EXCURSION A GARGILESSE ET A CHÂTEAUBRUN
couronnent sur la rive droite les ruines de Courcenay, vieille tour à demi rongée par le lierre, à laquelle s'appuie une modeste maison, et les tourelles du manoir de Beauregard; sur la rive gauche, le petit castel de Corbiîly et l'enceinte toute délabrée de Piémoreau. A 2 kilomètres de là s'étend, droite et nue, du nord au sud, la route de Châteauroux à Guéret par Aigurande.
II. — Excursion à Gargilesse, à la Prune-au-Pot, à Châteaubrun,
et sur les rives de la Creuse.
C'est à Argenton qu'il faut revenir pour remonter le cours bien autrement- accidenté de cette Creuse c aux belles eaux bleues, rayées de rochers blancs et de remous écumeux, » dont George Sand a peuplé les rives de chers souvenirs, en y promenant ses rêves et les héroïnes de sa fantaisie. La Fadetle, Edmée, Patience, Valentine, qui les oublierait dans le Vallée Noire? Mais c'est à Châteaubrun qu'a vécu et péché Monsieur Antoine, et à Gargilesse que la fée de tant de créations s'est plu à découvrir « son village » et à suspendre un de ses nids le plus aimés. Il faut faire ce pèlerinage à pied, — soit par les plateaux, tantôt à travers une thébaïde sans soleil et sans horizon, tantôt en pleine lumière et par une double pente de molle et fraîche verdure, — soit bien plutôt, en suivant la rive, le long de l'eau murmurante. Ce dernier chemin n'est praticable qu'aux longs jours d'été, quand la Creuse est basse, le lit des ruisseaux desséché et la grève aplanie par un beau temps. Les blocs de roche ou les galets y interrompent plus d'une fois le sentier incertain, qu'envahit le flot, que surplombe le granit immense ; mais dans toute sa splendeur inattendue, dans toute la merveille de sa sauvage beauté, la Creuse est là, comme il la faut voir pour qu'aucune comparaison ne la puisse plus faire oublier.
En longeant l'église, on sort d' Argenton sous un pont biais du chemin de fer, qui se continue tout aussitôt sur la Creuse, et dont les arches rondes encadrent en groupes variés et comme disposés pour le plaisir des yeux, les moulins à eau, la verdure et les maisons de la ville échelonnées sur la pente lointaine. La route monte derrière un épais rideau de peupliers une côte pénible, qui mène au Vivier , en dominant sur l'autre rive une ligne
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de maisons, semées sur la colline, que longe en bas la route de Limoges à Châteauroux. Après une rapide descente à travers les vignes, le chemin se bifurque à gauche sur le Menoux (1 kil.), à droite sur le moulin à foulon dit Moulin Neuf (5 kil. d'Argenton). Tout aussitôt, au coude» on aborde et Ton suit dès lors de tout près la Creuso, ombragée d'aunes et de peupliers baignant dans l'eau, tandis que le coteau commence à montrer, au lieu du calcaire et des terrains de sédiment, la roche primitive, que recouvrent encore d'épaisses rangées de vignes.
Chaque détour ouvre de nouvelles échappées verdoyantes. Sur la rive gauche, écume et bruit la chute d'eau du moulin Chenet; devant soi, tout au bord de la route, s'alignent les noyers et les cerisiers, et, sur la pente, entre les sarments des vignes, les pêchers, les pruniers, les pommiers entremêlés à profusion. En travers du chemin, s'étagent les bâtiments du moulin Lasnier (usine à blé). A quelques pas de là un pont franchit le ruisseau, qui du village de Chavin (611 hab.) descend par une gorge escarpée et tortueuse dans un lit semé de granit. On domine bientôt la riche et luxuriante vallée, et de nouveau se voient à l'horizon les toits rougeâtres d'Argenton. La pente, vers la Creuse, se précipite toute chargée de vignes, jusqu'au bord de l'eau qui se traîne resserrée dans une étroite gorge. Il faut quitter ici le chemin tracé pour pénétrendans le ravin ; des vaches paissent en liberté suspendues aux escarpements des rocs, et par les sentiers de chèvres circulent à cheval les servantes et la clientèle du moulin Loup, qu'on entend en bas clapoter. Le sentier supérieur traverse une ferme, d'où le granit, à peine bordé d'une rampe basse, surplombe droit et à pic les bâtiments du moulin. Une voie tracée en pleine pierre descend à la rive que suit une jolie traîne ombreuse jusqu'à deux autres moulins formant, avec le précédent, le groupe des moulins Loup. La rive gauche, plus aride et moins escarpée, forme une chaîne de mamelons arrondis tout couverts de bruyères, où bientôt s'entremêlent les chênes et les bas taillis.
A ce moment même la rive droite se hérisse de pans de rocs énormes, coupés à murs droits et nus, qui se prolongent jusque dans le lit de la Creuse, entrecoupé de masses granitiques,
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étroits Ilots fleuris de toufTes»d'aunes. La muraille tout à coup se brise et s'entr'ouvre au débouché d'un petit vallon aux crêtes tailladées, le long duquel suinte en été un maigre ruisselet, qui charrie l'hiver un torrent de débris amoncelés. La rivière se rétrécit encore , envahie par une pointe de rocher déchiqueté dont la pente, chargée de verdure, s'éboule en ravine impraticable. Le col franchi, la Creuse aux mille courbes n'est plus qu'un semis de galets écumeux, de crêtes aiguisées à fleur d'eau; et le rivage, autant qu'en découvre le flot, semble un champ de bataille de géants jonché de formidables ruines. La masse immense, comme brisée violemment en deux pans, se tord de droite et de gauche, — à gauche surtout, — entassée et suspendue au-dessus du courant, qui, aux eaux les plus basses, en ronge le pied.
Un nouveau coude de la Creuse découvre tout le panorama de la chaîne dans sa magnificence et sa variété. Tout d'un coup, la rive gauche, aux contours presque vulgaires, surgit à son tour, rivalisant de grandiose majesté. La rivière s'est creusé son lit dans le cœur même de la roche plutonnienne; et une immense découpure à bords lisses et luisants, soutenus par de gigantesques contre-forts, s'ouvre comme le mur éventré d'une cité cyclopéenne. C'est Saint-Martin, un des plus admirables spectacles qu'offre le chemin. Du petit sentier, qui court à mi-côte, la vue est saisissante et plonge, sans se lasser, dans tous les contours d'un vallon splendide. En bas, au-dessus d'une petite cascade, formée par l'arête de pierres que chaque hiver déplace, une roche plate s'avance au milieu des eaux, à la pointe extrême de la falaise qui termine et réunit les courbes de la vallée dépassée et les premiers contours d'un horizon renouvelé. L'air y embaume dès senteurs pénétrantes du buis, de la menthe et de la bruyère rose.
On entre dans une brèche immense, où, comme secouée par l'ouragan, la roche s'est effondrée en ruisselant; deçà, delà, sur les faites, des pics dominent déchiquetés au-dessus de l'avalanche. La rive entière n'est qu'un amoncellement de fantasques débris. Tout près, à l'endroit où les vallées convergent, un gai promontoire s'avance en pleine eau portant le moulin de la Prune. Des deux bords le roc a disparu et s'est recouvert de hauts
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noyers, à l'ombre desquels se rassemblent les laveuses. La Creuse, large et plane, forme un beau lac au-dessus de l'écluse. Avant même le premier détour on voit sur la crête, à gauche, le Pin et son clocher noir dominant les cimes lointaines ; au bas un moulin, bordé de cascatelles ou peyrades, où s'approvisionnent à volonté les pêcheurs de goujons, et tout vis-à-vis, au Calte, sur l'autre rive , Y église grise de Céaulmont. Le chemin n'est qu'un bois de noyers longeant une eau murmurante. Près du moulin un sentier gravit la côte, bordée à peine d'une rampe de gazon. La première maison qui se présente est le presbytère du Pin ; derrière s'élève l'église, absolument nue et sans intérêt. Rien n'est à voir non plus dans le village, si l'on n'y va prendre à sa demeure Moreau, le vieux guide, dont Georges Sand a tracé le portrait a au naturel > et raconté la naïve histoire. Tout le pays le connaît comme il connaît tout le pays et le montre volontiers à tout venant pour quelque pourboire. La route de Gargilesse (1600 mèt.) passe devant l'église qu'elle laisse, à gauche, et suit en surplombant la Creuse, dont le bord opposé se recouvre de vignes ou d'épais taillis. Le paysage tout nouveau s'étage en horizons multipliés que varie chaque caprice du chemin. Au second détour, que flanque une croix, l'église de Gargilesse surgit à mi-côte, au fond d'un vallon, dominant de sa masse la verdure et les bois, d'où s'échappe en bruissant un ruisselet encaissé au milieu des saules et des aunes. Au-dessous et à l'écart du bourg, on aperçoit le cimetière, et, tout à côté, au coin, les lambeaux déchirés d'une vieille tour ronde (12 kil. d'Argenton).
a. Mon village *, dit Georges Sand, est un nid bâti au fond d'un entonnoir de collines rocheuses où se sont glissées des zones de terre végétale. Au-dessus de ces collines s'étend un second amphithéâtre plus élevé. Ainsi de toutes parts le vent se brise au-dessus delà vallée, et de faibles souffles ne pénètrent au fond de la gorge que pour lui donner la fraîcheur nécessaire à la vie. Vingt sources, courant dans les plis du rocher ou surgissant dans les enclos herbus, entretiennent la beauté de la végétation environnante. — La population est de 6 à 700 âmes. Les maisons se