tableaux sans intérêt couvrent les murs.

On aura à peu près visité toutes les curiosités d'Issoudun, si l'on n'oublie pas d'aller saluer le Roi des Ribauds dans la vieille rue de Rome, à quelques pas de l'hôtel des Trois-Rois, à droite en se dirigeant vers le collège et le Sacré-Cœur. La tradition populaire et les savants du pays montrent sous ce nom un personnage à mi-corps, sculpté en saillie dans un cadre de. pierre entre les deux fenêtres d'une antique maisonnette habitée par des artisans. C'est un gros garçon tout peinturluré , grandeur deminature, vêtu d'une ample tunique serrée à la taille par un large ceinturon bouclé, à collet revers d'hermine, à manches courtes et très-évasées. Il tient d'une main un gobelet, de l'autre il se découvre et lève sa toque à plumet. Au-dessous, sur l'encadrement, à peine peut-on lire encore : c À ta san-té. » Mais ce bon vivant, d'humeur si belle et si polie, était-ce autre chose que l'enseigne d'un cabaret?

Issoudun, quoique son nom ne soit pas mentionné dans les documents antérieurs au x* siècle, est une ville fort ancienne, comme l'attestent assez les débris de sa Tour Blanche. Le pre-

mier connu de ses seigneurs, Emmenon, ne se signale guère , non plus que ses successeurs, autrement que par des donations aux abbayes voisines. Bientôt le fief ne fut qu'un domaine de plus dont s'enricbirent les princes de Déols, suzerains de presque tout le Berry. Au xn« siècle la possession en est disputée par l'Angleterre et par la France, et, après diverses vicissitudes, Issoudun tombe en dot à Blanche de Castille, fille de Jean sans Terre (1200), mariée au fils aîné de France et mère de saint Louis, à qui elle en fit abandon. Le désastre de Grécy ramena les Anglais autour du château, qu'ils assaillirent « fortement et roidénient, » mais qui résista et leur tint tôte (1356). Charles VII, t le roi de Bourges, * y trouva quelque temps refuge. Charles VIII affranchit la ville, mais non les faubourgs, de la taille et de la mortaille, lui octroya le droit de commune et la nomination de quatre administrateurs chargés d'attributions spéciales. Un instant César Borgia, le fils du pape Alexandre VI, fut investi de la seigneurie (1498) par Louis XII, en remerclment des lettres de divorce qu'il lui apportait. Il y fit une entrée de prince et fut accueilli avec force témoignages d'honneur et de respect par ses nouveaux sujets.

Les violences des haines religieuses éclatèrent à Issoudun dès les premiers jours des premières guerres. L'année 1562 surtout y fut terrible. Charles de Barbancois, seigneur de Sarzay, nommé par le roi gouverneur, s'y installa, assisté du bourreau en permanence au pied du gibet. Les protestants, jetés pôle-mêle dans une tour haute, y furent si bien entassés, qu'elle s'écroula. Quelques mois après (12 octobre), une proclamation avertissait « tout suspect de religion » d'avoir à vider la ville sous peine de mort. Ceux qui obtinrent de revenir ou de rester, durent se résigner à toutes les misères. Une église pourtant s'y maintint constante et invaincue jusqu'à la révocation de l'édit de Nantes.

Lors de la ligue, la Châtre, introduit dans la place par surprise et par corruption, ne put s'y maintenir. L'échevin, Jacques Bernard, sieur de Marandé, aidé de quelques amis du dehors, tua Mathefelon qui commandait la garnison et sjempara du logis du roi. En môme temps, sur un signal, les portes s'ouvraient aux proscrits, dont- la voix ameuta les bourgeois. La lutte engagée,

D'ORLÉANS A LIMOGES

les soudards furent réduits à se rendre, et les renforts royaux n'arrivèrent que pour prendre possession de la ville affranchie (14 juillet 1589). C'est un anniversaire qui s'y est fété longtemps.

Sous la Fronde, les habitants, assaillis par un parti de révoltés, se défendaient avec courage, quand un incendie se déclara au cœur de la ville. Ils refusèrent de quitter les remparts où l'on se battait. Près de 1200 maisons, 600 femmes ou enfants y périrent. Louis XIV en personne tint à venir rendre hommage à ce dévouement qui s'oubliait pour lui, et, en entrant en ville, il refusa de recevoir les clefs que lui présentaient les habitants de cœur si fidèle à se bien garder. Il se rendit ensuite à la messe, à cheval, afin d'être mieux vu de ce peuple tout affectionné, et lui fit cet honneur de déjeuner en sa présence. La ville reçut au départ de Sa Majesté la noblesse pour son maire ; mais, dès la seconde élection, le sentiment public fit répudier ce privilège, source de rancunes ou d'exactions. La révocation de l'édit de Nantes amortit bientôt tout ce beau zèle, en expulsant d'Issoudun ses principaux fabricants, les créateurs de sa fortune municipale, qu'il lui fallut songer à transformer. Une de ses principales industries, qui fournissait de tricornes toute l'armée, a été à peu près ruinée par les révolutions des modes militaires. Ses tanneries pourtant sont encore prospères, et ses filatures de laine, la-menuiserie, la brosserie, la coutellerie, le commerce du bois flotté entretiennent une animation locale que l'avenir ne peut plus menacer.

Parmi les illustrations d'Issoudun, modestes d'ailleurs comme leur berceau, on a retenu les noms du Père Contancin, supérieur général des Missions étrangères sous Louis XIV ; — de Luneau de Boisgermain (1732-1801), savant et zélé instituteur, transfuge des jésuites, dont un commentaire sur Racine et des procès contre les libraires -éditeurs de l'Encyclopédie firent quelques jours une célébrité; — de Jean-Nicolas-Marie Deguerle (1766-1824), maître de quartier au collège de Lisieux, jeté par la Révolution parmi les gentillâtres de la Vendée, épargné par les massacreurs de septembre, et qui devint une des illlustrations de l'Université impériale par sa traduction àeYÉnéide et ses poésies mythologiques; — de l'excentrique jurisconsulte Renauldon (1709-1792), chef des bohémiens en Italie, puis capucin, puis génovéfain, puis soldat,

Page 1